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Tuesday, March 08, 2011

Paroles de femmes tunisiennes

« 8 Mars journée internationale de la Femme »


« Le drame que nous avons vécu et qui continue pour des centaines de nos frères, est sans commune mesure avec ce que les femmes, épouses, mères et sœurs ont enduré pendant ces longues années », confia récemment Mohamed Tounekti, libéré au mois de mars 2005, après avoir purgé une peine de quatorze ans de prison, à Mohamed Lamari, son ami. Et d’ajouter « certes, les prisonniers ont connu l’humiliation, la torture, les procès iniques, l’enfer de la prison, mais la femme, qui a connu elle aussi le purgatoire, a assuré l’éducation des enfants, maintenu la cohésion de la famille, travaillé dur afin de pourvoir à nos besoins. C’est elle qui a entretenu l’espoir des prisonniers dans les ténèbres de leurs cellules ». Et de s’écrier: « ...Gloire à Dieu et à la Femme Tunisienne » !

Gloire à la femme tunisienne certes, mais pas à toutes les femmes et encore moins à une certaine Nebiha Gueddana, ministre de la Femme et de la Famille qui, réagissant à un rapport d’A.I. du 3 juin 1993, intitulé « La torture, l’intimidation, le viol et le harcèlement pratiqués contre des centaines de femmes en Tunisie », écrit, dans les colonnes de la très accueillante Jeune Afrique, en juin 1993, à propos des femmes détenues dans les prisons : « Vous serez surpris de voir leurs conditions de vie. Elles bénéficient d’une formation professionnelle, d’activités de loisirs, de conférences. Elles ont la télévision, un jardin, un pédiatre, un médecin, un psychiatre »… « De quoi donner envie aux Tunisiennes de passer des vacances en taule », commentera Le Canard Enchaîné du 23 juin 1993.
Gloire à la femme tunisienne certes, mais pas à toutes les femmes et encore moins à certaines de celles qui peuplent la secte de l’ATFD, longtemps aveugles, sourdes, muettes et insensibles à l’implacable répression qui s’est abattue depuis quinze longues années, sur leurs concitoyennes et qui n’ont pas trouvé mieux, pour annoncer leur engagement politique et mériter les miettes du festin européen, que d’appeler l’Etat policier à sévir contre les signes de religiosité qu’elles jugent envahissantes, de certaines de leurs consœurs !
Gloire à la femme tunisienne, à toutes celles qui ont été contraintes de divorcer de leurs maris emprisonnés, à toutes celles qui luttent au quotidien pour élever seules leurs enfants, celles qui, selon les propos de Noura Borsali « bataillent au quotidien, sans chercher à être sous les projecteurs et à accaparer l’attention autour d’elles » … « celles qui font preuve aujourd’hui et plus que jamais de courage en ces temps épiques que nous vivons»… «… toutes celles qui, toutes les semaines, se voient contraintes de transporter souvent dans des conditions déplorables des provisions à ceux ou à celles qui ne rêvent qu’à cet instant de les apercevoir ou de les entrevoir pendant un laps de temps- oh combien court- dans leurs lieux d’enfermement devenus leurs seuls lieux d’existence »… «…celles privées de leurs moyens de subsistance et préoccupées par leur pitance incertaine … celles interdites de parole et enfouies dans une peur quotidienne qui les assaille » … « celles qu’on agresse parce qu’elles ont osé dire non à la peur, à l’interdiction, en somme à la spoliation de leur citoyenneté mais sans qu’on parle d’elles… ».
Gloire à la Femme Tunisienne dans la grande prison, aux épouses, filles, sœurs, mères et proches des centaines de prisonniers islamistes, des milliers d’anciens prisonniers et des tous nouveaux, dans les affaires de Zarzis, de l’Ariana et prochainement de Grombalia, incarcérés et lourdement condamnés au terme d’une loi « anti- terroriste » sortie de l’imagination maladive d’un régime terroriste, mais aussi en exil… à Nour El Houda, dont le nom à lui seul est déjà tout un projet, à toutes les Ramla et encore… à toutes ces femmes françaises qui se sont mobilisées depuis le début des années 1990 pour la Tunisie, les Tunisiens et les Tunisiennes et se sont dépensées sans compter.
A Hélène Jaffé (AVRE), Claudine Chiffaudel (C.A.A.R), Hélène Dupont (Libération de Nizar Châari), Violette Daguerre (C.A.D.H), Janine Borel (CLBA-La Conscience)… et à Ginette Skandrani qui n’a pas fini de payer son engagement pour toutes les causes justes à travers le monde.
Et c’est en hommage à Ginette, au travail fabuleux qu’elle a accompli en solidarité avec les Tunisiens, bien longtemps avant tout le monde, que nous REpublions ces interviews qu’elle a réalisées dans les années 1998 et 1999 et par lesquelles elle a donné la parole à celles qui en étaient privées.

03/ 06/ 05
Ahmed Manaï
I.T.R.I.
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Paroles de Femmes Tunisiennes
par Ginette Skandrani


Aïcha Keffi, 36 ans, professeur de théologie, mère d’une petite fille de 8 ans, arrivée en France le 6 juin 1998.

Elle raconte :
J'habitais à Bizerte, j'étais professeur de théologie dans un Lycée et en même temps je poursuivais des études à Tunis. J'ai été arrêtée et incarcérée en 1993 à cause des opinions politiques de mon mari qui vit en exil en France depuis 1992. J'avais récolté et donné de l'argent pour les familles des prisonniers du mouvement Ennahda dans le besoin. Je n'étais pas une militante et je n'avais commis aucun acte contre le pouvoir. J'ai été arrêté à plusieurs reprises entre 1993 et 1996 et à chaque fois questionnée sur mon mari : où il était, quelles étaient ses activités.
La première fois en 1993, ils m'ont gardé quatre jours dans les locaux du poste de police de Bizerte, puis emmenée dans les locaux du Ministère de l'Intérieur. Les policiers ont arraché mes vêtements et m'ont menacé de viol. Ils m'ont frappé violemment sur la tête, la nuque, donné des coups de pied. Ils m'ont arraché les cheveux par touffes entières. Ils s'y sont pris avec une telle violence que cinq ans plus tard, j'ai toujours des douleurs dans la tête et dans la nuque.
L'arrière de ma tête a été gonflé pendant très longtemps et encore aujourd'hui, je ne trouve pas de position pour dormir, après trois ans de séance de kinésithérapie.
J'étais aussi paniquée de devoir laisser ma petite fille de deux ans toute seule. Etant déjà privée de son père, la pauvre avait tellement besoin de sa maman. Elle est d'ailleurs toujours traumatisée, plusieurs années plus tard, et malgré toute l'affection dont on l'entoure, elle n'a jamais pu oublier.
- Et vos autres arrestations, elles se sont passées de la même façon ? Vous avez aussi été incarcérée pendant huit mois ?
- J'ai été arrêtée et harcelée continuellement, jour et nuit, entre les arrestations depuis que mon mari a dû s'exiler pour sauver sa vie en 1992.
En 1994, j'ai été jugée et condamnée à deux ans et trois mois de prison pour financement d'un parti politique et collecte de fonds, mais laissée en liberté et hautement surveillée. En appel, ma peine a été réduite à 9 mois.
J'ai été incarcérée le 19 mai 1995, d'abord à Bizerte.
"Vous savez, je dois vous dire et ceci en solidarité avec toutes les femmes qui passent par la centrale d'arrêt de Bizerte : le directeur de cette prison (M.E.K.) abuse sexuellement des femmes incarcérées. Il a surtout voulu abuser des femmes des dirigeants de Ennahda, pour les humilier. Certaines ont été violées. Quand la gardienne (Mme R.H.)m’a fait comprendre que ce serait bientôt mon tour en disant "Vous savez, c'est mon patron, je dois exécuter les ordres". Je lui ai répondu : "C'est votre patron, ce n'est pas le mien".
J'ai été aussitôt envoyée par convoi à la prison de Monastir, pour me punir et rendre les visites de mes parents plus pénibles.
Pendant ce temps, ma petite fille, était chez mes parents. Elle a pleuré tous les jours attendant sa maman derrière la porte d'entrée ce qui l'a fortement déprimée. Elle a été, lors de son arrivée en France dans un état psychologique déplorable dont elle se remet tout doucement.
- Quand vous parlez de harcèlement entre les arrestations, ça se passe comment ?
- Ils m'ont empêché de poursuivre mes études. J'étais en 3è cycle de théologie à la faculté de théologie de la Zeitouna à Tunis. Je voulais présenter ma thèse, tout en enseignant, ce qui était déjà compliqué car je me trouvais toute seule à assumer ma fille.
Ils m'ont rendu mon déplacement impossible, car j'étais obligée de me présenter à tous les postes de police entre Bizerte et Tunis, distant de 60 km, ce qui était pratiquement impossible à réaliser. J'étais aussi obligée de me présenter au poste de police à Bizerte, certaines fois à plusieurs reprises la même journée. Je ne vivais plus, je n'avais plus de repos, les policiers faisaient irruption à la maison à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Je ne connaissais que la peur, je me méfiais de tout. Je n'osais plus sortir.
- Vous vouliez rejoindre votre mari en France ? Est-ce que ça a été facile pour vous de quitter la Tunisie ? Comment avez-vous fait pour récupérer vos papiers, car d'après la majorité des réfugiés, le pouvoir confisque les papiers d'identité ?
- Je n'ai jamais eu l'audace de demander des papiers. Avec la vague de répression qui a envahi toute la Tunisie, c'était trop risqué, surtout que j'étais toujours en procès. Je n'avais même plus le droit de quitter Bizerte et je devais toujours me présenter au poste de police. Vous savez, c'est une véritable guerre psychologique qui détruit toute la population y compris les plus forts. Celui ou celle qui n'a pas vécu cela ne peut comprendre. Tout le monde a peur. La répression, contrairement à ce qu'on raconte en général, ne concerne pas uniquement Ennahda. Tous les partis d'opposition sont la cible du pouvoir. Les gens de la ligue des droits de l'homme subissent le même sort. (Harcèlements, privations de ressources et de déplacement).
Ils empêchent l'aide financière de la famille ou des proches qui sont à leur tour inquiétés. Concernant les femmes dont les maris sont en exil, là c'est vraiment un pur esprit revanchard, car ils savent bien que ces femmes s'occupent en priorité de l'éducation de leurs enfants. J'ai décidé de partir par n'importe quel moyen, je n'en pouvais plus. Ils sont arrivés à me déstabiliser complètement. J'ai d'ailleurs subi une grave dépression nerveuse que je soigne toujours.
- Vous êtes arrivée en France le 6 juin 1997, vous avez été la première des "femmes otages " - pour lesquelles leurs maris avaient entamé une grève de la faim - libérée.
Comment avez-vous eu votre passeport ?
- Après l'intervention des autorités françaises, des associations de défense des Droits de l'Homme, c’est Amnesty International qui m'avait adoptée comme prisonnière d'opinion, la campagne faite en France pour libérer les "femmes otages en Tunisie", les policiers sont venus pour me demander de présenter mes papiers pour avoir un passeport en disant :
"Vous avez eu une grâce présidentielle. Vous pouvez choisir : soit reprendre vos études et votre poste de professeur, soit rejoindre votre mari en France. Vous n'avez rien fait. Vous n'êtes responsable d'aucune violence. Vous avez le droit de vous déplacer tout en continuant à vous présenter au poste de police pour la signature".
J'ai choisi de partir, de rejoindre mon mari car je savais bien qu'ils n'allaient pas arrêter de me harceler. D'ailleurs après mon départ, ils ont harcelé tous les membres de ma famille en leur demandant "Comment elle a fait pour avoir ses papiers ?"
- Vous n'aviez pas peur que cette autorisation de quitter le pays était un piège ?
- Je n'avais rien à perdre. J'ai tenté ma chance. Nous n'avions aucune garantie. Avec ma fille, nous étions entre le rêve et la réalité. C'était notre ultime chance. Nous avons bien fait, car en arrivant en France, nous avons retrouvé la chaleur d'une famille, la paix, la stabilité.
N'empêche, que les premiers jours, je me réveillais en sursaut à 8 heures pour me présenter comme d'habitude au poste. J'avais oublié que je n'étais plus en Tunisie. Encore aujourd'hui je ne supporte pas cette heure : 8 heures est une heure d'indignité. J'ai d'ailleurs commencé à écrire par rapport aux heures :
De 7 heures à 8 heures le temps devient éternel
De 12 heures à 13 heures, les heures passent lourdes
Je vais aller une deuxième fois au poste de police
J'ai peur de ne plus revoir ma fille
La nuit je dors toujours avec la hantise du rendez-vous de 8 heures. L'heure du condamné, des insultes, des menaces.
- Vous ne regrettez pas la Tunisie ?
- Non pas la Tunisie d'aujourd'hui qui est devenue une grande prison où les Tunisiens étouffent. En France, j'ai trouvé la liberté de me déplacer de m'exprimer, même en tant qu’étrangère. Ma fille mène une vie équilibrée, en famille sans oublier qu'elle a des problèmes qui lui viennent de son enfance volée par le pouvoir tunisien. Je n'oublierai jamais ces moments affreux que nous avons vécu. Je ne travaille pas. Mon mari est responsable d'une société technico-commerciale. Je m'occupe de ma fille tout en continuant mes études en sciences politiques.
- S’il y avait une ouverture du pouvoir en Tunisie, seriez-vous prête à y retourner ?
- Bien sûr. Mais il me faudrait des garanties. On ne sait jamais qui va prendre la suite. Il y a des risques que le suivant prenne le même chemin totalitaire.
- Vous dites que la Tunisie est un régime totalitaire.
Comment voyez vous une future démocratie dans votre pays?
- La démocratie, c'est déjà apprendre à accepter les autres tels qu'ils sont. Je suis contre le parti unique qui décide de tout, tout seul. Je respecte tous les partis. Le multipartisme, en instaurant la concurrence ne fera qu'enrichir la Tunisie. Ben Ali avait promis la démocratie pour le peuple et que la Tunisie serait pour tous les Tunisiens, vous voyez bien ce que ça a donné
- Vous vous- êtes bien adaptée en France ?
- J'ai beaucoup d'amis Français et étrangers, surtout Tunisiens. Mon quartier de banlieue est calme. Les gens sont serviables. Je n'ai aucun problème.
- Le soleil tunisien ne vous manque pas trop dans cette grisaille Parisienne ?
- De toute façon, en Tunisie nous n'avons pas droit au soleil, le pouvoir en profite tout seul. Quand vous n'avez pas le droit de vous déplacer, de quitter la ville pour aller à la plage, dites-moi comment vous pouvez profiter du soleil, quand vous passez vos journées entre les commissariats. Nous sommes enfermées chez nous, c'est une autre prison qui est encore plus dure que la première. Comme nous sommes des pestiférés et pour ne pas créer d’ennuis à nos proches nous nous enfermons chez nous. Ils veulent arriver au but de nous isoler chez nous et ils y arrivent. Ceci vaut pour tout le peuple tunisien.
- Le pouvoir tunisien parle beaucoup de libération de la femme tunisienne est-ce un prétexte pour se donner un air respectable vis-à-vis de la Communauté Européenne ?
- La femme tunisienne a toujours et de tout temps, été militante intellectuellement consciente de sa responsabilité.
Elle tient toujours à sa position dans la société et croit que c'est seulement à travers la démocratie qu'on peut obtenir une société d'égalité entre les hommes et les femmes. Ca ne se décrète pas d'en haut, ça se gagne et ça se mérite. D'ailleurs il y a beaucoup de femmes en prison. Je pense constamment à deux amies de Bizerte : Mme Mahjouba Boukris, infirmière, purge une peine de 7 ans et 5 mois. Son mari travaillant aussi dans la santé, est en prison pour 12 ans.
Ils ont trois enfants qui sont dans la rue, toute la famille étant en prison. Je m'inquiète beaucoup pour le sort de ses enfants. Mme Mahjouba a été arrêtée en même temps que moi, condamnée pour appartenance à un parti non autorisé et collecte de fonds.
Mme Kairia Galali, elle aussi condamnée pour le même motif, purge une peine d’un an et 3 mois. Elle est âgée de 48 ans et mère de trois enfants. Encore une famille déchirée comme beaucoup de familles en Tunisie.
Malika Khier Manaï, Tunisienne d'origine Algérienne, naturalisée en 1982, sage-femme, directrice de crèche à Ouardanine, est arrivée en France en octobre 1992 avec ses cinq enfants pour y rejoindre son mari, réfugié politique depuis 1991.
Elle raconte :
Je suis réfugiée politique alors que je n'ai jamais fait de politique. Je n'ai appartenu, ni adhéré et encore moins milité dans aucun parti politique, organisation ou association légale ou interdite.
Mon mari par contre a fait de la politique. Il était dans l'opposition comme il se doit pour un patriote dans un pays livré à l'arbitraire. Il a été candidat indépendant aux élections législatives de 1989 et candidat à la candidature à l'élection présidentielle de mars 1994.
Nos ennuis avaient déjà commencé en 1987, du temps de Bourguiba, avant que Ben Ali, a l'époque premier ministre ne s'empare du pouvoir. Mon fils Bilal a été arrêté et a été condamné à 3 ans et 3 mois de prison pour appartenance à une association non reconnue par l'Etat. Il a fêté ses 15 ans en prison.
Mon mari a été arrêté en avril 1991 à Tunis, maintenu au secret pendant 14 jours et sauvagement torturé au Ministère de l'Intérieur. Il fut relâché sans inculpation et autorisé à voyager à l'étranger pour reprendre son poste aux Nations Unies.
Mes enfants et moi, par contre, sommes demeurés en Tunisie, otages du pouvoir.
Mon mari a dénoncé, de l'étranger, les conditions de vie de ses concitoyens, l'emprisonnement, la torture et les atteintes aux droits de l'homme.
Les représailles contre sa famille n'ont pas tardé. Ma fille, 15 ans à l'époque, a été arrêtée en octobre 1991, en classe, et inculpée d'appartenance à une association interdite. Une semaine plus tard, ce fut le tour de son frère âgé de 18 ans.
Leur procès ont duré dix mois et ont donné lieu à 23 audiences. Ils ont été acquittés en première instance puis en appel.
En mai 1992 la police a commencé à faire le siège de notre maison. Ce blocus a duré 43 jours. Nous avons fait face à des persécutions continuelles, à des provocations des comités de quartier. La famille, les amis terrorisés ont fini par nous fuir. Ceux qui sont restés en contact avec nous ont subi des menaces proférées par les autorités. Notre isolement était total.
Je voyais pourtant ce qui se passait autour de moi : des milliers de personnes dont beaucoup de femmes victimes innocentes de la répression aveugle et sauvage qui s'était abattue sur la Tunisie depuis quatre ans.
J'ai connu personnellement une dizaine de femmes, au gré des audiences de tribunal, des visites à la prison ou à l’hôpital, dans les postes de police et de la garde nationale.
Des femmes violentées, menacées de viol, battues, torturées, persécutées, harcelées systématiquement par les autorités.
Mais quand ma fille a recommencé à être menacée, j'ai décidé de fuir avec mes cinq enfants.
Q : Comment vous avez réussi à échapper à la surveillance et à fuir la Tunisie ?
C’était vraiment la grande évasion. Ahmed l’a décrite sommairement dans Supplice tunisien, mais en réalité c’était plus compliqué. Cela avait nécessité de longs préparatifs, pendant des mois, une coordination avec le passeur en Algérie, des contacts, des messages codés au téléphone qui était sur écoute. En fait, je me demande comment notre projet n’a pas été découvert depuis les premières semaines et comment six personnes, soumises à une étroite surveillance policière, ont réussi à voyager de jour, par les transports publics, de Ouardanine, au Sahel, jusqu’à Ghardimaou, à la frontière algérienne, dans un pays quadrillé par la police, sans qu’elles soient contrôlées une seule fois. Mais c’est la grâce Divine ! Je le raconterais peut-être un jour !
Q : J'imagine, que ça n'a pas été facile pour toi qui aimes la Tunisie, de recommencer si facilement une nouvelle vie en France?
M.K. : J'ai abandonné une maison que nous avions construite de nos mains avec le produit de plus de vingt ans de travail et un métier où je m'épanouissais, un quartier vivant et chaleureux, un endroit que j'aimais énormément. Mais la vie de mes enfants était en jeu. Je n'avais plus le droit d'hésiter. Nous sommes passés par l'Algérie pour rejoindre la France.
Arrivée à Paris, maman m'a dit : "Ma fille Dieu t'aime pour t’avoir permis d’échapper à ce bourreau et d'avoir pu garder ta dignité" Je n'ai jamais oublié ces phrases.
Peu importe la grande maison, le boulot, le soleil, le climat, les jolies plages et la vie communautaire s'il faut payer par la peur, les angoisses, la crainte que le bourreau vous massacre vos enfants. Et puis la dignité, ça ne se marchande jamais. Ma mère avait raison.
Q : Dis, moi Malika, je vais te poser une question un peu indiscrète. En Tunisie, d'après ce que tu m'as raconté, tu portais le hidjab, alors que là tu ne le portes plus, du moins depuis que je te connais, je ne t'ai jamais vu le porter.
Pourquoi ?
M.K : L'Etat Tunisien m'avait collé une étiquette d'islamiste ce que je n'ai jamais été. Par contre je suis musulmane pratiquante et respectueuse des traditions de l'islam et je l'ai toujours été. J'ai donc porté le hidjab considérant que c'était une forme de résistance au moment où les femmes qui le portaient allaient en prison. Je voulais protester contre cette tyrannie et exprimer ma solidarité avec ces femmes.
Q : Dis moi, Malika depuis que nous organisons des rassemblements sur les atteintes aux droits de l'homme, à la liberté d'expression, que nous dénonçons les tortures, les emprisonnements arbitraires ou le manque de justice en Tunisie, ne penses-tu pas qu'il serait de la plus extrême urgence d'unir l'ensemble de l'opposition Tunisienne, toutes tendances confondues ? L'union fait la force c'est bien connu.
M.K : C'est aussi mon avis. L'instauration d'une société plurielle ne se fait pas sans transition. Cependant l'opposition tunisienne qui est très diversifiée politiquement et idéologiquement est quand même bien éveillée aux dures réalités que leur impose un général président sans vergogne, qui n'hésite pas à exclure par tous les moyens les mécontents. Prisons, tortures, viols, intimidations sont devenus le quotidien de tout un peuple. Tous les opposants tendent, chacun de créer sa propre mini- organisation par des activités médiatiques - relations, presse, livres journaux- en s'organisant tant bien que mal. Cela ne suffit plus.
Même si les avis diffèrent, ils seront tôt ou tard conduits à œuvrer pour un même but : exiger la libération sans condition de tous les prisonniers d'opinion et à terme la démission de Ben Ali.
Si nous voulons construire une alternative à la dictature, pour une société multipartiste et respectueuse des différences nous sommes condamnés à nous unir. Sinon cette situation risque de durer longtemps et aucun d'entre nous ne reverra la Tunisie.
Q : Ben Ali se veut toujours le champion de défense du statut de la femme dans la société tunisienne et donne toujours en exemple la femme tunisienne par rapport à la condition féminine dans le monde arabe. Je me suis toujours méfiée en entendant ce genre de discours tenu par un anti-démocrate. Quel est ton avis ?
M.K : Avant lui, Bourguiba s'était déjà fait un grand défenseur de la condition féminine (interdiction de la polygamie entre autres, ramadan à la carte pour les femmes). Il voulait surtout faire ressembler la femme tunisienne à l'image de la femme occidentale. Ce qui est une image faussée car depuis des décennies la femme tunisienne s'est montré concernée et impliquée dans le développement de la société. En 1969, ma belle-mère organisait déjà, avec un groupe de femmes de Ouardenine une manifestation contre la collectivisation forcée des terres. Elle est d'ailleurs restée toute une journée en garde-à-vue.
Ben Ali a freiné l'élan de toutes ces femmes, en imposant plusieurs interdits (entre autres : le port du hidjab), accompagné de toute une escorte de harcèlements, d'exclusions, de marginalisations, d'atteintes à la pudeur, pour leurs opinions ou celles de leurs parents. Dans les faits, il a visé l'opposition féminine toutes tendances politiques confondues.
Certaines femmes, avec beaucoup de courage, prennent conscience qu'il faut dénoncer les persécutions dont elles sont victimes et interviennent souvent dans les médias pour secouer l'opinion internationale et relayer l'opposition de l'intérieur du pays. Les femmes islamistes ne peuvent quant à elles, réagir car elles sont écrasées immédiatement et n'obtiennent pas beaucoup de soutien international.
Ce qui prouve en tout cas, que nous les femmes, nous n'avons pas attendu un dictateur pour nous libérer.

Wassila Soltani
Réfugiée tunisienne en France depuis 1993, originaire de Tunis, enseignante à l'école primaire nous raconte :
Le 16 novembre 1990, c'était un mercredi, si ma mémoire ne me fait pas défaut, j'étais à la maison avec maman et mes deux filles. Maman venait de me ramener mes deux filles, Chayma un an et Asma deux ans et demi, pour qu'elles restent avec moi pendant deux semaines, car c'est elle qui les garde pendant que je travaille.
Il était 20 h 30, j'attendais mon mari et tout à coup j'entends frapper à la porte de la chambre. Je dis "entre" croyant que c'était mon mari. J'ai entendu une voix d'homme criant : "ouvre la porte". J'avais la petite dernière sur les bras car elle était fiévreuse et j'ai ouvert la porte. Ce que j'ai vu en premier, c'était un pistolet pointé fermement sur ma poitrine. J'ai reculé en essayant de tirer la porte et j'ai vu plein d'hommes en civil qui chargeaient des pistolets. J'ai dit : "Mais qu'est-ce qu'il y a ? Où est mon mari ?". Il y a un civil qui rigole en disant : "Ton mari où il est ?" J'avais très peur car ils sont rentrés dans la chambre des enfants, au premier étage. Ils avaient sauté par-dessus le mur pur s'introduire dans la maison, car la porte était fermée. Quand ils avaient frappé à la porte, ils avaient déjà fouillé le rez-de-chaussée du duplex que nous habitions, pendant que j'étais occupée en haut, avec mes enfants et ma mère malade.
Q : Et les enfants, j'espère qu'ils dormaient toujours, car ce genre de situation est un véritable drame pour l'enfance tunisienne car elle risque de les traumatiser à vie ?
S.W : Au début oui, ils dormaient. D'ailleurs les policiers ont caché leurs pistolets et m'ont dit "laissez les enfants, et donnez- moi la clef de la porte d'entrée".
Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Il y avait 21 policiers en civil dans la maison, je les avais comptés. Il y en avait encore plus dehors, plus les voitures, les projecteurs. Tout le quartier était ameuté. La rue était entièrement déserte, les gens se sont tous enfermés chez eux. Un voisin m'a dit, bien plus tard : "Un policier m'a dit : rentre chez toi et ferme la porte".
Ils m'ont demandé les clefs, car le chef ne voulait pas grimper sur le mur car il était en costume cravate et devait donc passer par la porte. Je paniquais et ne me souvenais plus où j'avais mis les clefs. Ils ont commencé par me rassurer en disant : "Bois de l'eau, tu es jeune, ce n'est rien". C'est comme s'ils me draguaient. Ils me mettaient la main sur l'épaule et tout ceci devant ma mère.
Ma mère a pris peur et a dit "Où sont les clefs, cherche les clefs". Quelqu'un est rentré dans la chambre à coucher et a trouvé les clés, a ouvert la porte pour faire rentrer le chef.
J'étais appuyée en bas de l'escalier, il m'a croisé en montant.
Au même moment, le bac de lessive accroché derrière la porte de la salle d'eau qui venait d’être fouillé, est tombé en faisant un grand vacarme. Les policiers ont tous couru vers l'autre côté en criant "prends ton pistolet". Ils sont allés se cacher derrière la vigne.
Q : De quoi avaient-ils peur ? Je ne les trouve pas très courageux. Vous qui saviez que c'était un bac de lessive qui leur faisait peur, ça a dû vous amuser et surtout vous rassurer de les voir se cacher ?
"J'ai dit n'ayez pas peur, c'est le bac de lessive que vous avez mal raccroché tout à l'heure quand vous avez fouillé la salle d'eau".
S.W : Je n'avais pas tellement peur pour moi, mais je pensais à mes enfants et à mon mari qui n'était toujours pas rentré.
Le chef m'a demandé mon nom et mon métier et m'a dit : " On rentre dans la chambre ". Il a ouvert la porte de la chambre des enfants qui dormaient toujours. Il a fermé et a dit "suis- moi". Nous sommes rentrés dans le salon. Il a commencé à fouiller partout.
Q : Il ne vous a pas dit ce qu'ils cherchaient?
S.W. : Non. Tous les policiers fouillaient partout même derrière les cadres, les livres. Ils avaient trouvé un petit cahier où la petite, celle de deux ans et demi, essayait d'écrire. Un policier m'a demandé : "C'est quoi ça ?" J'ai dit : "C'est le cahier de ma fille". "Elle a quel âge ?" " Deux ans et demi" "Elle sait écrire ?" "Oui je lui apprends les lettres en arabe"." Vous êtes propriétaire de la maison ? Elle est à vous ?" "Oui". Puis ils s'essuient les pieds sur le tapis.
Q : Pourquoi font-ils ce geste ?
S.W. : Je ne sais pas, peut-être qu'ils sont jaloux car la maison est à nous et surtout elle est bien entretenue. Le chef est très poli et contrairement à ses troupes me parle tout doucement, mais il ne me dit toujours pas pourquoi ils sont là. J'ai demandé : "Vous cherchez quoi ?"
"On fait notre travail".
Après la fouille, un des policiers a emmené le cahier de ma fille. Il y avait un cadre au-dessus de l'armoire avec une photo de mon mari et moi, faite le jour de nos fiançailles.
Un des policiers a demandé :"C'est lui ?" J'ai dit oui. Il a retourné le cadre.
Je ne comprenais toujours pas pourquoi ils étaient là.
Q : A l'époque dont vous me parlez, il me semble que la répression sévissait déjà largement ainsi que la chasse aux Nahda, donc vous deviez bien vous douter que toute ce théâtre concernait votre mari ?
S.W : Mon mari avait déjà été arrêté en 87, sous l'ancien régime et avait fait 6 mois de prison sans jamais avoir été jugé. C'est un musulman pratiquant qui n'a jamais fait de politique et ne s'est jamais occupé de rien ; Ce n'est même pas un militant.
Quand ils ont quitté la maison, ils ont dit :"Votre mari doit venir nous voir dès son retour". J'ai dit : "Ou doit-il venir" "Il le sait."
J'ai pensé qu'ils l'avaient peut-être déjà arrêté.
Quand je suis descendue, j'ai trouvé tout en désordre, tout était pèle mêle. Le repas était toujours sur la cuisinière. Personne n'avait dîné, même les enfants s'étaient endormis le ventre creux, car nous attendions mon mari. Il n'est jamais rentré. Ils ont laissé des policiers dans la rue. Je tremble de peur et ne peux même plus me tenir debout. Je m'inquiète pour les enfants et ma mère qui n'arrête pas de pleurer.
Le matin, à 6h et demi, j'ai pris mon cartable et je suis allée à l'école. En rentrant, à 4 h et demi j'ai trouvé ma mère et mes enfants complètement paniqués. Il y a des gens qui étaient passés dans la journée pour se renseigner sur mon mari, dont personne n'avait de nouvelles.
Q : Quand avez-vous eu de ses nouvelles?
S.W : Il avait quitté la Tunisie, je ne connais pas la date exacte. Il m'a envoyé une lettre de Libye disant que tout allait bien.
Q : Ils ont continué à vous harceler ?
S.W : Un proche m'a dit que j'étais suivie en permanence par deux personnes. Il est certain qu'ils pensaient que mon mari n'allait pas tarder à me contacter. Ils sont aussi allés chez mon beau-frère pour le chercher. Ils l'ont emmené au commissariat de police pour l'interroger durant toute une journée.
Q : Et vous êtes restée toute seule dans la maison ?
S.W : Mes parents habitent Le Kef, c'est au nord de la Tunisie. Mon père a insisté pour que je ne reste pas toute seule. J'ai fait une demande pour changer d'école et je suis allée enseigner à l'école primaire de Kef. Mais comme ils s'en sont pris à toute la famille, mon autre frère a été gardé deux jours à la police, toute la famille a été interrogée, mon père, ma mère, mes sœurs. Mon autre frère inscrit en fac a été privé de bourse. Je portais à l'époque un petit foulard, car le "hidjab" était interdit. Ils m'ont ordonné d'enlever le foulard devant mes élèves. Je l'ai enlevé car j'avais besoin de travailler, me retrouvant toute seule avec mes enfants. J'aime beaucoup mon métier, j'aime beaucoup enseigner aux enfants.
Q : Mais vous-mêmes, à part les harcèlements dont vous parliez, ne vous ont-ils plus convoquée à la police ?
S. W : Un soir de janvier 1992 après 19 heures, ils m'ont
enmenée en voiture au commissariat, il faisait déjà nuit. Ils ont klaxonné devant la porte de mon père au Kef. Il y avait deux policiers. Ma sœur a ouvert la porte. Ils ont demandé : "Où est Wassila ?". Je venais de terminer la prière et je suis sortie. Ils m'ont demandé ma carte d'identité. J'avais très peur car des bruits commençaient à se répandre sur les femmes qui subissent les violences policières. J'ai montré la carte, ils l'ont prise en disant : "Viens tout de suite au commissariat". Nous sommes dans une petite municipalité et les femmes n'ont pas l'habitude de sortir la nuit, surtout non accompagnées par un membre masculin de la famille. Mon père n'étant pas rentré, j'ai demandé à ma mère de m'accompagner, avec ma fille.
Les policiers, à mon arrivée ont dit : "Ah ! C'est toi ! C'est
Wassila !! Attends !!!" Après une demi-heure d'attente, les deux policiers qui m'ont emmenée sont revenus et l'un d'entre eux m'a appelé dans un bureau. Et quel bureau !! De ma vie, je n'avais jamais rien vu d'aussi sale. Il y a des bouteilles de vin vides qui traînent partout, des bâtons et tout un fouillis de choses. C'est sale, dégoûtant et ça pue.
Le chef, comme l'appelaient les policiers, est installé derrière son bureau. Il me dit "ferme la porte derrière toi". Il a une enveloppe avec des photos. Il regarde les photos.
J'étais installée sur une chaise avec ma petite fille sur les genoux. Il m'a demandé mon nom, si je faisais la prière et si je portais le "hidjeb". (En ce moment là, j'avais bien trop peur pour le porter.) Il m'a dit : "Si tu mets le "hidjab" gare à toi. Ton mari c'est un cochon, un chien. Il va mourir dans une cellule. Il fait n'importe quoi celui-là". Ma fille a dit : "Mais comment il traite mon papa qui est si gentil ?" Elle a commencé à pleurer silencieusement et à trembler. "
Depuis, combien de temps n'as-tu pas couché avec ton mari ?". L'autre policier a dit : " Hé ! Fais attention c'est un manque de respect". Celui qui m'interrogeait a dit" Fais attention à toi, car je peux te garder ici".
Ils m'ont relâchée tard dans la nuit.
Chaque jour ils passent devant la maison et demandent
"Où est ton mari ?" Ils ont interdit aux femmes du village de porter le"hidjeb" et de mettre un petit foulard à la place et chaque jour ils passent pour contrôler ce que les femmes portent sur leur tête.
Q : C'est ridicule ! Est-ce qu'ils poussent l'absurde jusqu'à rentrer dans les maisons pour contrôler la tête des femmes?
S.W : Pas toujours. Mais une de mes amies qui balayait devant la porte et qui portait un foulard pour se protéger de la poussière a été emmenée au poste. Elle n'a jamais été pratiquante.
Malgré mon attachement à la Tunisie, j'ai commencé à réfléchir aux moyens de la quitter pour ne pas créer des ennuis à ma famille. J'ai quitté ce pays la mort dans l'âme.
Q : Donc, vous attendez avec impatience de pouvoir retourner en Tunisie avec votre mari et vos enfants ?
S.W : Ma fille a dix ans maintenant, elle pleure tout le temps car elle veut revoir sa grand-mère. Je voudrais revoir ma famille, mes amis. Mon frère a eu sa maîtrise en droit social, mais malheureusement à cause de la discrimination qui reste toujours envers la famille, il ne trouve pas de travail.
Q : Vous pensez que la dictature finira par s'atténuer, et qu'un jour vous pourrez rentrer chez vous ?
S.W : Je n'ai pas beaucoup d'espoir, surtout après les 99,44% de Ben Ali.
Jamila Ghaffar
Jamila Ghaffar de Tataouine, mariée, mère de six enfants: deux garçons de 15 et 9 ans, et quatre filles de : 13, 12, 10 et 7 ans. La petite dernière est née alors que son papa était déjà exilé, elle l'a vu pour la première fois alors qu'elle avait déjà 6 ans passés.
Mère au foyer, femme d'un responsable syndical régional, fonctionnaire à la Direction Régionale de l'Equipement, elle raconte :
"Nos problèmes avaient déjà commencé en 1985 lorsque mon mari était responsable syndical régional de l'U.G.T.T, au moment de la crise syndicale provoquée par le parti au pouvoir : le NEO-DESTOUR (Bourguiba, déjà Ben Ali et M'zali). C'était ce qu'on a appelé la guerre des clans, qui commençait à préparer la succession du pouvoir. Hedi Baccouch était le directeur du Neo - Destour. Mon mari, qui a refusé de se soumettre lorsque le syndicat a été récupéré par le pouvoir, a été contraint de démissionner de sa fonction syndicale. Les harcèlements ont commencé à cette époque. Tous les syndicalistes indépendants étaient dans le même cas.
Après le coup d'Etat de Ben Ali, tout le monde espérait un changement, surtout que le discours du 7 Novembre avait redonné confiance au peuple. Les syndicalistes comme mon mari avaient beaucoup attendu du nouveau gouvernement. Ils ont vite compris qu'ils ont été trompés.
Ben Ali a commencé par sélectionner une équipe de syndicalistes de l'UGTT qui lui étaient dévoués et qui étaient plus à son service qu'à celui des travailleurs. Il y a eu une prise de pouvoir dans le syndicat en 1988. Habib Achour, le chef syndicaliste a été éliminé car la ligne Achouriste était la plus indépendante.
Mon mari a quand même été réélu secrétaire général régional du syndicat, par la base de la région, car il était très estimé de ses collègues.
Il a en 1989, soutenu la liste indépendante pour les élections législatives de 1989. C'est à cette occasion que nous avons découvert le vrai visage de Ben Ali et de son régime qui avait trompé tout le monde. Le masque est tombé ce 2 avril 1989, car la répression a commencé et ne s'est plus arrêtée depuis ce jour.
Un mois après les élections législatives la police est devenue très active. Mon mari savait qu'il allait être une cible dans les jours qui allaient suivre, à cause de son soutien à la liste indépendante. Il a été convoqué au commissariat pour remettre son dossier à jour et pour cela, il devait apporter des photos d'identité. Mon mari ne comprenait pas, car son dossier était récent. On lui a répondu que c'était la Direction Centrale qui l'avait exigé. En même temps plusieurs collègues et amis lui ont fait comprendre qu'il était sous surveillance et qu'il devait faire très attention. Un agent a demandé des renseignements sur mon mari auprès des voisins. Cette surveillance a duré presque une année. Le 30 juillet 1990, un des collègues de mon mari a été arrêté, accusé injustement de trafic de faux papiers, d'organisation de rassemblements et de collecte de fonds. Ce collègue ayant été sauvagement torturé et n'ayant pu résister, a donné des noms dont celui de mon mari qui était donc recherché Il a immédiatement pris la décision de fuir.
Nous n'étions pas au courant, personne de son entourage n'a rien su. Il est sorti le matin et n'est plus rentré le soir.
Toute la famille était inquiète.
Q : Comment avez- vous su qu'il était arrivé à s'enfuir ?
J.G. j'étais surprise, je ne pensais pas qu'il allait quitter la maison. Je n'étais au courant de rien. Il y avait une telle tension autour de nous, j'étais angoissée et en même temps je devais me taire, ne pas poser de questions. Le pire, c'est que je n'avais aucune nouvelle. Je ne savais même pas s'il était en fuite ou s'il lui était arrivé quelque chose. Pendant une semaine, je pensais qu'il allait finir par rentrer. J'attendais toujours. Puis, un mois plus tard, j'ai fini par comprendre qu'il ne rentrerait plus avant que la situation politique ne change.
Q : La police ne vous a-t-elle pas interrogée ?
J.G : Elle est venue trois fois le premier jour de sa disparition. Ils ont demandé de ses nouvelles à tous les membres de la famille. Mon beau-père, mon beau-frère, ma belle-sœur et moi-même ; nous avons tous répondu : " Il est allé faire des courses"
La police est revenue une semaine plus tard. Ils ont posé les mêmes questions, mais d'une manière beaucoup plus agressive. Ils ont interrogé tous les enfants, des petits jusqu'aux grands : " Où est votre père ?". J'étais alors enceinte de trois mois et très fatiguée.
Ils sont revenus tous les jours. Puis ils ont espacé leurs visites, tout en organisant un blocus autour de la maison.
Ils ont commencé à se servir des mouchards - des voisins ou même des gens que je pensais proches de nous – qui nous surveillaient jour et nuit. Il y avait deux voitures garées devant la porte pour observer les allées et venues des visiteurs. Ils prenaient l'identité des gens qui osaient encore venir nous voir. Nous étions complètement isolés de tous.
Q : Et vous, comment avez-vous vécu ce harcèlement ?
J.G : Très mal, surtout que je ne savais rien de mon mari.
Plus tard il m'a expliqué que c'était pour ma sécurité et celle des enfants et de la famille qu'il m'a laissée dans l'ignorance et que ça lui a été tout aussi pénible de ne pas savoir ce qui se passait dans sa famille. Il a voulu nous protéger, c'est pour cela qu'il n'a même pas donné un coup de téléphone ou fait passer des nouvelles.
Voyant qu'il n'y avait aucune nouvelle, au bout de trois mois, les policiers ont commencé à venir à la maison, à tout moment, de jour comme de nuit et sans prévenir. Ils ne sonnaient pas, ils forçaient souvent la porte. Ils ont tout fouillé, même les chambres de mon beau-frère et de ma belle-sœur. Ils n'ont même pas respecté mon beau-père de 87 ans. Ils l'ont fait se lever pour fouiller son lit. Ils cherchaient des papiers. Ils ont confisqué le passeport de mon beau-frère et de sa nièce qui était étudiante à Kairouan, les actes de propriété de la maison, divers papiers dont un permis de conduire et pris les petits bijoux des fillettes.
Q : Avez-vous tout de suite compris ce qui vous arrivait, pourquoi la police s'acharnait contre votre famille ?
J.G : Ils avaient déclaré une guerre sans merci contre les gens d’Ennadha et leurs familles, ou leurs sympathisants. Après la conférence de presse du Ministre de l'Intérieur Kallal Abdallah, le nom de mon mari avait été cité dans le journal comme acteur d'un prétendu complot. Il n'était pas, à cette époque membre d'En Nadha, mais il a quand même été accusé. J'ai compris qu'il était en fuite et qu'il ne pouvait nous contacter à cause du système répressif qui s'était mis en place.
Q : Et vos enfants, comment ont-ils vécu cette période?
J.G : L’aîné, qui avait 7 ans à l'époque a souvent été arrêté sur le chemin de l'école. Les policiers le faisaient monter en voiture pour lui poser des questions. Il était traumatisé et ne voulait plus aller à l'école, car il avait vu les menottes sur le siège arrière de la voiture. Il me demandait tout le temps : "Qu'est ce que je dois faire ?" Je lui répondais : "Tu ne sais rien, personne ne sait rien ".
Plus tard, ils l'ont emmené au commissariat. Il était terrorisé, d'ailleurs tous mes enfants l'étaient.
C'était la guerre des nerfs pour toute la famille. Les voisins n'étaient pas méchants, mais ils étaient incapables de faire quelque chose, de venir à la maison par peur d'être interpellés, d'être dénoncés par les mouchards. L'ambiance générale du quartier avait changé, tout le monde se méfiait de tout le monde, l'atmosphère était étouffante. Je ne sortais plus de la maison, ma belle famille s'occupait des courses. Presque toutes les familles des militants syndicaux ou politiques étaient dans le même cas.
Q : De quelle façon avez-vous appris que votre mari avait réussi à fuir ?
J.G : Presque par hasard, par des connaissances qui m'ont dit en août ou septembre 1991, que mon mari se trouvait en Algérie et qu'il avait passé par Tripoli pour fuir la Tunisie. Je n'ai d'ailleurs appris, qu'en arrivant en France il y a environ un an, comment il s'était caché en Tunisie pendant quelques mois, puis sa fuite à travers la Libye et l'Algérie.
Q : Comment avez-vous pris la décision d'essayer de quitter la Tunisie avec vos enfants ?
J.G : C'était pour moi du domaine de l'impossible. Je ne pensais pas revoir un jour mon mari. J'étais désespérée. Puis l'occasion s'est présentée au moment où, lors du voyage de Ben Ali en France en octobre 1997, plusieurs familles ont été libérées.
Q : Est-ce que vous étiez sur la liste des familles, dont les grévistes tunisiens de la faim en France, avaient demandé la libération ?
J.G : Je n'ai jamais su. C'est la police qui est venue me voir. Une semaine avant mon départ, ils étaient passés pour me poser quelques questions : "Où est passé l'argent que ton mari t'a envoyé ? Tu as reçu du courrier, montres le nous.
D'où vient l'argent que vous dépensez ? " J'ai répondu : "Il nous vient du beau-père, d'ailleurs nous ne faisons aucune dépense exceptionnelle. Nous portons toujours les mêmes vêtements".
La surveillance avait toujours continué. Nous étions suivis pendant les courses ou lorsque nous allions voir un médecin.
Puis un jour, la surprise est arrivée. Deux voitures se sont arrêtées devant la maison.
Q : Pourquoi deux voitures ?
J.G : Car il y a deux services : un de la Garde Nationale et l'autre de la Police politique et ils viennent toujours à deux. Ils sont rentrés dans la maison. L'un d'eux m'a demandé des nouvelles de mon mari et l'autre m'a dit : "Nous avons l'ordre de vous faire des passeports. Il faut nous accompagner immédiatement, vous et vos enfants, au commissariat". Mon beau-frère qui était présent a dit : "Les enfants sont à l'école et je n'ai pas de voiture pour aller les chercher ". Nous n'avions pas de photos, pas d'extraits de naissance. Ils ont répondu que ce n'était pas un problème que c'était leur affaire et qu'ils allaient s'en occuper.
Je les ai accompagnés, toujours avec les deux voitures. Nous avons cherché les enfants à l'école puis nous avons fait les photos, cherché les extraits de naissance à la mairie. J'ai trouvé bizarre que ces extraits aient été délivrés aussi vite. Nous avons eu les passeports en deux heures. A ce moment-là, les policiers m'ont dit : "Vous pouvez aller rejoindre votre mari qui est en France, à condition d'informer la police sur le jour et l'heure quand vous quitterez le territoire avec vos enfants. On m'a donné le passeport le 22 Octobre, le jour où Ben Ali visitait la France. Mon rêve se réalisait. J'allais quitter ce cauchemar.
Q : Vous ne regrettez pas la Tunisie ?
J.G : Je ne regrette rien, car rien ne me donnait ni la joie, ni le bonheur. J'ai été opprimée alors que je n'ai jamais fait de politique. J'étais pratiquante musulmane et j'élevais mes enfants. Je n'ai jamais travaillé en dehors de mon foyer.
Ca a été un soulagement pour moi de retrouver mon mari, d'apprendre qu'il avait le statut de réfugié politique depuis
1992, qu'il avait trouvé un emploi d'agent de surveillance après cette longue période où il a dû se cacher et qu'il pouvait de nouveau vivre comme tout le monde. J'ai surtout été soulagée de quitter cet enfer et que mes enfants puissent réapprendre à sourire.
Q : Et pourtant, j'imagine que vous aimez votre pays ?
J.G : Qui n'aime pas son pays ? Mais il n'y a plus rien qui m'y rattache. Je n'arrive pas à oublier les années noires que j’y ai vécu.
Q : Vous pensez y retourner un jour ?
J.G. : Si un jour, il y a une démocratie et une justice pour tous, j'y retournerai volontiers.
Q : Et vos enfants, comment ont-ils vécu cet exil, comment se sont- ils adaptés à l'école ?
J.G. : Au début c'était très difficile, surtout à cause de la langue qu'aucun d'entre eux ne maîtrisait, mais ils ont commencé à suivre des cours de soutien à l'église de Bois-Colombes donnés par le Comité de Soutien aux réfugiés et cela leur a été très profitable. Nous espérons qu'ils finiront par oublier le cauchemar qu'ils ont vécu.
Cet entretien a été réalisé par Ginette Skandrani et Malika Manaï
Mémoire de Lycéenne :
Amira Manaï de Ouardanine, Wilaya de Monastir, venait de fêter ses 15 ans lorsqu'elle a été arrêtée le 15 octobre 1991 au Lycée. Cette date est restée inscrite dans sa mémoire. Elle raconte :
J'étais en troisième année secondaire. J'ai été arrêtée à la sortie du cours de gymnastique, au moment où je me rendais en cours d'arabe. Le surveillant m'a appelé en disant : "On a quelque chose d'important à te dire". Dans le bureau du surveillant, j’ai trouvé trois autres filles du lycée venant des classes supérieures (seconde et terminale). Nous avons tout de suite compris, vu l'ambiance générale, que nous allions être arrêtées. D'ailleurs peu de temps auparavant, plusieurs jeunes lycéens avaient déjà subi le même sort et l’on en discutait dans le lycée.
J'ai demandé au surveillant pourquoi il nous avait convoqué j son bureau. Il a répondu : " Ce n'est rien du tout, Juste quelques questions à vous poser. Ne vous inquiétez pas. Nous allons d'ailleurs prévenir vos parents."
Environ une demi-heure plus tard, une voiture de police est arrivée. Nous étions toutes stressées. Les autres filles ont paniqué, pleuré. Ma panique s'est exprimée par le sourire.
Les deux policiers nous ont emmené en voiture.
Q : De très jeunes filles emmenées dans une voiture de police, entre deux cours, dans un lycée d'Etat, ça devait quand même être très inquiétant ?
A.M. :Ils viennent au moment des cours, quand il n'y a personne dans les couloirs, quand les portes des classes sont closes, quand il n'y a ni prof, ni élève dehors. Ils procèdent à leurs arrestations d'une manière très discrète. Quand ils nous ont sorties du bureau, le surveillant a bien vérifié si la voie était libre et que personne ne pouvait nous voir. La voiture a roulé très vite pour éviter le regard de certains élèves qui venaient de sortir dans la cour au même moment. L'arrestation de quatre filles a immédiatement été diffusée car des élèves nous ont aperçu dans la voiture de police.
Q : Si je comprends bien, l'administration en favorisant cette discrétion était complice de la police, ce qui est contraire à la déontologie de tout enseignement éducatif ?
L'administration est non seulement complice, mais, pire nous étions surveillés par des élèves qui jouaient les espions. Ils étaient rémunérés pour services rendus par l'administration. Ils épiaient tous les faits et gestes de tous les élèves.
Q : Vous les connaissiez? Les élèves étaient-ils au courant de cette infiltration ?
A.M. Oui. Ils étaient d'ailleurs tenus à l'écart, personne ne les fréquentait. On savait tous qu'ils étaient complices de cet état de suspicion qui régnait au lycée. Vous savez, à l'époque - et je ne pense pas qu'il y ait eu un changement
Entre- temps car ça se saurait - tout le monde se méfiait de tout le monde, au lycée, dans la rue, même en famille.
Q : Ils vous ont emmenées où ?
A.M. Au commissariat de Monastir. Dans la voiture, j'ai été la seule à essayer de discuter avec les policiers qui ont d'ailleurs répondu assez poliment à mes questions concernant notre arrestation et la durée de la garde-à-vue.
" Oui on va être très accueillant avec vous. On va vous garder quelques jours. On a tout ce qu'il faut, on est bien équipé, les chambres sont confortables, il y a même la télé."
En arrivant au commissariat, j'ai été surprise de trouver des gens de ma ville. Je voyais bien qu'ils avaient été torturés. Ils attendaient leur tour pour être interrogés.
J'ai aperçu l'un d'entre eux, qui était appuyé contre un mur. Il avait des bleus partout sur la figure. Il était tout enflé. Il avait un œil au beurre noir. Nous étions entourées par trois policiers qui nous forçaient à marcher vite. J'ai juste eu le temps d'entrevoir les gens, mais la scène nous a beaucoup marquées.
Q : Comment s'est passé l'interrogatoire ?
A.M. Ils nous ont emmenées dans un bureau où il y avait quatre policiers. Ils nous ont pris nos cartables pour les fouiller. Ils ont demandé notre identité. Ils ont d'ailleurs ironisé sur mon prénom : "Amira (princesse en arabe) avec le prénom de ta mère Malika (la reine) ça fait très famille royale."
Ils ont emmené mes trois camarades dans un autre bureau, me laissant toute seule. Un secrétaire a sorti sa machine à écrire et l'interrogatoire a commencé. Les policiers se sont relayés pour me poser des questions. Peu de questions me concernaient directement. Ils m'ont surtout interrogée sur mon père. A chaque fois qu'un policier rentrait dans la pièce, il demandait : "C'est bien la fille à Manaï ?"
Q : Quel genre de question concernant ton père ?
Où se trouve actuellement ton père ? Quelles sont ses relations ? Tu connais les gens qu'il fréquente ? Un des policiers était très agressif.
A cette période, comme c'était interdit au lycée, je ne portais pas le "hidjab" pendant les cours. Mais je le mettais dès la sortie. Le policier m'a demandé pourquoi je portais le hidjeb. " C'est ton père qui t'a forcée à le porter ?"
Je lui ai répondu : "Ce n'est pas le cas. D'ailleurs ma mère ne le porte pas. C'est par conviction que je le porte."
Je l'ai d'ailleurs porté très jeune, sans être influencée par personne. Bien au contraire, mon entourage ne comprenait pas toujours ma décision. J'ai choisi librement et en toute connaissance de cause de porter le hidjeb. C'était aussi une manière de m'affirmer en tant que jeune fille musulmane.
Ce policier était très vulgaire et d'une agressivité choquante. Ils étaient d'ailleurs tous très impolis et sans respect pour mon jeune âge.
A un moment donné, j'ai refusé de répondre. Il a sorti son revolver, l'a posé sur la table et m'a dit : "Si tu ne réponds pas à toutes les questions posées concernant ton père, on va changer de méthode."
Il utilisait son fouet et frappait sur le bureau ou par terre pour créer une tension de peur. Il a vu que je ne pleurais pas et que je gardais mon calme et ça l'a énervé. Comme j'avais tendance à sourire, il croyait que je me moquais de lui.
A un moment, j'ai dit "On me parle poliment sinon je ne réponds plus".
C'est là que le commissaire de Ouardanine est rentré dans la pièce et m'a dit :
" On ne va pas trop t'embêter avec les questions. Mais tant que tu n'auras pas répondu, nous serons obligés de te garder et l'interrogatoire sera plus long. Je suis depuis longtemps en poste à Ouardanine et je n'ai jamais entendu quelque chose de désagréable concernant votre famille. Vous avez une bonne réputation. Je connais tous les membres de votre famille. Vous êtes très appréciés."
Contrairement aux autres policiers, il était très calme et très poli. Mais il posait les mêmes questions. "Où est votre père? J'ai répondu : "Aucun d'entre nous ne sait où il est. Je vous jure que je ne sais rien et je ne peux pas inventer."
Ils m'ont aussi demandé où était mon frère Bilal. Dans quelle Fac se trouvait-il? J'ai dû mentir par peur qu'on l'arrête. J'ai dit : "Il est à Tunis " Malheureusement ça n'a pas empêché son arrestation dans la soirée. Ils m'ont gardée une demi-journée.
Q : Ta famille a dû s'inquiéter de ton absence ? Ta mère a-t-elle été prévenue ?
A.M. Ma mère qui avait été prévenue, est arrivée au bout de trois heures. Ils lui ont dit : "Ta fille a avoué". Elle a réagi vivement :
"Qu'est ce qu'elle a avoué ?"
"Qu'elle faisait partie d'un mouvement non autorisé".
Elle s'est énervée et leur a répondu que c'était quelque chose qu'ils avaient inventé de toutes pièces.
Elle a signé un papier et a pu me ramener à la maison, mais mes ennuis ne faisaient que commencer, car ma convocation de me présenter au Procureur de la République a empoisonné ma vie.
Q. : Lorsque je discute avec les tunisiennes, toutes tendances politiques confondues, elles disent toutes que l'isolement qui suit l'enfermement est souvent pire que la prison, je pense que la surveillance que tu as dû subir, a dû être terrible vu ton jeune âge?
A.M. Le jugement n'a été prononcé qu'un an après l'arrestation et j'ai été déclarée innocente. Mais en attendant, j'ai été empêchée de poursuivre mes études, le lycée m'étant interdit tant que je ne ramenais pas la preuve de mon innocence. Je suis restée à la maison durant trois mois, récupérant les cours pour ne pas avoir de retard dans mes études. Malheureusement les amis de classe m'ont fuie par peur d'être inquiétés à leur tour. Il y avait juste une amie qui a eu le courage de continuer à m'amener les cours.
C'était une période où nous étions très surveillés. Nos voisins, nos amis, même certains membres de notre famille s'étaient écartés par peur des terribles persécutions qui s'abattaient sur les gens fréquentant les suspects d’opposition à la politique de Ben Ali.
Au bout de trois mois, j'allais très mal moralement, je ne supportais plus la solitude. Ma mère a pris la décision de m'inscrire dans un lycée privé à Sousse, car l'espoir de ma réintégration dans mon lycée commençait à s'amenuiser.
Pendant toute cette période je passais devant le juge pour mineurs, soit tous les lundis, soit un lundi sur deux. Je ne le savais jamais à l'avance, et ça perturbait mon emploi du temps.
L'affaire a passé en cour d'appel et c'est là que j'ai rencontré beaucoup d'autres jeunes filles arrêtées dans le même cas que moi. La majorité d'entre elles ne portait même pas le hidjeb, mais elles avaient quelqu'un dans leur famille qui était opposant à la politique répressive de Ben Ali. J'ai compris l'étendue du désastre dans lequel était tombée la société tunisienne.
Après mon passage en Cour d'Appel, le juge a prononcé mon innocence.
Q : Que penses-tu du modèle de la femme tunisienne libérée et moderne qu'essaie d'imposer Ben Ali - comme récemment lors de la venue du couple Clinton - alors que personne n'ignore plus que nombre de femmes sont en prison, soit pour délit d'opinion, soit pour soutien à un de leur parent soupçonné d'être dans l'opposition ?
A.M. Ben Ali répète souvent que les "Islamistes" obligent les femmes à ne pas étudier, à ne pas travailler, à rester à la maison. Je connais personnellement beaucoup de femmes tunisiennes, portant le hidjeb, qui poursuivent de hautes études et certaines sont médecins, journalistes, professeurs et d’autres métiers du même genre. En fait, à travers le message qu’il donne de la femme, c'est une image faussée qu'il donne de l'ensemble de la Tunisie.
Si on compare les réalisations des femmes, je pense que la femme tunisienne a pris une certaine indépendance avant l'arrivée de Ben Ali. Ce n'est pas lui qui a initié l'émancipation sociale, culturelle ou politique de la femme.
Bien au contraire, en empêchant l'opposition de s'exprimer, il a aussi ralenti l'expression de la Tunisie au féminin. En tous les cas, la femme restera toujours un élément important du changement politique en Tunisie.
Le gouvernement veut nous faire sentir que s'il exerce une telle pression contre nous c'est par rapport à nos parents opposants, c'est pour nous obliger à baisser la tête, pour nous apprendre à être des moutons dociles, des Tunisiennes modèles à montrer aux touristes.
Dans mon cas, c'est le contraire qui s'est produit car j'estime beaucoup ce que fait mon père et je suis en accord avec toutes ses initiatives. Malgré tous les problèmes, je l'ai toujours soutenu et continuerai à le soutenir.
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Madame Eleuch née Maklouf,
Agée de 42 ans originaire de Sousse, institutrice bilingue, 4 enfants (deux filles de 17 et 14 ans et deux garçons de 11 et 12 ans), raconte :
"Je suis venue en France de façon tout à fait normale en février 1987 accompagnant mon mari qui devait terminer ses études de psychiatrie.
J'ai été arrêté à l'aéroport de Tunis où mon passeport a été confisqué. Mon beau-frère travaillant à la police et étant un confrère de Ben Ali, à l'époque ministre de l'intérieur a donné l'ordre de me rendre mon passeport.
Ma famille a de tout temps eu des problèmes avec le pouvoir tunisien. Déjà en 1981, lors de mon mariage, mon frère jumeau et mon beau-père, arrêtés n'ont pas pu assister à mon mariage.
Q : Votre famille était-elle déjà reconnue comme pratiquante ?
Mme.E : Mon père était muezzin et c'était lui qui faisait l'appel à la prière depuis 40 ans à la grande mosquée de Sousse.
Lorsque mon frère a été arrêté, le pouvoir a demandé à mon père de quitter son poste qui d'ailleurs était bénévole.
Q : Etiez-vous tous pratiquants dans la famille ?
Mm E : Nous sommes sept filles et nous sommes toutes pratiquantes. Les trois garçons aussi. Mon frère qui a 38 ans aujourd'hui a été arrêté en 1987, car il était membre de Nahda. Après quatre mois et demi de détention, de torture et d'humiliation, il a été libéré et acquitté.
Mais le calvaire a véritablement commencé en avril 1991. Mon plus jeune frère, Bouraoui a été arrêté d'une façon absolument barbare. Il était quelqu'un de très discret. Un groupe de policiers est venue encercler le quartier. Ils ont cassé la porte de l'appartement, ils ont pris mon frère et l'ont emmené directement au Ministère de l'Intérieur. Sa femme enceinte, ayant assisté à toute cette sauvagerie a failli faire une fausse-couche. Il a été violemment torturé. Les gens qui l'ont vu inanimé, les jambes raides, nous ont dit qu'il était mort. Mon frère a fait le tour des morgues pour y chercher le cadavre. Le Ministre de l'Intérieur a convoqué les proches suite à la rumeur, alors qu'il avait tout d'abord dit ne rien savoir de lui. La famille a reçu l'autorisation de lui rendre visite. Il était complètement inanimé et ne bougeait pas.
Même lors de son procès en 1992 il a été amené sur un brancard, car il ne pouvait se déplacer suite aux tortures.
Mon frère et mon beau-frère ont été arrêtés en même temps. Mon père qui avait 77 ans étant hypertendu et diabétique a fait une hémiplégie partielle et ne s'en est jamais remis. Heureusement que j'étais en France. J'étais partie avant le déclenchement des événements.
Q : Si je comprends bien, vous n'êtes jamais retournée en Tunisie ?
Mme E : Je n'ai jamais pu retourner, même pour assister à l'enterrement de mon père. D'ailleurs je n'ai plus de passeport. Il était périmé en 1996 et je l'avais donné à renouveler. Le Consulat m'a opposé un refus. J'ai d'ailleurs eu énormément de problèmes, suite à cette situation, ainsi que mon mari pour renouveler notre carte de séjour et les papiers des enfants. Il a fallu que mon mari prenne contact avec le député de notre commune et envoie plusieurs courriers à d'autres députés. Avec le Comité des Sans Papiers, nous avons lutté et envoyé au moins 300 lettres dont celles adressées à toutes les ambassades en Tunisie, à l'Unesco, à l'Unicef etc. Les enfants ont eu leurs passeports tunisiens. Mon mari et moi sommes toujours apatrides. Nous ne pouvons quitter le territoire français.
Mon mari étant médecin et travaillant dans les hôpitaux publics a été handicapé dans l'exercice de sa fonction par sa privation de passeport.
Q : Et votre famille en Tunisie, est-elle toujours persécutée ?
Mme.E. :Aucun membre de ma famille, ascendants et descendants, n'a de passeport et ne peut donc quitter le pays, car leur père, leur mère, leur frère, leur sœur ou un lointain cousin s'appelle Maklouf.
Mon beau-frère a été arrêté et torturé car il avait participé à une manifestation contre la guerre du Golfe. Après sept mois de détention, il devait être libéré. Ses affaires étaient déjà chez lui et à la dernière minute, ils ne l'ont pas laissé sortir. Ma sœur a craqué et fait une dépression, car il a été recondamné à un an et demi de prison pour le même délit alors qu'il avait déjà purgé sa peine. Et ce n'est pas fini, car dernièrement il a été recondamné à quatre ans et demi de prison, toujours pour avoir participé à une manifestation de solidarité avec les frères irakiens en 1991.
C'était un riche commerçant, très connu, et n'avait aucune relation avec les musulmans pratiquants. Son frère, lui aussi, non- pratiquant a été arrêté et détenu pendant plus de quatre mois. Les autorités lui ont dit: "Si vous voulez sortir, il faut partager vos biens. Il faut laisser la part de votre frère sans la faire fructifier".
La boutique a été fermée pendant six mois, ce qui a occasionné le chômage de 50 personnes. Le gouvernement a partagé les biens entre les trois frères, fait fonctionner les 2/3 et laissé l'autre tiers à l'abandon.
Il a été obligé de signer des papiers dans les postes de police huit fois par jour. Sa femme a été obligée de travailler comme vendeuse pour subvenir aux besoins des enfants, car la famille n'avait pas le droit de les aider. Son fils traumatisé par la violence de l'arrestation de son père est toujours suivi par un psychiatre.
Mon frère Bouraoui est toujours en prison condamné à vie car il est Nahda. Ma mère n'ose plus demander des nouvelles. Deux fils et un gendre arrêtés, dix petits-enfants sans pères, c'est toute une famille déchirée.
Q : Vous m'avez dit que c'est toute la famille Maklouf qui est soupçonnée d'être dans le mouvement Nahda ? Vous ne pouvez rentrer au pays, vos frères sont en prison. Vos sœurs ont-elles aussi eues des problèmes?
Mme.E : Les autorités s'en prennent autant aux hommes qu'aux femmes, elles ne font aucune différence. Je me rappelle en 1991, ma belle-sœur, après l'arrestation de son mari a été emmenée au Ministère de l'Intérieur à Tunis pour l'interroger sur ses revenus depuis qu'elle était toute seule. Elle était enceinte de sept mois et très fatiguée. Elle s'est évanouie. Ils ont eu peur et l'ont amené à la station de louage pour qu'elle rentre toute seule jusqu'à Sousse.
Ma sœur aussi a subi la suspicion. Elle ne pouvait rencontrer personne pendant toute la durée de l'emprisonnement de son mari. Elle est sortie une seule fois pour présenter ses condoléances à l'occasion de la mort du père de sa copine. Sa copine et sa mère ont été immédiatement arrêtées et questionnées. Elle n'a plus revu personne.
Q : Est-ce que vous avez des nouvelles récentes de votre famille ?
Mme E : C'est toujours la même chose. Ils sont toujours espionnés, toujours surveillés. Les parents qui veulent voir leurs enfants ou leurs parents en prison ça leur coûte très cher. La prison est toujours très éloignée. Les détenus de
Sousse sont à Bizerte, ceux de Bizerte sont à Gabès, au sud. C'est épuisant, les voyages coûtent cher, durent des fois toute une journée pour voir le prisonnier pendant dix minutes et à travers deux grillages.
Q : Vous m'avez dit que votre petit frère est en prison depuis 1991 ?
Mme.E : Il a d'ailleurs une fille huit ans qu'il n'a jamais vu autrement qu'à travers des barreaux. Il n'a jamais pu la serrer dans ses bras. Sa femme a été arrêtée dans la rue.
On lui a arraché son foulard. Ils ont piétiné le foulard et elle a dû promettre qu'elle ne le porterait plus. Elle a d'ailleurs dû signer un papier.
Q : Donc, en Tunisie, il vaut mieux ne pas porter le " hidjeb »?
Mme.E : S'il n'y a pas trop de tension, de surveillance de la police dans la rue, les femmes portent le"hidjeb". Si elles voient que la tension monte, elles l'enlèvent, vite fait.
Ils essaient de donner une certaine image de liberté, surtout en été avec les travailleurs immigrés qui viennent passer leurs vacances au pays, et les nombreux touristes donc il y a moins de tension et les arrestations sont plus discrètes.
Q : Mais pourquoi toutes ces persécutions ? De quel péril ont-ils peur ? Pourquoi toute cette paranoïa maladive ?
Mme E : En Tunisie, tu es persécuté si tu es membre de Nahda ou soupçonné de l'être ou si tu as des relations avec des algériens. Si tu reçois un Algérien chez toi tu es interrogé par les policiers.
Q : Et les Libyens ? Comment sont-ils reçus en Tunisie ?
Mme. E : Ils veulent bien des Libyens car ils leur apportent des devises.
Q : Mais pourquoi se focaliser sur les Algériens. Je me suis souvent rendue compte, du temps où je traversais la Tunisie avec des copains ou copines Algériennes, qu'ils ou elles étaient toujours suspectés et interrogés plus longuement que les autres ?
Mme E : Pour le pouvoir de Ben Ali, les Algériens sont tous des terroristes. Chaque Algérien qui traverse la frontière est suspect.
Q : Que pensez-vous du statut social de la femme tunisienne. Il y avait eu énormément d'acquis, il y a une dizaine d'années. J'ai l'impression que la Tunisie a du retard actuellement sur sa voisine. Je connais bien les femmes libyennes et je sais qu'elles sont très introduites dans les ministères, les institutions, les entreprises où elles ont souvent des postes de responsabilité. Qu'en est-il en Tunisie
Mme.E : Pour avoir ce statut-là, il faut être une femme occidentalisée et dans les bonnes grâces du pouvoir. Il ne faut pas avoir des idées divergentes. D’ailleurs peu importe la divergence : religieuse, politique, sociale ou culturelle.
Pour vivre en Tunisie il faut savoir suivre les normes. Il faut être des "Beni oui oui". Une femme peut dire "Non" à tout sauf au pouvoir de Ben Ali. Car alors ce sera une catastrophe personnelle pour elle et pour toute sa famille.
Le statut de la femme a beaucoup régressé depuis les premières années de l'indépendance. Bourguiba avait fait beaucoup pour les femmes, pour l'égalité, pour le respect du statut féminin. Avec Ben Ali c'est une catastrophe pour tous, femmes et enfants y compris.
La liberté de la femme est résumée dans le matérialisme, la consommation et dans les apparences. Le pouvoir ne veut pas que les femmes soient cultivées, instruites, qu'elles pensent par elles mêmes ni qu'elles soient indépendantes dans leur choix. Le sens de la famille commence, à cause de la suspicion et de la mauvaise ambiance et de la répression, à se disloquer comme en 0ccident. C'est l'individualisme et le chacun pour soi. Je ne suis pas contre l'0ccident, mais dans chaque culture, il faut choisir ce qui nous fait progresser, pour atteindre le niveau des pays développés sans détruire notre identité.

Aicha Dhaouadi
Ce témoignage de Aicha Dhaouadi, réfugiée tunisienne, ancienne prisonnière d’opinion, a été fait au cours de la rencontre organisée le 26 juin 1999 à Paris à l’occasion de la Journée internationale des Nations unies en soutien aux victimes de la torture. Les actes de la rencontre ont été publiés sous le titre : Tortures, prisons et prisonniers politiques en Tunisie et peuvent être consultés sur de nombreux sites.
Mesdames, Messieurs,
L’ONU, qui s’intéresse à la manière dont sont traités tous les êtres humains, y compris ceux qui se trouvent détenus, s’est dotée d’un certain nombre d’instruments de droit international visant à protéger et à garantir les droits de l’homme et les libertés fondamentales au sein des prisons. Force est de constater que l’application de ces principes est déficiente en Tunisie, en dépit d’un discours officiel vantant le mérite de celle-ci dans ce domaine.
De nos jours, ce n’est plus une inconnue! Les prisons tunisiennes sont devenues des lieux d’atteintes graves et systématiques aux droits humains les plus élémentaires. Les victimes de ces pratiques sauvages ne se comptent plus. Aujourd’hui, je suis venue témoigner de toutes atrocités commises derrière les barreaux dans ce pays qui se veut “havre de paix”. Je suis venue aussi parler au nom de tous les prisonniers politiques, étant moi-même ancienne détenue de conscience, vous faire part de leur calvaire et briser le mur de silence aussi pénible et coupable à leurs yeux que les barreaux et les murs de leur prison.
La première chose qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque le mot prison est la question de l’isolement...Alors que les règles de l’ONU dans ce domaine précisent que les conditions dans lesquelles l’isolement doit être prescrit doivent être énoncées avec la plus grande précision et que “l’isolement prolongé” peut constituer une forme de torture, ce phénomène est devenu dans notre pays une forme de punition et de destruction pratiquée d’une manière organisée, systématique et arbitraire contre les détenus politiques. L’enfermement individuel dans des geôles exiguës, l’éloignement des prisonniers de leur lieu de résidence, les tracasseries et menaces dont font l’objet leurs proches pour qu’ils renoncent à leur droit de visite, s’inscrivent dans une démarche visant à couper le prisonnier politique des mondes “intérieur” - c’est-à-dire la population carcérale - et “extérieur” - famille et proches - et confirme ainsi le caractère torturant de l’isolement.
Hélas, l’isolement n’est pas le seul instrument de torture utilisé par les détracteurs des prisonniers d’opinion en Tunisie, les peines et les traitements sont tout autant assimilables à la torture et à des peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants. Les prisonniers politiques, notamment ceux d’Ennahdha (La Renaissance) vivent au quotidien et endurent le supplice des mauvais traitements, de l’humiliation, de la violence, des chantages, de l’abus et de l’agression sexuels. Battus, fouettés, intimidés, violés- les femmes surtout -, les prisonniers d’opinion doivent faire aussi à des mesures discriminatoires, notamment la privation de soins médicaux (nombreux sont ceux qui ont payé de leur vie l’absence ou le retard prémédité de soins), la détérioration et l’insuffisance de la nourriture (elle est confisquée lorsqu’elle provient des proches), l’interdiction d’accès à tous les moyens d’information (médias, presse), le traitement du courrier...
Ces conditions de détention extrêmement mauvaises, non seulement violent le droit du détenu à la dignité mais constituent aussi une punition cruelle et injustifiée, dangereuse pour la santé et même pour la vie du détenu: à ce titre, elles violent son droit à ne pas subir “la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants” reconnus par l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
A la fin de ce témoignage toujours éprouvant pour moi et indignant pour les défenseurs de la cause humaine, je voudrais rappeler aux tortionnaires quels qu’ils soient, commanditaires ou exécutants, que les conventions internationales dont ils se font les chantres stipulent qu’ “aucun responsable de l’application des lois ne peut infliger, susciter ou tolérer un acte de torture ou quelque autre peine ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ni ne peut invoquer un ordre de ses supérieurs ou des circonstances exceptionnelles telles qu’un état de guerre ou une menace de guerre, une menace contre la sécurité nationale, l’instabilité politique intérieure ou tout autre état d’exception pour justifier la torture ou d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.”
A vous, Mesdames, Messieurs, ici présents, à tous les défenseurs des droits de l’homme, je voudrais dire que notre combat contre l’arbitraire et la torture doit être sans faille et sans répit...La grandeur des droits de l’homme est que pour toute victime qu’ils sont censés défendre, il y a toujours un défenseur.
Rachida BEN SALEM-M'BAREK,
Agée de 32 ans, mère de deux petites filles de cinq et sept ans a été condamné à deux ans et trois mois de prison ferme. Elle a été arrêtée le 18 mai 1997 à Ben Gardane, dans le Sud Tunisien, pour avoir tenté de franchir la frontière libyenne avec ses deux petites filles.
Elle voulait rejoindre son mari réfugié politique aux Pays-Bas et quitter une atmosphère devenue de plus en plus oppressante.
Elle n'a pourtant jamais fait de politique, se contentant d'élever ses deux petites filles. Mais comme cela est très courant en Tunisie, le pouvoir harcèle constamment les proches parents et amis des opposants ou prétendus tels et cherche à se venger des épouses de ceux qui sont arrivés à quitter le pays.
Des milliers de femmes se plaignent de ces pratiques d'un autre âge, certaines ayant même été forcées de demander le divorce. Comme leurs passeports sont confisqués, elles ne peuvent quitter le territoire. Elles n'ont souvent aucun moyen de subsistance pour élever les enfants, ne pouvant travailler Elles ne peuvent compter ni sur leurs familles, ni sur leurs relations qui sont étroitement surveillées et considérées comme suspectes.
Après un dur séjour de 13 jours au Ministère de l'Intérieur, Rachida a été transférée le 31 mai à la prison des femmes de Mannouba. La première audience de son procès n'a eu lieu que le 28 août 1997. Elle a été condamnée à deux ans et trois mois de prison. Ayant fait appel de sa condamnation, sa peine a été rallongée de trois mois, ce qui fait qu'elle entame sa deuxième année de prison.
Rachida a été adoptée comme prisonnière d'opinion par Amnesty International et l'OMCT/SOS TORTURE, ce qui a contribué à faire connaître la dégradation des droits humains et spécifiquement l'atteinte au droit des femmes en Tunisie. De nombreuses femmes, certaines souvent sans jugement, croupissent depuis plusieurs années dans les prisons tunisiennes. Il suffit qu'elles soient liées de près ou de loin à des opposants, où qu'elles aient cherché à quitter clandestinement le pays, où qu'elles osent défendre les femmes poursuivies, comme l'avocate de Rachida, Radhia NASRAOUI, pour tomber sous le couperet de la machine judiciaire mise en route par les autorités du général Ben Ali.
Contrairement à la propagande officielle tunisienne sur le statut de la femme tunisienne, ses droits, ses acquis, ses avancées politiques ou sociales, des milliers de citoyennes ayant osé revendiquer le droit à la parole ou continuant à soutenir leurs proches parents incriminés, sont soumises aux châtiments collectifs et à l'humiliation quotidienne. La libération de la femme passe aussi par le respect de la femme citoyenne à part entière.
L’association des Avocats Européens Démocrates et l'association Avocat pour Avocat, soutenues par A.I. et une organisation des réfugiés ont organisé un rassemblement en toge d'avocat devant l'ambassade de Tunisie à LA HAYE le 18 mai 1998, pour protester contre les persécutions des femmes et défendre leurs homologues tunisiens. Les diplomates tunisiens ont bouclé toutes les entrées de l'ambassade en refusant à toute personne l'entrée des locaux. Cette initiative originale et spectaculaire ne demande qu'à se reproduire ailleurs pour aider non seulement les femmes et leurs avocats, mais l'ensemble des prisonniers d'opinion.
Ginette Skandrani
http://www.tunisitri.net/interview/interv1.htm/

Pressions américano-israéliennes...

تعاون "إسرائيلي" أمريكي لإلزام مصر بسياسات مبارك

8/3/ 2011

http://www.paltoday.ps/arabic/News-103374.html

كتب : صالح النعامي
لقد تبيَّن بالدليل القاطع أن ما تقوم به إسرائيل والولايات المتحدة من وراء الكواليس لإحباط الثورة المصريَّة المجيدة والحيلولة دون تحقيقها أهدافها أكبر بكثير مما يتوقَّعه المرء، واللافت أنه يتكشَّف كل يوم حجم الجهود التي تُبذل في السرّ وبعيدًا عن الأنظار للقضاء على الأحلام العربيَّة التي تفجَّرت في أعقاب اندلاع الثورة، وقد بات في حكم المؤكَّد أن القلق الإسرائيلي لا يتوقَّف عن تأثير الثورة المصريَّة على الداخل المصري، بل أن هناك قلقًا أكبر أن يمتد تأثير الثورة المصريَّة ليؤثر على البيئة الإستراتيجيَّة لإسرائيل بشكلٍ شامل، ولقد واصل وزير الحرب الإسرائيلي الأسبق بنيامين بن إليعازر ندب حظ إسرائيل بعد أن فقدت صديقها وحليفها حسني مبارك، لدرجة أنه اعتبر أن استكمال التحوُّل الديمقراطي في العالم العربي يشكل تحديًا وجوديًّا لإسرائيل.

اللافت أنه في الوقت الذي وجّهت حكومة نتنياهو الإهانة تلو الإهانة للرئيس الأمريكي باراك أوباما، فإن شغله الشاغل بات الحرص على ألا تؤثِّر الثورة المصرية على مصالح تل أبيب في المنطقة، فقد كشف التليفزيون الإسرائيلي النقاب عن أن الإدارة الأمريكيَّة أبلغت رؤساء المنظمات اليهوديَّة في الولايات المتحدة بأنها تبذل جهودًا هائلة من أجل ضمان مواصلة مصر ليس فقط التزامها باتفاقيات كامب ديفيد، بل التعاون الأمني الكثيف الذي كان قائمًا في الماضي بين تل أبيب والقاهرة، والذي كان يتمُّ أحيانًا بمشاركة أمريكيَّة، ولم تكتفِ الإدارة الأمريكيَّة –حسب المصادر الأمريكيَّة– بالضغط المباشر على قيادة الجيش المصري، بل تعدَّاه إلى حد الطلب من المجلس العسكري الأعلى الذي يتولَّى مقاليد الأمور في القاهرة بأن يضغط على الأشخاص الذين يرغبون بالترشُّح للرئاسة وعلى الأحزاب التي تنوي المشاركة في الانتخابات الشريعيَّة القادمة بأن يعلنوا بشكلٍ واضح لا لبس فيه التزامهم بالاتفاقيَّات الموقَّعة مع إسرائيل دون المطالبة بأي تغيير، إلى جانب نقل موضوع التعاون الأمني بين إسرائيل ومصر من صلاحيات الحكومة القادمة إلى صلاحية الجيش المصري.
وحسب هذه المصادر فإن الإدارة الأمريكيَّة تضغط بقوَّة من أجل تحييد رأي بعض الجنرالات المصريين الذين يتحفظون على المطالب الأمريكيَّة، والذي يجعل هذه التسريبات دقيقة حقيقة أن التليفزيون الإسرائيلي قد عرض تقريرًا مصورًا يظهر فيه دينس روس مستشار الرئيس أوباما وهو يلتقي مجموعة من النشطاء اليهود الأمريكيين، حيث قال لهم أن الإدارة الأمريكيَّة توظِّف كل ثقلها حاليًا في محاولة بلورة الواقع المصري المستقبلي بحيث لا يشكِّل خطرًا على المصالح الأمريكيَّة والإسرائيليَّة، وحسب روس فإن الولايات المتحدة توظِّف كل مؤسساتها التي تحتفظ بقنوات اتصال مع الجيش المصري من أجل الضغط على قادة الجيش لبلورة البيئة الداخليَّة المصريَّة بشكلٍ لا يشكل تهديدًا للمصالح الأمريكيَّة والإسرائيليَّة.

حرمان معسكر الممانعة من النقاط

لكن إسرائيل معنيَّة بألا تستفيد الجهات التي تشكِّل محور الممانعة في العالم العربي من نتائج الثورة المصريَّة المجيدة، وقد تبيَّن أنه قد تَمَّ إنجاز ورقة عمل من قبل الأجهزة الاستخباريَّة الإسرائيليَّة والمؤسسات السياسيَّة في الكيان الصهيوني من أجل تحقيق هذا الهدف بالتعاون مع الولايات المتحدة، فقد كشفت مصادر إسرائيليَّة النقاب عن أن كلًّا من ديوان رئيس الحكومة الإسرائيليَّة ومجلس الأمن القومي في تل أبيب قد بلورا بالتعاون مع جهازي الموساد وشعبة الاستخبارات العسكرية المعروفة بـ "أمان"، ومركز الأبحاث التابع لوزارة الخارجيَّة الإسرائيليَّة تصورًا شاملًا يهدف لتلافي "الأضرار الإستراتيجيَّة" التي قد تنجم عن الثورة المصرية، حيث سيتمُّ تقديم هذا التصور للإدارة الأمريكيَّة بهدف تبنِّيه والاستناد إليه في تعاطيها مع الشأن المصري مستقبلًا، ونقل رادو "عروتس شيفع" الإسرائيلي عن المصادر قولها أن التصوُّر يركِّز على قضية واحدة، وهي ألا تؤدي الثورة المصريَّة بحالٍ من الأحوال إلى الإخلال بموازين القوى التي كانت قائمة بين قوى الاعتدال في العالم العربي والقوى التي يصفها التصور بـ "المتطرفة"، ويشير التصور إلى حقيقة أن نظام الرئيس المخلوع حسني مبارك قد كان يشكِّل العمود الفقري لمحور الاعتدال في العالم العربي.

ويبدي مبلورو التصور قلقًا كبيرًا لحقيقة أن كلًّا من حركة حماس وحزب الله شعرا بأن الثورة المصريَّة تصبُّ في صالحهما، حيث يطالب مبلورو التصور بأن تضغط الإدارة الأمريكيَّة على صناع القرار في مصر حاليًا لكي لا تبدي القاهرة أي "إشارات إيجابيَّة" تجاه كل من حماس وحزب والله، ويرى مصممو التصور أن تحقيق هذا الهدف يتطلب الإجراءات التالية:
أولًا: أن تواصل مصر نفس السياسة المتَّبعة تجاه حركة حماس وقطاع غزة، سيما في فرض القيود على حركة الغزيين عبر معبر رفح.

ثانيًا: عدم السماح بالخروج عن دائرة التعاطي السياسي السابق بين مصر وحركة حماس، بحيث يشعر الرأي العام الفلسطيني أن ما حدث في مصر "لا يشكِّل بالضرورة إضافة إيجابيَّة" لحركة حماس والجهات التي تلتقي معها.
ثالثًا: أن تواصل مصر نفس تعاطيها مع الملف اللبناني وعدم إحداث أي تغيير على علاقاتها مع المكونات السياسيَّة اللبنانيَّة.

أن ما تقدم يدلِّل بشكلٍ واضح على حجم المكائد التي تنصب للثورة والثوار في مصر، وهذا يوجب على الجميع ألا يغفوا أثناء الحراسة، فالمكر كبير وهناك إصرار أمريكي إسرائيلي على توظيف كل المقدرات المشتركة للجانبين من أجل إحباط الثورة وعدم تمكنيها من تحقيق أهدافها.


Sunday, March 06, 2011

Tunisie: où sont-ils passés?



L’appel des mille

Dans le journal Le Temps daté du vendredi 20 août 2010 a paru l’Appel des Mille pour soutenir la candidature de M. Ben Ali pour 2014. Où sont passés ces mille personnes, ceux qu’elles représentaient et des centaines de milliers d’autres aussi ? On ne les entend plus. Mais il serait opportun que les gens d’août 2010 s’expriment de nouveau.
M.T



L’Appel des mille
Le Temps
Vendredi 20 Août 2010


Riadh Jemaâ, Tahar El Kateb, Imed Rekaya, Badreddine Ben Slimène, Asma El Harri, Nader Assesse , Thouraya Maajoul, Beya Ouertani, Ali Akremi, Ouahid Masmoudi, El Hédi Zouari, Lamia Bouziri, Hanen Akrout, Hamadi Kallel, Ismaël Trabelsi, Rabeb Ben Aïssa, Nizar Nasri, Hassen Dérouiche, Saber Chamkhi, Abir Belgacem, Jaâfar Salhi, Sadok Bouzid, Ouahid Becheïkh, Tijani Mehouachi, Abdelhamid Ben Saleh, Abdelfatteh Ammous, Ali FrajBéchir Negra, Jalel Khedhiri, Béchir Chaouachi, Hassine Feydi, Anouar El Bardi, Monji Chikhaoui, Mongi Boulahmi, Chokri Haj Slama, Ahmed Meftah, Mustapha Mdaïni, Mohamed Mabrouk, Mohamed Mhamedi, Imed Ben Ammar, Daoued SalehMohamed Tahar ChihaouiKhaled BouzouitaFarouk AmmarBoubaker El IchMohamed Adel El AlimiMohamed El Haq Ben YounèsAbderrahmen Ben GaraHamadi RouissiHatem El AâterMustapha TrabelsiKhemaïes Chérif Khemaïes SaâdaFethi MejriMohsen El HedhliImed AbdeljaouedChiheb ThabetNajoua Farhat Boudhiaf El Hédi MokhAbdelwaheb RbiïNacim Mlika BoudenMohamed Sahbi BahrounMonia Bouricha KarbouhFilel RhaïemNesrine KarouiAhmed MejdoubAmel BouzouitaAnis OuahhaniIsam BouchraraZaïneb LaâliouiAbderraouf ChaouchAbdellatif AbbèsBéchir MelloulMohamed Hbib AïssaLamia DarghouthMonia DharbiTaïeb MahmoudAmel ZnaïdiMohamed Hédi JlassiSofiène MalelliHoussem MejriSana AdhabiThouraya DaouessSamira DenguirAbderrazzak RouatbiOlfa ZribiRim ZouariIjed MoussaCherifa Lakhoua LektarAmel SaffarMohamed Firas TherayaSamir El OuenzerfiAmel Ben ZakkourDhia MadhourImen MethlouthiImen Makhlouf Amine CharfeddineMohamed Manoubi FerchichiInès RahmaniDalenda ChoukSelma ManjourWidad BoulifaMariem BousraïehBen Khelifa ZouheïerNébiha JaïetHasna NaghssousiAhlem El YousfiNajoua BergaouiKamel MahdaRim MaâouiaSalem TrihaEl Moncef KhouajaEl Mehdi Ali Krikech

Médecins,Pharmaciens etcadres de la santé

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Cadres et responsablesagricoles

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Ingénieurs

Gholam DabbachTaoufik Moadeb HamrouniAfif KidaraMohamed BoufarwaMohamed GhannouchiThameur AbdellaouiMohamed Taher AtarziHassen ChouarbiTaoufik HlilaMohamed BabbaNabil ChaterAmer ZouariSayed SamaniMohsen MastourHajer HlaliMounir JawadiAlia SoltaniKamel KarmiHassib AbdallahMohsen OthmaniFarhat SalhiManel Ben SolamiaHabib GhanemNizar FerjaniRabeh MansouriFathi MadiouniFarida Mansouri JamadKhaled Ben AmaraAbda MeskiniAbdelmalek SalamiSami Ben AyedMohsen Ben AmmarNéjib Ben TeychaAbdelrrahmen KlaliAmeur BahriNasreddine ChahabiRiadh GhatnassiSalam RozaâniAmal MaherziAli HendaouiAbedelmonnêm AlaniSalah DarmoulKhélifa ChermitiHédi HamrouniLeïla Ben DiyaKaïs KéfiChafik ZaydiAhmed LoukilMosbah HélaliKalthoum SifaouiDalila DalhoumiAsma ZaâniniHabib ChouikhaTaoufik GargouriDalel KrichèneMourad AmarRiadh HentatiFathi Chérif Ramzi HalouaniNajet Ksara AbdelhédiRabab GormaziMohamed Ben Habib BelhadjDanzim KamounAli BéhiriMohamed SalamiFouad MaâlejMohamed FekiMongi KallelAhmed GharsallahMohamed GharbiThameur KanounAbdallah KouiaâTijani HidrichNoureddine GharianiBelkacem MabroukHechmi TaktakAdel GharianiMeki Lajnef Hechmi AbdelmalekMohamed Mongi RabiïHabib El MekiMohamed Ben MariïMoncef ZeyadiKamel KhaldiRayida HamdiAhmed LtifiFaouzi KhaldiMohsen IbrahimiJalel KhédiriAbdelbasset HalimSalem ZayedAhmed KassiInès ChaïbiHechmi MnasriAmor MajouriOussama MansriAbdelrrahmen Ben AhmedAbdallah FabraouiMohamed NasriIhssen KhlayfiZakariya KhazriRamzi BargaouiKamel DridiAmor ZineMohamed Saleh KhamassiChokri ArbiSamir JradiAbda SghaïerHabib GhadirMohamed YaâkoubiChedli SnoussiAmmar KarouiAbdelmonêm RezguiChaâbane KoukaSassi MassoudiJamel FerchichiSaleh MentouchMongi BrahmiOuatef SaadOuatef AbidiAbdelfateh MadarNour AbidiYoussef NaïliNoureddine MansourMohamed AmouriMohamed Néjib NasraouiMohamed Ramzi JomliHanen MassoudiHajer NahdiAmira BoussettaMouna ChabchoubBen Miled AbdelhamidBelgacem MaïrchiFaten RezguiGhada NouariyaAbdelwahed HayahFayçal BoubakerHanen Ben DhouaRim FredjNaoufel MassoudiAbdelrazak GammoudiMaha KarboujRaouya BoumaïzaIskander BahloulIbrahim AbbassiMohamed Ali JendoubiFaïez MoslemMohamed BoukalaâMongi ChninidAhmed TouirMokhtar Ben SalemAbdelkader El HoubiMoussa BoukhariSelim LahmerSalem HajjiMoncef HarmiBahri KhaliliMoncef GhabriMohamed GarrechMohamed SalhiAli BouaâfiaSassi MahdhiBrahim MeriahiMoncef SoudaniBilel SlimLabib BoudayaHani DamakImed FatnassiNabil ZitouniLeila BahriDorra Ben AyedMaïssa ZerzeriGhada NéjiZohra MhamediSamira ArafaAyia SaïdFeirouz Jerbi

CadresAdmnistratifset Bancaires

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Cadres éducatifs

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Etudiants

Haythem ChakchoukRahma BouazizImène FarhatRami BouallègueFatma YahyaouiEmna LabidiMohamed AiïfiaHatem ZankerYahia MarzoukOlfa Ben OthmaneBeya GramdiAmani GhanemSalwa MejriSenda AyariDorra ThabetYosra HamdiFarah DaboukiSlim BouchibaSaber JleliIlyès BouâabdallahZeineb Ben AmorSouad BouhillaNadia RahaliHouyem SehiliMarwa MbarkiZeineb ChabbarHamdi HergalMohamed Amine JebaliMoâtaz Ben GhribDoha MarzoukiZohra Ben AbdessalemYoussef ThabetIchraf MajdiIbtihel MalouhiDorsaf HammamiRim TriqiLina Mazni

Métiers divers

Arbi MrabetNoureddine KhazriMontasser Ben Lotfi TaktakHayet HamrouniSkander DaliHéla ChakrounNoura Ben ChaïlaAbderrazzak LaâbidiMohamed Néjib HabibGhanem JoudiSadek KenyaliAbdelkhalek YahyaouiHayet ZaïdiSamira DraouiAmel DridiHiyem ZgoliSamuel ChebilKamel KasmiFattouma GharsaliFeriel LaâlaïRaja HmaidiBoutheina Ennoubli BoughadjaRaja TbiniFatma Safi Chalghaf Khira ChakrounFadhila AlouiOlfa CharfeddineLeila BchirRafika JlilMariem TayebInes Ben Mahmoud


La crise libyenne et l'Afrique

Courrier international

ÉCONOMIE • La crise libyenne fatale aux entreprises africaines ?

De nombreuses entreprises africaines déjà sur le fil du rasoir ne doivent leur survie que grâce à l'argent du pétrole libyen.

04.03.2011, Julius Barigaba  

The East African article original (en anglais)

Dans son édition du 26 février 2011, l'hebdomadaire se penche sur le type de relations que les pays occidentaux peuvent avoir avec les régimes tyranniques, mais il s’attarde aussi longuement sur la question de l’approvisionnement pétrolier soulevée par les événements libyens, en avertissant que “le monde est en mauvaise posture pour affronter une nouvelle crise pétrolière”. “Les marchés pétroliers n’aiment pas les surprises, rappelle l’hebdomadaire. L’éviction soudaine de Moubarak, ajoutée aux troubles en Libye, à Bahreïn, au Yémen, en Iran et en Algérie (qui assure 10 % de la production mondiale), a renchéri les prix de 20 % ces derniers jours.”

Depuis que le mouvement révolutionnaire dans le monde arabe a atteint Tripoli et menace de mettre un terme aux quarante années de dictature de Mouammar Kadhafi, les réunions de crise se multiplient dans les entreprises d'Afrique de l'Est où la participation libyenne est forte. Selon des participants à l'une de ces réunions, il s'agissait de réfléchir aux solutions de survie pour ces entreprises au cas où le régime de Tripoli venait à s'effondrer. Parmi leurs principales préoccupations figurent les dettes colossales qu'ont creusées les entreprises libyennes, très souvent contractées dans un élan de confiance démesuré et avec la conviction que Kadhafi serait toujours là pour les renflouer en cas de problème de trésorerie. A en croire des sources bien informées, la gestion, élément clé de la réussite de toute entreprise, est un problème constant pour ces sociétés, pour qui la rentabilité n'a jamais été un souci central.

La Libye, géant de la production pétrolière, a utilisé ses pétrodollars pour investir dans les télécommunications à l'étranger, en particulier en Ouganda, au Rwanda, en Zambie, au Sud-Soudan, en Sierra Leone, en Côte d'Ivoire, au Niger, en Guinée-Conakry et au Bénin. Elle possède également des intérêts dans l'hôtellerie, la confection et l'agro-alimentaire en Ouganda, mais aussi dans le génie pétrolier et la distribution du pétrole au Kenya et en Ouganda. Le Libyan Arab Portfolio, le fonds public d'investissements de Tripoli, et notamment sa branche télécoms LAP Green, possède des participations dans des sociétés de télécommunications et des hôtels au Rwanda et au Kenya. Cependant, la plupart de ces agences et entreprises libyennes sont insolvables et ne tiennent plus qu'à un fil : la perspective d'une faillite n'a pour elle rien de fantaisiste dès lors que les financements de Tripoli viendraient à se tarir. Leur activité dépend en effet de perfusions financières réalisées régulièrement par l'Etat libyen, mais aussi de l'influence personnelle du colonel Kadhafi, aujourd'hui sur la sellette.

A quelques rares exceptions près, toutes ces entreprises sont en difficulté. Le groupe Uganda Telecom Limited (UTL), dont LAP Green détient 69 %, serait aujourd'hui de facto en état d'insolvabilité, avec une dette de plus de 13 millions de dollars [9,4 millions d'euros]. Exclue du marché commercial du crédit, la société avait demandé l'aide de Tripoli. Plus globalement, le soulèvement en Libye inquiète dans la région, où beaucoup se demandent si ces entreprises pourront survivre sans les largesses du Guide libyen et quelles conséquences aurait leur faillite sur l'économie régionale. Préoccupés par ce montage obscur, certains capitaines d'industrie redoutent des répercussions dantesques en Ouganda, où le régime de Tripoli est très lourdement engagé dans plusieurs secteurs. Uganda Telecom, le navire amiral de LAP en Ouganda, serait en tête de liste des entreprises les plus durement touchées par la chute de Kadhafi. Chez le voisin rwandais, Rwandatel, autre entreprise de télécoms aux mains de LAP Green, est elle aussi dans une situation délicate. En 2008, les Libyens ont racheté pour 100 millions de dollars (72 millions d'euros), 80 % de cette ancienne entreprise publique, qui est aujourd'hui à la remorque de ses concurrents.

La compagnie pétrolière OiLybia possède l'essentiel de ses activités au Kenya dans le secteur très concurrentiel de la distribution, délaissé par les géants comme Shell qui préfèrent se concentrer sur l'exploration et la prospection. Mais depuis 2008, les consommateurs de produits pétroliers au Kenya, en Ouganda et au Rwanda sont pris en otages par la société de génie pétrolier Tamoil East Africa, filiale de Tamoil Libya, qui aurait dû avoir terminé à ce jour la construction de l'oléoduc entre Eldoret [dans l'ouest du Kenya] et la capitale ougandaise Kampala et même avoir lancé son prolongement vers Kigali, au Rwanda. Nul doute que si le robinet financier de la famille Kadhafi se ferme, c'est l'Afrique de l'Est qui en supportera les plus lourdes conséquences.

Prenons le cas d'UTL. Selon certaines sources, la société ne peut pas emprunter, car ses recettes sont insuffisantes pour lui permettre d'obtenir des financements auprès de banques commerciales - Tripoli est donc pour elle le seul espoir. Selon un informateur bien placé, les réseaux mobile et fixe d'UTL ne font aucun bénéfice et sont même devenus un fardeau pour la vache à lait de l'entreprise, en l'occurrence sa branche Internet et gestion de données. LAP détient 69 % d'UTL qui s'est révélée incapable de garder son avantage face aux solides concurrents sur son marché : elle s'est retrouvée devancée partout, tant en termes de nombre d'abonnés, de chiffre d'affaires que de bénéfices.

Au dernier trimestre 2010, ses concurrents ont menacé UTL de lui fermer les lignes en raison de ses impayés. La Commission ougandaise des communications est alors intervenue pour demander aux entreprises concurrentes de ne rien faire avant que les élections ne soient passées. Et comme si UTL n'avait pas assez d'ennuis, la crise a éclaté en Libye immédiatement après le scrutin en Ouganda [le 18 février]. Un responsable de LAP Green l'a admis : "La situation en Libye aura des conséquences sur toutes nos activités. Cela crée une forte inquiétude."

Friday, March 04, 2011

sans commentaire!


Une pièce svp!

Les forces de l'OTAN en Libye

Les Forces Spéciales des Etats-Unis ont débarqué en Libye pour entraîner les rebelles anti-Kadhafi
4 mars 2011


Les Forces Spéciales des Etats-Unis ont débarqué en Libye pour entraîner les rebelles anti-Kadhafi pour un coup d’état appuyé par l’occident dans les environs du pays riche en pétrole, avec des "assistant pour la défense" Français et Anglais également débarqués pour établir des camps d’entraînement dans la région orientale du pays, sous contrôle des rebelles.

Selon une information du journal "Pakistan Observer", des centaines de membres du personnel des Forces Spéciales des Etats Unis, de Grande Bretagne et de France sont arrivés les 23 et 24 février "dans des navires de guerre américains et français et des petits canots dans les ports libyens de Benghazi et de Tobruk".

Le reportage affirme que l’information a été confirmée par un diplomate Libyen de la région : "Les trois pays occidentaux ont débarqué leurs troupes des Forces Spéciales en Cyrénaïque et sont actuellement en train de créer leurs bases et centre d’entraînement", dans l’intention de renforcer les rebelles qui résistent à la milice de Kadhafi dans les environs.

"Les forces occidentales se préparent à établir des bases d’entraînement pour des milices locales pour un contrôle effectif de la région riche en pétrole et contrecarrer toute pression des forces en faveur de Kadhafi depuis Tripoli" indique l’information.

Par ailleurs, les efforts pour "neutraliser" l’Armée de l’Air Libyenne sont en route, dans l’intention de faire obstacle aux possibilités de Kadhafi de gouverner depuis Tripoli s’il parvient à rester au pouvoir.

La Marine américaine a aussi confirmé que le porte-avion USS Enterprise, lequel était auparavant en service contre les "pirates" face aux côtes de Somalie, se dirige maintenant vers la Libye, pendant que la tension monte.

La secrétaire d’Etats Américaine Hillary Clinton a admis publiquement pour la première fois le 28 Février que les Etats-Unis se préparaient à soutenir les rebelles anti-gouvernement, malgré les avertissements de Hafiz Ghota, porte-parole du récent Conseil National de Libye dans la ville orientale de Benghazi contrôlée par les rebelles, disant qu’aucune "intervention étrangère" ne serait bienvenue.

"Le restant de la Libye sera libéré par le peuple... et les forces de sécurité de Kadhafi seront éliminées par le peuple de Libye", a exprimé Ghoga au cours d’une conférence de presse.

Pendant ce temps, l’ex représentant européen pour le groupe Carlyle et ex premier ministre britannique John Major a décidé en dernier d’ajouter sa voix au chœur croissant de ceux qui appellent à une intervention militaire pour renverser Kadhafi.

Major appuie "les autres leaders occidentaux qui sont sur le point de donner l’ordre d’actions militaires contre Mouamar Kadhafi de crainte que le président Libyen n’utilise des "armes chimiques" contre son propre peuple" informe "The Telegraph".

Le premier ministre Britannique actuel, David Cameron, a, lui aussi, été occupé à préparer un scénario pour un coup d’état soutenu par l’occident, en demandant une zone d’exclusion aérienne sur le pays.

"Si le colonel Kadhafi utilise la force militaire contre son propre peuple, le monde ne peut rester en dehors. C’est pourquoi nous devrions rechercher une zone d’exclusion aérienne’, a dit Cameron. Le chancelier Russe, Serge Lavrov, a critiqué l’idée d’une zone d’exclusion aérienne comme état "superflue", en même temps qu’il faisait part de son appui aux sanctions soutenues par l’ONU.

Vendredi, quarante néo- conservateurs influents ont signé une lettre à Barack Obama, exhortant le président à préparer "immédiatement" une action militaire pour renverser Kadhafi.

Tout changement de régime qui aura lieu avec l’aide des pays occidentaux fournira un accès plus profond à un pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique et est le dixième plus grand du monde, avec des réserves de production d’environ 66 ans.

Source : http://www.correodelorinoco.gob.ve/

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Préservons ce changement salutaire


CONSIDERATIONS XI

Tunisiens, préservons ce changement salutaire

Par Mohsen Toumi,

On qualifie de « Révolution » ce que vit actuellement notre pays. Je déteste les révolutions Elles sont toujours sanguinaires et finissent par dévorer leurs initiateurs y compris les plus nobles. Elles dégénèrent, deviennent une dictature à leur tour et le champ de règlements de compte personnels.
Je préfère parler de « Changement salutaire» .Reste à savoir si un changement peut tout effacer du jour au lendemain. On qualifie de « Jasmin » ce que nous vivons aujourd’hui .On l’a employé aussi en 1987.Ce cliché nous colle à la peau : un bonhomme aux grands yeux bovins, aux joues rubicondes et un bouquet de jasmin piqué derrière l’oreille. Autrement dit le tunisien « Zentil » Cette caricature doit disparaître.. Nous sommes des gens calmes. Mais quand la coupe amère est pleine, nous ne restons pas les bras croisés. Sans remonter dans l’histoire de la lutte pour l’indépendance, il ne faut oublier ni le 26 janvier 1978, ni les émeutes du pain de 1984, par exemple, ni les évènements de Rdeyef de l’année dernière. Un de nos fils, Mohammed BOUAZIZI, s’est immolé par le feu .Il ne pouvait plus supporter les injustices de la corruption et la brutalité de la dictature. Il prend place dans nos cœurs et dans nos consciences .Son sacrifice demeurera un point focal dans l’histoire de notre patrie


La mort d’un tigre qui n’avait rien demandé à personne

Les revendications fusent de toutes parts et sont légitimes. Un cri les résume « Plus jamais çà » Reste à savoir qui veut une mutation pacifique et organisée, et qui désire une transmutation immédiate même au prix d’une guerre civile. Nous avons donc le choix entre les patriotes et les irresponsables ce qui me rappelle le début d’une vieille chanson « Ya Haoua Khaïr Min Taoua Amma Ana Oualla Houa » (1) Une propagande et des manuels d’histoire trafiqués ont laissé croire que la Tunisie n’existe que depuis le 7 novembre 1987. Mais nos fils regardent, entendent, analysent.

Nous leur soumettons une comparaison .Elle confortera leur indignation : quand Bourguiba a senti qu’il devait choisir entre Wassila et le peuple tunisien, il a divorcé .Je n’aimais pas cette dame mais je reconnais que c’était une militante, une patriote, une femme cultivée et que sa relation avec Si El HABIB avait été une véritable histoire d’amour. Mr Ben Ali , confronté au même choix , opta pour une gourgandine et la vermine des Trabelsi qui a fondu sur notre terre , ses richesses et le fruit de notre travail comme « Un vol de gerfauts hors du charnier natal » (2) Ils ont mis le pays en coupe réglée et n’ont jamais songé qu’un jour leurs crimes (car il s’agit bien de crimes) ne pourraient plus être tolérés. Ils imaginaient que la peur était pour leurs saccages une nuit complice. Ils se sont trompé..il est nécessaire de les traquer , de les arrêter, tous et de demander leur extradition s’ils se sont réfugiés hors de notre territoire. Nous ne les lyncherons pas. Nous sommes un peuple de vieille culture et de civilisation millénaire. Nous les déférerons devant des tribunaux enfin expurgés, eux aussi, des juges corrompus. Des « manifestants » (lesquels ?) ont dévasté la villa de Sakher Materi , gendre de la maquerelle de Carthage et agent double des intégristes .C’était un bien mal acquis. D’autres propriétés aussi somptueuses et d’aussi mauvais goût existent. Qu’on en emprisonne les propriétaires s’ils sont encore là mais qu’on ne les pille ni n les brûle : elles reviennent au patrimoine des tunisiens .Durant les premiers jours chez le Materi, circulait un tigre. Il est mort sans avoir demandé quoi que ce soit à qui que ce soit. Son propriétaire, lui, s’était déjà envolé. Dommage !


Le gouvernement de transition

C’est bien de renverser un régime. C’est mieux encore de savoir par quoi le remplacer et autant que possible par un système plus juste et plus démocratique. Un gouvernement de transition a été mis sur pied, pour ce faire. Il est dirigé par Mr Mohammed Ghannouchi , premier ministre dans le gouvernement précédent (3).Il n’a pas sorti de sa poche une liste déjà prête .Il a consulté toutes les forces vives de la nation ,partis politiques , ONG , d’autres représentants de la société civile et, surtout ,l’UGTT ,l’historique et unique syndicat .

.Un gouvernement de transition a été constitué, au sein duquel tous ces interlocuteurs ont obtenu des portefeuilles .Aussitôt, des voix se sont élevées pour dénoncer cette formation .Depuis dimanche 23 janvier et jusqu’à ce mercredi 25, des centaines de personnes venues du centre du pays campent jour et nuit devant le siège du gouvernement, à la Kasbah : ils refusent la reconduction de ministres du précédent gouvernement, surtout dans les ministères de souveraineté. MR Ghannouchi entreprend actuellement un remaniement. D’un point de vue émotionnel, les assiégeants (pacifiques) désirent tout changer et tout de suite Mais qu’en est-il d’un point de vue rationnel ?

Les exigences

Des ministres « Nouveaux » ont démissionné à l’exception de MR. Ahmed Brahim, du parti Ettajdid, chargé de l’enseignement supérieur. Il est regrettable que d’autres nouveaux venus n’aient pas fait montre du même sens des responsabilités. Quelles pressions ont-ils subis pour se dérober ?
Elles viennent de l’UGTT Nous avons toujours considéré cette glorieuse centrale syndicale comme l’un des piliers majeurs de la société tunisienne. En des circonstances historiques précises, certes, elle ne pouvait pas se dérober aux responsabilités politiques. Ses leaders les ont assumées avec panache et courage qu’il s’agisse de Farhat Hached , pendant la lutte pour l’indépendance ou de Habib Achour , durant la même période aussi et en janvier 1978 (4) ,avant sa disparition ,.Ces deux grandes figures n’ont jamais postulé à un quelconque poste ministériel. Mais n’est pas Farhat Hached ou Habib Achour qui veut. Les syndicalistes, en ce janvier 2011, se découvrent une vocation gouvernementale.Ils ont accepté cinq ministères puis se sont dérobés en incitant d’autres entrants à démissionner à leur tour . L’UGTT rejoint ceux qui refusent la présence d’anciens ministres issus du RCD ( le parti de MR Ben Ali) et exigent un gouvernement « Purgé » . Depuis 23 ans, le syndicat ne s’est que tièdement manifesté. Il a eu des rapports corrects avec les ministres qui se succédaient. Alors, Pourquoi cette intransigeance et maintenant ? Pourquoi cette acceptation de ministères ? Même si un syndicaliste devient ministre du travail, il y a conflit d’interêts . Le rôle d’un syndicat n’est pas d’être au gouvernement, mais de défendre les intérêts de ses adhérents. Que se passe-t-il donc à l’UGTT ? Comment en est-elle arrivée à ces entrées et sorties vaudevillesques si elles n’étaient pas dangereuses pour la stabilité du pays ?


Jouerait-elle le pourrissement ? A quelle fin ? Ses dirigeants ignorent-t-ils que leurs tergiversations et leur alliance objective avec des éléments troubles pourraient plonger la Tunisie dans le chaos. ? Que signifie leur soutien à des adolescents sincères mais manipulés, qui confondent un changement que nous souhaitons, sans réserve, avec un Woodstock qui n’a en commun avec l’évènement musical de 1969 que la place de la Kasbah transformée en déchetterie ?
Plusieurs explications pourraient-être avancées. Nous en retenons une : la centrale syndicale est noyautée par les intégristes (surtout eux) comme beaucoup d’autres institutions telles que la LTDH, d’autres ONG, les Associations de Consommateurs, etc. Malgré la vigilance du commandement, ils auraient même infiltré l’armée au niveau de la troupe et des sous-officiers. Ils n’ont pas raté le RCD, bien entendu, comme nous le verrons..

Table rase ?

L’un des leitmotive de plusieurs manifestants est la révocation du gouvernement de transition de tous les ministres ayant servi sous les mandats de MR Ben Ali. Cela n’a pas de sens : durant 23 ans , il a bien fallu que le pays fonctionne. les tunisiennes et les tunisiens qui , au fil des ans , ont travaillé dans les administrations, les mairies, les ministères, se comptent par millions, Du chef de bureau au ministre, quiconque accède à un poste de décision ,se trouve harcelé pour avoir sa carte du RCD ,quand il ne la demande pas lui-même par prudence .On va mettre tout ce monde « Sur la touche » ? Comment faire marcher le pays en ce cas ? Ceux qui ont soif de postes doivent savoir qu’on ne s’improvise pas du jour au lendemain administrateur , diplomate ou capable de diriger un ministère. Nous sommes un pays plus qu’émergent : un pays avancé. Ce n’est pas parce qu’un manifestant crie plus fort que les autres ou se fait hisser sur les épaules qu’il acquiert des compétences ou une culture politique et sociale qu’il n’a jamais eues.
« .C’est la faute du régime .Il a privilégié les régions côtières et le nord-est aux dépends de l’intérieur du pays » . C’est une réalité. Mais ce n’est pas en occupant les places et les rues qu’on se transforme, magiquement, en gestionnaires compétent. Un état n’est pas un jouet . Je comprends les impatiences que génèrent l’injustice et la frustration. Je faits entièrement confiance aux jeunes gens dont je suis si fier pour ne pas se laisser manipuler et pour chasser les caractériels aigris qui les haranguent car ils n’ont d’ambition que pour leur destin personnel.
La rivière déborde après une pluie salvatrice mais finit toujours par rejoindre son lit.. Malgré tout ce que nous pouvons regretter, notre pays fonctionne ; c’est une superbe machine. Révisons ses rouages mais ne la cassons pas. Tout pas en arrière, tout retard, dans une mondialisation démente, pourrait compromettre l’avenir de notre jeunesse et , aussi ,celui des enfants qu’elle engendrera , Inchallah.

(*) De Sadek Thraya .Traduction MT « Eve, choisis dès maintenant : ou c’est moi ou c’est lui »

(2) En remplaçant la si digne Naïma Kéfi , fille du premier général de l’armée tunisienne, Mohammed El Kéfi (dont il était l’ordonnance), par une « Fille » , MR Ben Ali avait choqué tous ceux qui lui portaient encore de l’estime.

(3) Un homme intègre et un économiste de valeur qui a su gérer le développement de la Tunisie, quoique entravé par les pressions « Présidentielles » et les prédations couvertes par Mr Ben Ali. Il aurait pu démissionner, certes, mais le remède aurait été pire que le mal. Sa seule faiblesse est que ce n’est pas exactement un politique

(4) Le 26/01/1978 le directeur de la sûreté était Mr ben Ali.Il est honnête de remarquer qu’il avait joué un rôle modérateur qui avait déplu au pouvoir, à l’époque. On l’a remercié en 1980 et envoyé en Pologne, comme ambassadeur.


www.mohsentoumi.com/





Non à l'intervention étrangère en Libye

L'Appel Franco-Arabe

Paris le 1 Mars 2011

Les peuples de Tunisie et d'Egypte en lançant leurs grands mouvements insurrectionnels ont réussi à renverser des dictateurs liés et soutenus par des puissances impérialistes. La revendication de dignité et de souveraineté populaire a été omniprésente lors des journées révolutionnaires qui ont inauguré un processus de revendications massives qui s'est rapidement élargi à d'autres pays soumis à des pouvoirs oppressifs créés par l'étranger comme dans le cas de l'Irak, abritant des bases militaires étrangères comme dans le cas de Bahrein et de l'Arabie saoudite ou fortement liés à certaines grandes puissances comme la Jordanie ou le Yémen. Cette dimension visant à ce que les peuples arabes retrouvent leur dignité et leur souveraineté nationales constitue un élément essentiel des révolutions arabes qui ne peut être ignoré.

C'est dans cette perspective qu'il faut analyser les événements en cours en Libye. Comme dans le cas des autres peuples, il appartient au peuple libyen et à lui seul de décider de son avenir par les moyens qu'il jugera utile pour trancher le conflit et les drames intérieurs qu'il traverse en ce moment. Comme il en va pour les autres pays arabes, aucune ingérence étrangère dans ses affaires intérieures ne peut être tolérée en Libye. Cela violerait les principes de la Charte des Nations Unies et du Mouvement des non alignés auxquels la Libye a adhéré et auxquels sont tenus tous les Etats membres de ces organismes. L'Appel Franco-Arabe réitère à cette occasion ce principe à propos de la Libye et manifeste son souhait que les Libyens parviennent à sortir de la grave crise qu'ils traversent par leurs propres moyens et qu'ils préservent l'unité et l'intégrité territoriale de leur pays.

La protection des ressortissants étrangers présents en Libye ne peut servir de prétexte à des activités militaires étrangères sur son territoire. Des pays comme la Chine et la Turquie sont parvenus à rapatrier leurs ressortissants sans avoir imaginé recourir à la force militaire. Il doit en être de même des autres Etats, en particulier des anciennes puissances coloniales comme la France, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, qui dans un passé pas si éloigné ont souvent pris prétexte du sort de leurs ressortissants pour lancer des opérations militaires qui ont abouti en fin de compte à la colonisation des pays concernés. Il est à craindre que ces puissances impérialistes cherchent surtout à se venger d’un régime qui leur a tenu tête et à établir des concessions pétrolières.

Si les peuples ont le droit de manifester leurs sentiments envers ce qui se passe dans des pays étrangers, les Etats n'ont de leur côté aucunement le droit de soutenir un camp contre un autre lors de conflits internes, que ce soit au nom de convictions idéologiques, de soutien à la démocratie ou de prétextes humanitaires. Ce principe concerne en particulier les grandes puissances qui, dans de nombreux cas, participent elles-mêmes à des actions meurtrières dans les pays qu'elles occupent ou dans lesquels elles participent à la formation des forces policières de répression. Chaque pays est le maître absolu de son territoire et de son espace aérien et maritime. Aucune puissance ni aucun organisme international ne peuvent limiter le libre exercice de ce droit. L'ONU n'a de droit dans ce domaine que lorsqu'un Etat en agresse un autre, ce qui n'est pas le cas de la Libye et d'aucune des forces participant au conflit interne actuel. Cela concerne en particulier les Etats qui, malgré le rapport Goldstone portant sur les crimes de guerre avérés commis par Israël lors de son attaque contre Gaza, n'ont pris aucune mesure pour faire respecter le droit international.

Ce constat est d'autant plus d'actualité dans la cas de la Libye d'où nous parviennent de nombreuses informations incontrôlées permettant le lancement d'un battage médiatique unilatéral qui ne peut être contrebalancé par un accès à des sources réellement contradictoires sur ce qui se passe vraiment dans les diverses parties du territoire libyen. Ce qui devrait d'autant plus pousser les acteurs internationaux à faire preuve d'un maximum de retenue. Personne en effet n'est en état de donner des chiffres tangibles sur le nombre des victimes du conflit en cours, leurs origines ni même de faire savoir quelles sont les forces qui participent aux combats. En tout état de cause, c'est aux Libyens de décider de l'avenir de leur pays.
L'Appel Franco-Arabe souhaite la poursuite des processus en cours de réaffirmation de l'indépendance des pays arabes et dénonce toutes les forces extérieures d'ingérence qui s'opposent à ces processus.

Paris, le 1er mars 2011

L'Appel Franco-Arabe s/c Sliman Doggui, 32 r. Javelot 75013 Paris
Président : René Lacroix ; Vice-président : Sliman Doggui ;
Secrétaire généraux : Patricia Latour ; Bruno Drweski ;
Bureau : Jean-Pierre Bastid, Maurice Cury, M. Da-Rhobi, Christiane Suchet, Jean-Gabriel Cochet, Serge Roux
Coordinateur : Yves Vargas

L'Appel Franco-Arabe a publié : « Irak, la résistance a la parole », « Vivre au Soudan », « Pour une paix véritable au Darfour », « Le chemin de Damas - L'avenir d'un peuple »

Thursday, March 03, 2011

Tarek Ben Ammar: l'énigme?


طارق بن عمار: لغز بصدد التكشف؟

mar 3 2011 mis à jours: mars 3, 2011 à 9:
لقاء جمع بن علي ببن عمار سنة 2010


في خضم الانتفاضة و بينما كان الرصاص يحصد بشكل متزايد شباب القصرين و سيدي بوزيد و تحديدا أسبوعا قبل هروب بن علي تناقلت أهم المواقع الفرنسية نقلا عن وكالة الأنباء الفرنسية تقريرا عن ندوة حول العلاقات بين ضفتي المتوسط نظمتها وزارة الاقتصاد الفرنسية يوم 7 جانفي. اللقاء الذي حضرت فيه وزيرة الخارجية الفرنسية تعرض بشكل محتشم للوضع المتفجر في تونس و اكتفت الأخيرة بالاشارة الى أن ذلك ناتج عن « مشكل بطالة » لاغير. الآن نعرف طبعا أكثر من ذلك الوقت العلاقات المشبوهة لايليوت-ماري بالعائلة الحاكمة في تونس و بالتالي دواعي تهميشها الطابع السياسي للانتفاضة حينها في تونس و دفاعها حتى اللحظة الأخيرة عن بن علي و المبادرة الى اعلان الرغبة في تقديم مساعدة امنية لنظامه في الاسبوع الأخير للانتفاضة.

غير أن من بين الحضور في ذات الندوة ضيفا آخر من الصعب أن يغيب على ما يبدو عن لقاءات فرنسية يمكن أن تتعرض الى الوضع في تونس. أعني التونسي-الفرنسي طارق بن عمار، سليل عائلة بن عمار المعروفة و الذي من العادة أن يتم التذكير في الصحف الدولية بأنه قريب وسيلة بن عمار زوجة الرئيس الراحل بورقيبة. أبدى طارق بن عمار رايه فيما يحصل في تونس في هذه الندوة يوم 7 جانفي كما يلي: « تصوروا شخصا أو شخصين مثل أحمدي نجاد في الجزائر، و تونس، أو المغرب… و حينها بين 5 و 10 ملاين شخصا سيغادرون شواطئ شمال افريقيا الى كورسيكا و سردينيا و صقلية و الساحل الأزوري ».

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110107.AFP9038/la-france-dans-l-embarras-face-aux-troubles-en-tunisie-et-algerie.html/



كان تحذيرا واضحا من أن المآل المتوقع للانتفاضة المتصاعدة آنذاك ضد بن علي هي شخصية دينية متطرفة تسبب أزمة لاجئين تهدد أمن دول الضفة الشمالية للمتوسط بما في ذلك فرنسا. كان تخويفا واضحا من أن البديل عن بن علي هو ببساطة كارثة.

و لهذا فعندما ظهر بن عمار مباشرة اثر رحيل بن علي في عدد من المنابر الاعلامية الفرنسية يشيد بالثورة كان ذلك مشهدا شديد الوطأة خاصة عندما لاحظت عددا من التونسيين المخدوعين يفتخر بتلك المواقف. و الأدهى أن في أحد هذه الحوارات التي انقلب فيها بشكل كامل عن مواقفه الداعمة حتى آخر لحظة لبن علي وصف تونس بأنها « ليست إيران » (حوار مع قناة « تي أف 1″ يوم 18 جانفي) في الوقت الذي كان يتوقع فيه قبل اسبوع من رحيل بن علي بسيناريو ايراني في تونس في سياق تخويف باريس من سقوط بن علي.

http://videos.tf1.fr/infos/2011/islamisme-la-tunisie-n-est-pas-l-iran-6226820.html#voir_commentaires/

الحقيقة أن هذا التعلق القوي ببن علي ليس مجرد مصادفة، أو اجتهاد بريء معزول عن أي خلفيات اخرى مصلحية. إذ ربما يبدو طارق بن عمار لغزا و من النوع الثقيل إلا أنه يبدو قد بدأ في التكشف أكثر من اي وقت مضى في الأشهر و خاصة الأسابيع الأخيرة.
نشرت منذ حوالي الأسبوع نشرية « لسبريسو-ريبوبليكا » الايطالية دفعة جديدة من وثائق « ويكيليكس » من البرقيات الديبلوماسية الامريكية التي يتم تسريبها منذ أشهر. و من بين الوثائق الجديدة المتعلقة ببرقيات السفارة الامريكية في روما برقية تتحدث عن زيارة سرية قام بها سيلفيو برلسكوني الى بن علي في شهر أوت سنة 2009 و « أنها كانت خاصة الى درجة أنه لم يعلم بها أي من وزيري خارجية البلدين ». الزيارة كانت لنقاش « مصالح اقتصادية » تجمع الشخصين (و ليس البلدين) و لكن تمت الاشارة في هذا الاطار الى أن برلسكوني كان مرافقا في هذه الزيارة بشخص واحد: نعم كان ذلك الشخص هو طارق بن عمار. البرقية تشير اثر ذلك الى ملكية برلسكوني في تونس لستوديوهات سينمائية و شركة توزيع و ما يعرف عن تقاسمه مع بن عمار 50 في المئة من أسهم قناة « نسمة ».

http://www.rainews24.rai.it/it/news.php?newsid=150429/


و من المعروف هنا أن بن عمار أصبح منذ 21 ماي 2008 يملك حوالي 25 في المئة من اسهم هذه القناة عبر شركة « كوينتا كومنيكايشين » في حين يملك بيرلسكوني الربع الباقي عبر شركته « ميديا سات ». البرقية أعلاه تركز أيضا على قوة علاقات برلسكوني ببن علي و القذافي معا. و تشير بشكل خاص الى بدئ العلاقة الحميمية بين برلوسكوني و القذافي منذ سنة 2002. لكن التطور الآخر الذي حصل في الأيام الأخيرة هو أن السلطات الايطالية قد كشفت عن ودائع و أموال و املاك القذافي في ايطاليا و يتم الاشارة في هذا السياق أن القذافي يملك 10 في المئة من اسهم شركة « كوينتا كومينيكايشين » بشكل مقنع عبر « مبعوثه طارق بن عمار » على حد قول المصادر الايطالية.

http://www.edizionioggi.it/esteri-africa/2011/3/1/news-12006/gheddafi-siamo-una-famiglia-modesta.html/


هذه المعطيات لم تكن مجهولة تماما. قبل أكثر من عامين (سبتمبر 2009) كتب الصحفي البريطاني جون هوبر في « الغارديان » مقالا راج بشكل واسع حول طبيعة المصالح المتشابكة بين برلسكوني و القذافي و اشار بشكل خاص الى خبر صغير ورد في وكالة « راديوكور » الايطالية حول شراء شركة ليبية اسمها « لافيترايد » 10 في المئة من الشركة المسجلة باسم بن عمار أي « كوينتا كومينيكاشيون ». و « لافيترايد » شركة استثمارية دولية مملوكة من قبل عائلة القذافي. هوبر يقول أيضا أن الأخيرة يشارك في ملكيتها أيضا برلسكوني بنسبة 22 في المئة.

http://foreignpolicy.it/adon.pl?act=doc&doc=5205/


بن عمار قال في المقابل (لصحيفة ريبوبليكا) أن هناك شركتين باسم « كوينتا » واحدة مسجلة في ايطاليا و الاخرى في فرنسا، غير أن ذلك لا يبدو أنه أقنع أحدا.

http://www.babelmed.net/Countries/Italy/nessma_tv.php?c=4864&m=19&l=en/


خاصة أن التقارير التي نشرت في الصحف الايطالية اليومين الاخيرين تؤكد على ربط « كوينتا » التي يملك فيها القذافي اسهما بطارق بن عمار. سبب هذا الجدال طبعا أن ذلك يمكن أن يعني أن القذافي يملك اسهما في قناة « نسمة » و هو ما يعكس العلاقة القوية بين بن عمار و القذافي، بل العلاقة تبدو بين مشغل و مشتغل اذا اتبعنا توصيف الصحف الايطالية. و هذه المعطيات تبدو متناسقة مع المعطيات التي تم تداولها حول أن الحوار الذي تم بثه يوم 25 جانفي في « نسمة » مع القذافي، لترطيب التصريحات المعادية للثورة التونسية، جاء اثر لقاء بين بن عمار و الأخير.
3
اسم قناة « نسمة » يتكرر بشكل ملفت مع سيرة بن عمار خاصة عندما يتعلق الامر بعلاقاته المتشابكة ببرلسكوني و القذافي. غير أن هناك اسماء آخر يحيلنا على الموضوع الأساس هنا اي تشابك علاقة هذا الثلاثي (بن عمار/برلسكوني/القذافي) و « نسمة » ببن علي. هذا الاسم هو فتحي الهويدي الذي كان كاتب الدولة للاعلام في أحلك فترات بن علي في التعتيم الاعلامي في تونس خلال التسعينات. ما دخل فتحي الهويدي في كل هذا؟ بعد تهميشه لسنوات من قبل غريمه عبد الوهاب عبد الله في اطار الصراعات داخل داخل السلطة تم تعيين العويدي رئيسا لمجلس ادارة « نسمة » في ذات اليوم الذي اشترى فيه كل من بن عمار و برلسكوني نسبة 50 في المئة من اسهم قناة « نسمة » اي يوم 21 ماي 2008.

http://ar.webmanagercenter.com/management/article.php?id=751/

http://www.businessnews.com.tn/details_article.php?t=519&a=15687&temp=1&lang=&w=/

ربما تبدو تلك قصة قديمة لا تهمنا الآن. لكن ما أصبح واضحا حاليا أن الهويدي لايزال يلعب حتى هذه اللحظة دورا محوريا في رسم الخط التحريري للقناة، و يبدو أن الهويدي لايزال منجذبا الى خلفيته التجمعية في التوصيات التي يقدمها لصحفيي القناة. على الأقل ذلك ما عبر عنه أحدهم بعد مغادرتها احتجاجا على ذلك. أترك هنا تكلمة القصة للصحفي نصر الدين بن حديد الذي أدلى بتصريحات منذ اسبوعين في هذا الشأن لموقع « الهدهد » (بتاريخ 18 فيفري 2011) أعيد نشرها كما هي بدون تعليق:

« الصحفي نصر الدين بن حديد أكد أن مغادرته لقناة نسمة كانت وراء الضغوطات التي مورست في حقه لتبييض صورة التجمع الدستوري الديمقراطي، فقد عمل في قسم الترجمة بقناة نسمة قبل سنة وعاد قبل الأحداث لإعداد برنامج صحفي »مساحة حرة« .
ويقول بن حديد : » نسمة ليست قناة سياسة وليس لها هذا العمق، كل ما يقدم فيها من برامج ترفيهية وثقافية، وفي كراس الشروط ممنوع عليها ممارسة السياسة، لكننا مع بداية الأحداث تجندنا للعمل ليلا نهارا ومسكنا بزمام الأمور وقدمنا ملفات حوارية ثرية لكن فجأة تم إبعادي دون إعلامي« .
وحول البرنامج الحواري الذي قدمه بن حديد مع بعض الشخصيات الدستورية في عهد بورقيبة والذي لاقى استحسان ورفض الجمهور خاصة حين ظهر عياض الوردني أحد رموز الفساد السياسي في عهد بن علي على شاشة نسمة. حول خلفيات ذلك الحوار تحد نصر الدين بن حديد للهدهد الدولية : « عياض الوردني لم يكن مبرمجا، لكن فتحي الهويدي مستشار الشؤون السياسية في قناة « نسمة » طلب مني وبطريقة لبقة جدا إجراء حوار مع عياض الوردني بتعلة عدم الإقصاء وحرية الرأي، وعلي أن أكون هادئا أثناء محاورته ولكني حين جلست إليه سألت أسئلتي التي أراها طبيعية .

كما طلب مني أيضا إجراء حوار مع محمد الغرياني الأمين العام للتجمع الدستوري الديمقراطي لتبييض صورة التجمع الديمقراطي، وسلموني ورقة بها أسئلة أعتبرها غبية جدا وأتحمل مسؤوليتي في هذا الوصف، لكني سألت الغرياني أسئلة محرجة وقد اعترف بإفلاس النظام السياسي لبن علي، وقد قال بالحرف أن « حزب التجمع انتهى » وأنكر أن يكون للتجمع يد تحرك المليشيات التي تروع التونسيين، بل قال « نحن نتطلع للمشاركة في الحياة السياسية كحزب معارض ضمن اللعبة السياسية، لكن الحوار لم ولن يبث لأنه لم يتم بالطريقة التي أرادها كاتب الدولة للإعلام السابق فتحي الهويدي« …
http://www.hdhod.com/%D9%85%D8%B7%D8%A7%D9%84%D8%A8%D8%A7%D8%AA-%D8%A8%D8%AA%D8%B7%D9%87%D9%8A%D8%B1-%D8%A7%D9%84%D8%A5%D8%B9%D9%84%D8%A7%D9%85-%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%88%D9%86%D8%B3%D9%8A-%D9%85%D9%86-%D8%A3%D9%8A%D8%A7%D8%AF-%D8%AE%D9%81%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D9%88%D8%B8%D9%81%D9%87-%D9%84%D9%84%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%81%D8%A7%D9%81-%D8%B9%D9%84%D9%89_a28604.html/

5
طارق بن عمار رجل أعمال « ناجح ». لكنه ايضا موجود على مفترق الطرقات في التشابك الخطير و غير المريح بتاتا بين البيزنيس و السياسة و أوساط نعرف الآن مدى تعفنها مثل القذافي و بن علي. ما هو غير مريح ايضا هو تطويع أداة سامية مثل السينما في هذا التشابك الخطير. إذ ليس من المصادفة أن بن عمار كان سيكون منتجا للشريط الذي كان من المزمع تصويره مستوحى من « رواية » للقذافي، و يمكن لنا خاصة في هذه الأجواء حيث يقصف الأخير شعبه بجميع أنواع الاسلحة، أن نتصور كيف سيكون « عملا دراميا » من هذا النوع مجرد فيلم بروباغندا يقدم القذافي كروائي و مفكر ذي شأن

http://www.babnet.net/festivaldetail-15139.asp/



المؤلم أن نفس هذا المنتج يريد أن ينتج شريطا حول محمد البوعزيزي، رمز هذه الثورة، و رمز الشباب الذي استشهد فيها برصاص بن علي في نفس الوقت الذي كان فيه بن عمار و حتى الاسبوع الأخير يساهم في حملة الترهيب المعادية للثورة، و بالتالي المبررة عمليا لحملة القمع الدموية التي كانت تجري على قدم و ساق.

هل يمكن أن يكون شخص بهذه العلاقات المتشابكة و المتماسة بأوساط الاستبداد و الفساد و الحائز على أدوات اعلامية و دعائية ضخمة أن يكون له أثر ايجابي على المشهد الاعلامي التونسي؟ اذ الأمر لا يتعلق بشخص محدد و نواياه بل ببنية علاقات تتحكم في عناصرها و شخوصها.

Posté par Kahlaoui Tarek le mar 3 2011. inséré dans Blogs تدوينات, Opinions اراء, Tarek Kahlaoui. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article
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L'auteurKahlaoui Tarek
جامعي تونسي مقيم في الولايات المتحدة

Tarek Kahlaoui has a Ph.D (University of Pennsylvania 2008) on the Islamic representations of the Mediterranean. He is since 2008 an assistant professor at Rutgers University teaching the history and art history of the Middle East and North Africa. He was invited to comment in a number of times on current events in news tv channels such as Al-Jazeera and Al-Hiwar.

Wednesday, March 02, 2011

Tunisie: ثورة الكرامة

ثورة الكرامة
نبيل خلدون قريسة
أستاذ التاريخ بكلية الآداب بمنوبة
(وَقُلْ جَاءَ الْحَقُّ وَزَهَقَ الْبَاطِلُ إِنَّ الْبَاطِلَ كَانَ زَهُوقًا) صدق الله العظيم
لم أكتب كلمة واحدة في الصحافة التونسية منذ سنة 2008. كنت أنظر إلى المشهد الذي اكتشفت حقيقته وتوقّعت انفجاره في أيّ لحظة بحسرة وألم زادهما شدة ما أصابني من الظلم والحصار، ولم تكن مصيبتي أكبر من غيري لكنها استدعت مني جهدا نفسيا وفكريا وصبرا وجَلَدا لتجاوزها بوسائلي المتواضعة.
لقد كتبت الكثير منذ سنة 1994 في صحف مختلفة داخل تونس وخارجها وساهمت في منابر سمعية-بصرية وفضاءات حوار متنوعة منبّها في كلّ مرّة إلى الأخطار المحدقة بحركة التغيير المعلنة في بلادنا آنذاك من داخلها وبفعل عوامل ذاتية أكثر مما كان يتردّد بشكل مبالغ فيه من العوامل الخارجية. تحدثت عن انهيار القيم والمبادئ وانحرافات "الإصلاحات" التي كانت تنفّذ على أرض الواقع في مختلف القطاعات وخاصة في مجالي التعليم والبحث العلمي وكذلك الثقافة فيما كان مخالفا تماما للخطاب الرسمي المنمّق والمجمّل. لقد كان هذا الخطاب الرسمي (الرئاسي دوما) مستحوذا على المطالب المشروعة للقاعدة الشعبية وللمثقفين في آن واحد، وكان يهدف بالفعل إلى إغرائهم واستقطاب دعمهم ومساندتهم. لكنّه كان في كلّ يوم جديد يفعل عكس ما يقول ويجهض الأحلام والآمال التي ولّدها بالأمس.
تحدثتُ عن إشكاليات الثقة والحرية والمواطنة والديمقراطية وقضايا التنمية والعولمة والتحديث وغيرها، وكان آخر ما تعرّضت إليه قضية تشغيل حاملي الشهادات مع التركيز على ضرورة إيجاد حلول شاملة وجذرية تحمي كرامة شبابنا العاطل الذي أصبح يلقي بنفسه إلى الموت في البحر أو يلتجئ إلى العنف والانتحار ودعوت إلى عقد اجتماعي وسياسي جديد في تونس. لكن لا حياة لمن تنادي.
لستُ تجمّعيّا ولكنّي أعرف التجمّع من قريب وأعرف عددا من التجمعيّين، أعرف أنّه كان في الأصل فكرة توافقية بدت للبعض تصالحية اعتمدت على احتواء مناضلي الحزب الدستوري في صيغته البورقيبية، ثم سرعان ما تحوّل إلى جهاز خطير للفرز والإقصاء والتغييب، فراح ضحيته أفضل الكوادر المناضلة في الحزب الدستوري وعوّضهم أسوء الطفيليّين والانتهازيين. لذلك، بقيتُ خارجه ورفضت كلّ الاغراءات للالتحاق به ودعم توجهاته الاستبدادية وآخرها الدعوة إلى التمديد للرئيس السابق. وعندما دخلت إلى بنايته الجديدة مدعوّا من وزير التعليم العالي في إطار خطتي مديرا للمعهد الأعلى لتاريخ الحركة الوطنية، فوجئتُ بل صُعقتُ من الفراغ الإنساني الرهيب داخل ذلك الصندوق الاسمنتي المستفزّ وتأكّدت أنّه لم يعد هناك حزب بل هناك شبح مخيف أو جثّة هامدة تُنهش باستمرار. لذلك أقول بكامل الموضوعية أنّ حلّ هذا الحزب أو انحلاله أصبح أمرا ضروريّا حتى يتحرّر من تبقّى فيه من المناضلين الدستوريين المخلصين للقيم الوطنية الأصيلة والمبادئ الجمهورية فيستعيدون حياتهم الحزبية الحقيقية التي حُرموا منها طوال عقدين من الزمن في إطار حزبي جديد يستلهم روحه من النضال الدستوري المتجذّر في التربة الوطنية التونسية التي تعود إلى ما قبل الاستقلال وحتى بدايته. وسيكون لهم من الوقت ما يكفي حتى يعيدوا صياغة هذه الروح ويجدّدوا بنيتهم الحزبية الجديدة خارج حسابات الكراسي والتلهّف على المناصب التي قضت على نضاليّتهم الحزبية وفرضت عليهم شرذمة من الانتهازيين والوصوليين واختطفت من بين أيديهم هياكلهم الحزبية التاريخية. وتبقى تونس في حاجة إلى الحزب الدستوري الأصيل لا إلى أيّ حزب شكلي يحمل هذا الاسم ويقدّم نفس الوجوه ويعيد إنتاج نفس الممارسات المشينة التي عانى منها المناضلون الوطنيون داخله وخارجه.
إنّ هذه الثورة القائمة في تونس اليوم، ثورة الكرامة والحرية والعدالة، أمر عظيم يعبّر عن معدن التونسيين الحقيقي، معدن الرجولة والشهامة والإباء والإخلاص للوطن، لذلك لا نعجب أنها نبعت من مناطق الرجولة والإباء التي كافحت الاستعمار بدون حسابات وساهمت بدمها وعرقها في بناء دولة الاستقلال، لكنها بقيت تعاني تركة تاريخية ثقيلة من اختلال التوازنات بين المناطق الساحلية والمناطق الداخلية لم تفلح جميع السياسات التنموية المنتهَجة بعد الاستقلال في إصلاحها نظرا إلى ركونها إلى الحلول السهلة وعدم اعتمادها على الكفاءات من الاختصاصات غير التكنوقراطية في مجالي التخطيط الاستراتيجي والدراسات الميدانية، وأعني بها بالخصوص اختصاصات العلوم الإنسانية المقموعة.
وقد عشتُ تجربة معبرة عن هذا الضيم الكبير عندما كنت مديرا للمعهد الأعلى لتاريخ الحركة الوطنية لمدة سنة واحدة، أقصيت بعدها من إدارته بصورة متعجرفة مهينة في ظروف لم أكن أقدر على الإفصاح بها إلاّ لبعض المقرّبين، حتى جاء هذا اليوم الذي سمح لي فيه أبنائي من التلاميذ والطلبة الذين وهبت لهم كل طاقاتي، مثلي مثل أعداد كبيرة بل أجيال من المربين في تونسنا العزيزة، بفضل ما قدّموه للوطن من تضحيات حاسمة وفي مقدمتهم الشهيد محمد البوعزيزي، كي أبيّن بأنّ جوهر المأساة التي تعيشها تونس اليوم تتمثل في العلاقة المختلّة بين المنظومة التعليمية والإبداع الثقافي والإعلامي من ناحية والفعل الاجتماعي (السياسي وقبله الحق الطبيعي في الشغل) من ناحية ثانية، بحكم احتكار الإدارة الأخطبوطية المتعسّفة لمحور هذه العلاقة، بما ولّد تعطّل المشروع الإنساني في مستوى كل واحد من هؤلاء الشباب المجاهد في التحصيل التعليمي ثم العاجز عن تفعيل ذلك الجهد وتحقيق أحلامه وطموحاته المشروعة. هذا هو جوهر المأساة، وهو ما يفسّر انعدام الثقة الحاصل اليوم بين الشباب ومحيطهم الاجتماعي والسياسي.
يجب علينا ألاّ ننسى أو نتناسى أنّ شبابنا من التلاميذ والطلبة كانوا هم وقود هذه الانتفاضة ومحرّكها الأساسي وأنّهم عبّروا بصريح العبارة عن درجة الوعي التي بلغوها في الوقت الذي بقي المجتمع بمؤسساته ونخبه الثقافية والسياسية غائبا عن الوعي بما يجري على أرض الواقع أو عاجزا عن تحريكه نحو الاتجاه الصحيح. لقد كان هذا الشباب على وعي بخطورة بقاء الوضع على ما هو عليه بما يصادر حقه في العيش الكريم بل مستقبله بأكمله، وضعٌ تميّز باستبداد المسؤولين الإداريين في كل المستويات واختناق الفضاءات الجامعية والثقافية لانعدام الحرية واحتقار المبادرة الفردية وقطع الطريق على أفق التشغيل بفعل استحكام ممارسات الاستهتار واللامبالاة والرشوة والمحسوبية الخ.. ولعل قضية "الكاباس" وما أدراك ما "الكاباس" والرشاوى الخيالية التي التصقت بها تغْني عن كل تعليق. وفي المقابل، نجد هذا الشباب المثقف الذكي يستغلّ أفضل استغلال سلاح الوسائط الاتصالية الحديثة للالتفاف على هذا الأخطبوط الأعمى وتوليد خطاب حداثي متقدم أشواطا على الواقع الإعلامي المحلي سمح لهم بتفجير طاقاتهم الإبداعية والتعبير عن رفضهم للواقع المغلق والأفق المظلم.
لقد عشتُ تجربة أليمة في هذه الإدارة التونسية ومعها، خبرتُ من خلالها أنّ المشكل لا يكمن في الأشخاص رغم تحميلنا لبعضهم مسؤولية ما جرى، ولا يكمن فيما يطلق عليه بالنظام، وهو النظام الجمهوري الذي لا نريد له بديلا، وإنما يكمن في المنظومة السياسية والإدارية المتعفّنة، المبنيّة على عقلية منحرفة نجدها متلبّسة بها وقد ازداد انحرافها مع تكثّف طبقة تراكمات الأنانيات والمصالح الضيّقة والاطمئنان إلى عدم المحاسبة وغياب المراجعة الجذرية للممارسات بل وللقوانين والتراتيب المنظمة لهذه الإدارة وخاصة لهيكلية أخذ القرار فيها الذي بقي تفرّديّا استبداديا قاهرا دون وسيلة للردع واسترجاع الحقوق، وكأنّ المناصب الإدارية ملكيات خاصة أو إقطاعات مستحقّة عوض أن تكون مسؤوليات حقيقية تجاه المواطن يحاسِب عليها هذا المواطن كلّ موظّف ويُحاسَب الموظف مهما كانت رتبته من قبل هياكل الموظفين الآخرين فضلا عن المواطنين.
كيف يمكن أن يدلّس الكاتب العام إمضاء مديره ويخفي رئيس الجامعة أدلّة الجريمة المادية ويغطّي موظّف سام على بقاياها ثم يطرد الوزير المدير لكونه لم يستسلم للإغراءات والتهديدات وبقي صامدا وحده يصارع العواصف من كل مستويات الإدارة؟ هل هذا الذي جرى لي شخصيّا أمر طبيعي في وزارة التعليم العالي؟ يشهد الجميع أنّي خدمتُ زملائي الباحثين بالمعهد بكامل الإخلاص ونكران الذات بما أعطى صورة متألقة لهذا الصرح العلمي هو بها جدير، كما خدمتُ الأعوان الإداريين بنفس الصدق دفاعا عن حقوقهم وحفاظا على كرامتهم، ورفضتُ جميع الضغوط التي كانت تدفع بي إلى مخالفة القانون والتستّر على التلاعبات بالمال العام، إلاّ أنّ ذلك لم يرُق للمتنفّذين داخل المعهد وخارجه فأقصيتُ منه.
ثم جاءت المصيبة الأكبر أن عمدت وزارة التعليم العالي إلى إلغاء شهادة دكتوراه الدولة بصورة مهينة للعلم ورجاله لم يكن أحد من الباحثين -وعددهم أكثر من مائة وخمسين على حد علمي- ولا العمداء ولا المشرفين يتوقّعها، إذ تحوّل التاريخ النهائي للإيداع فجأة إلى تاريخ نهائي للمناقشة فأُسقط في أيدينا. وبعدها تكرّمت الوزارة بالسماح بالمناقشة لمن أودعوا رسائلهم قبل ذلك التاريخ، ولم تلتفت إلى حالة الآخرين وأنا من بينهم، وكثير منهم خدم الإدارة وتحمّل المسؤوليات الجامعية المختلفة وأطّر أجيالا من الباحثين الشبّان لفترات طويلة عطّلته عن إتمام بحثه المعمّق بالسرعة التي كان يأملها، وكأنّ الجامعة التونسية في غير حاجة إلى كفاءاتها العليا ولا إلى زبدة بحوثهم التي عانوها لأكثر من عشر سنين وأحيانا حتى عشرين سنة.
لقد بلغت الممارسات التي عشناها في الجامعة في السنوات الأخيرة بالخصوص حدّا لا يُطاق من التعسّف والاستبداد وإقصاء الكفاءات أو تهميشها أو تعطيل ترقياتها وكسر طموحاتها من بين الأساتذة والطلبة والأعوان على حد السواء بما أحدث حالة عامة من الإحباط والاحتقان نراها اليوم تنفجر. وبلغ حدّ استخفاف الإدارة أن حرمت بعض الأساتذة من جراياتهم لمجرّد المطالبة بحقوقهم المشروعة. ولكنّ كلّ ذلك وغيره كثير كان للأسف على أيدي زملاء لهم جامعيين تحملوا مسؤوليات القرار المستبدّ داخل الإدارة وفي مواقع النفوذ. وبذلك تاهت "الإصلاحات" الجامعية في أنفاق المزايدات الأنانية والتصوّرات الاعتباطية والممارسات النفعية بما قتل جذوة الإبداع الفكري وهمّش مشاريع البحث العلمي وجعل التدريس نفسه ممارسة سطحية بدون هوية ولا بوصلة، ما نتج عنه انقطاع تام عن الواقع التشغيلي والاجتماعي والثقافي والسياسي.
وفي مستويات أخرى من الإدارة والمشهد السياسي والاجتماعي نلحظ نفس العقلية الاقطاعية التي كانت تسعى إلى الدفاع عن مصالح مهنية أو فئوية ضيقة على حساب القطاعات المهنية الأخرى أو دون مراعاتها وكأن المركب لا يسع إلاّ الفئة القليلة المحظوظة ولا يحث في وقت الأزمة على التضامن والدفاع عن المصالح المشتركة والبحث عن صيغ التوافق الجماعي في مواجهة المخاطر المحدقة بالجميع دون استثناء. وقد سمح هذا الوضع المأساوي بكل ما شهدناه من التجاوزات والتخريب الممنهج للقيم والمبادئ الوطنية والمواطنية، إلى أن أصبح المجتمع التونسي بأكمله تحت وصاية طغمة من الانتهازيين والمنافقين من أشباه المثقفين والجياع المتعطشين إلى النهب والسرقة، وكأنه رجل يمشي على رأسه الجهلةُ فيه على سدة القيادة والعلماء والمثقفون المبدعون منبوذون مسحوقون في الأسفل، بما أغرق المركب بمن فيه جميعا في لجة العنف والفوضى.
لم يعد ممكنا اليوم في نظري أن يزايد أحد على غيره من التونسيين، فالجميع مساهم بدرجات متفاوتة في تدعيم عقلية الاحتقار والتسلّط والأنانية الضيّقة والغشّ والنفاق والمحسوبية والتزلّف ورفض الاختلاف. وإنّي أرى أنّ التغيير الجذري لهذه العقلية هو الهدف الحقيقي والأسمى لهذه الثورة المباركة وإن كان هدفا صعب المنال، كبير التضحيات، إلاّ أنّه يجب أن يتحقّق ولو على مراحل.
لقد آن الأوان كي نغيّر مقولة (لا يُعذر مواطن بجهله للقانون) فتصبح كالتالي: (لا تُعذر الإدارة بجهل المواطن للقانون) بمعنى أن يصبح المواطن هو الهدف من سنّ القانون لا مجرّد خاضع له، فتتحمل الإدارة مسؤوليتها في خدمته والسهر على حفظ حقوقه حتى وإن لم يكن على علم بها، بل يصبح من أوكد واجباتها إعلامه بها وتثقيفه على كيفية التمتع بها، ذلك هو المعنى الحقيقي لثورة الكرامة في تونس اليوم.
الثورة مثل كرة الثلج، بل مثل موج البحر، ينطلق موجة هادئة ما تلبث أن ترتفع فتتحوّل إلى ما يشبه موج "تسونامي" ثم قد تنتهي إلى ما لا يُحمد عقباه: طوفانا غامرا لا يُبقي ولا يذر. فلتنحسّب من القادم، ولنلتزم باليقظة التامة ولا ننشغل بالانتقام والتشفي بما يعمينا عن الإصلاح الحقيقي وإعادة الحقوق إلى أصحابها في إطار الشرعية والشفافية، ولنحافظ بالخصوص على مؤسساتنا ومكاسبنا التي بنتها أجيال من المناضلين واضعين في الحسبان أنّ انتفاضة اليوم ستكتمل ثورة فعليّة عندما تنجح في زحزحة كتلة العقليات والسلوكيات المناقضة لمفهوم المواطنة ولقيمتي الكرامة والحرية. فالدولة التونسية عريقة تاريخيا ومؤسسات المجتمع بصفة عامة متجذرة ولا مصلحة لأحد في التشكيك فيها جملة وتفصيلا إلاّ إذا كان من دعاة الفوضوية الإيديولوجية العمياء. وما الحديث عن مراجعة الدستور أو القوانين الانتخابية أو إعادة تركيب الحكومة وغير ذلك إلاّ دعوة إلى إعادة صياغة ما هو قائم على أسس تاريخية راسخة بصورة واقعية ووفق المبادئ العقلانية، أمّا أفق الثورة فهو يكمن في الحقيقة في مستوى ما ذكرناه من ضرورة تغيير العقليات السلبية وبالتالي الممارسات المشينة وضمان المؤسسات المختلفة من خلال التشريعات الجديدة لعدم إعادة إنتاج نفس تلك الممارسات, وقد كان عبد الرحمان الكواكبي نبّه إلى أنّ شجرة الاستبداد تُبقي بعد قطعها جذورها التي تعاود بواسطتها الظهور من جديد.
ولننتبه أخيرا إلى أنّ لا شيء يُبنى في الفراغ، وأنّ الديمقراطيّة مجرّد آليّة وليست هدفا نهائيا، وأنّ الحرّية أعظم المكاسب التي يكافح من أجلها الإنسان منذ ظهوره على وجه الأرض، لكنّها في نفس الوقت أمانة كبيرة، وعندما تُفتكّ -وهي لا تُهدى أبدا- تكون كالجمرة الحارقة لا بد أن تُضمّ إلى القلب العاشق للوطن وتُدمج في الضمير المخلص له قولا وفعلا حتى تصبح بردا وسلاما وأمانا.

Tuesday, March 01, 2011

Mohamed Talbi: lettre ouverte ....




رسالة مفتوحة إلى قائد السبسي

اتصلت الصباح بنص بامضاء السيد محمد الطالبي جاء فيه ما يلي
الى السيد الباجي قايد السبسي الوزير الأول
سلاما واحتراما وبعد،
اني أراسلكم بصفتي مواطن مناضل من أجل الحريات والديمقراطية، وقفت من أجلهما مواقف عديدة نزولا الى الميدان وكتابة ومن جملة ما كتبت كتابا لم استطع نشره سنة 2008، وسيصدر في الأيام القليلة القادمة بعنوان «القولاق والديمقراطية» (goulag et démocratie).


إني، سيدي الوزير، في هذه الظروف العسيرة والحاسمة، ارى من واجبي التقدم إليكم بهذه المقترحات:
1 ـ ان تكون الحكومة التي سترأسونها مكونة من وزراء بدون انتماء سياسي.
2 ـ ان تكون مؤلفة من وزراء جلهم، إن لم يكن كلهم، من الذين نزلوا الى الشارع، خصوصا من سيدي بوزيد، القصرين والكاف وقفصة وحققوا بكفاحهم واستشهادهم ما كان حلما غير متوقع، كن، سيدي الوزير، على يقين ان الذين نزلوا إلى الشارع، وسينزلون إليه من جديد إذا اقتضى الحال ذلك، لن يتركوا ثورتهم تسرق منهم من طرف البكم والصم الذين في عهد الدكتاتور السارق المجرم زين الدين بن علي، دخلوا جحورهم يرتعشون خوفا ويأكلون خبز الذل بنهم، خبزا كان أحيانا مسروقا، ان الذين ارتكبوا في حق الشعب والوطن خيانة الأحبار (la trahison des clercs) لا حق لهم في ان يتزعموا الثورة، ولا يؤتمنون عليها. المواطن التونسي ليس بأبله، ولا ينسى ما كان وما بالعهد من قدم، نعم المصالحة الوطنية واجب، لكن لا على حساب إجهاض الثورة، عندما تتحقق الأهداف وترسخ قواعد الحريات والديمقراطية، عندها، لا قبل، يأتي حينها، وعندها عفا الله عما سلف، و»خلق الإنسان ضعيفا» (النساء، 28).
3 ـ أن تنحصر مهمة هذه الحكومة في تصريف الأعمال العادية وحفظ الأمن على الخصوص
4 ـ ان تنكب الحكومة اولا على تنظيم انتخاب مجلس دستوري في أقرب اجل ممكن بدون تمويه ولا تسويف.
5 ـ أن يكون الانتخاب حرا شفافا تحت إشراف منظمة حقوق الإنسان الدولية وبمراقبة منها حتى لا يقدح قادح في مصداقيته، إذ بدون هذه المراقبة سيزعم لا محالة كل حزب لا ترضيه النتائج ان الانتخابات مزورة، فندخل حينئذ في متاهات من المزايدات لا تحمد عقباها، وقد تسفر عن حالة عن الهلع والعنف والاضطراب تعود بنا الى الدكتاتورية في أشنع مظاهرها.
وأرجو لكم سيدي الوزير النجاح والتوفيق في مهامكم التاريخية.
محمد الطالبي
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http://www.assabah.com.tn/article-50206.html/

Nabil Grissa: La logique révolutionnaire

منطق الثورة

نبيل خلدون قريسة
أستاذ التاريخ بكلية الآداب بمنوبة

هل أن ما تعيشه تونس ثورة؟ هل أنّ الزلزال الذي انطلق منها هو بحجم موقعها من التاريخ الإقليمي والعالمي أم يمثل تغييرا نوعيّا في
المقاييس المعتمدة في تصنيف الدول والشعوب؟
الثورة في التعريف الأوّلي تغيير عنيف أو قطيعة مع السائد، قد تكون نهائية وجذرية، وقد تكون رمزية مرتبطة بالذاكرة ورموزها، وقد
تكون مادية بهدم كل ما اعتمد عليه الماضي من مؤسسات وأعوان لقهر الثائرين عليه وردعهم.
في اللغة العربية تعني الثورة الكثرة وفوران الدم والهيجان وحتى الجنون، وبصورة عامة كسر الاستقرار وتجاوز الحدود: " الثَّوْرُ
الهَيَجانُ، والوَثْبُ، والسُّطوعُ، ونُهوضُ القَطا والجَرادِ، وظُهورُ الدَّمِ، كالثُّؤُور والثَّوَرانِ والتَّثَوُّرِ في الكُلِّ. وأثارَهُ وأثَرَهُ، وهَثَرَهُ، وثَوَّرَهُ، واسْتَثارَهُ غيرُه، القِطْعَةُ العظيمَةُ من الْأَقِطِ، ج أثْوارٌ وثِوَرَةٌ، وذَكَرُ البَقَرِ، ج أثوارٌ وثِيارٌ وثِوَرَةٌ وثِيَرَةٌ وثِيرانٌ، كجِيرَةٍ وجِيرانٍ. وأرضٌ مَثْوَرَةٌ كثيرَتُهُ، السَّيِّدُ، والطُّحْلُبُ، والبَياضُ في أصْلِ الظُّفُرِ، وكُلُّ ما عَلا الماءَ، والمَجْنُونُ، وحُمْرَةُ الشَّفَقِ النائرَةُ فيه، والْأَحْمَقُ، وبُرْجٌ في السماءِ ... وثَوْرَةٌ من مالٍ ورِجالٍ: كثيرٌ. والثَّوَّارَةُ الخَوْرانُ. والثائِرُ الغَضَبُ. والثِّيرُ، بالكسر غطاءُ العينِ. والمُثيرَةُ البَقَرَةُ تُثيرُ الأرضَ. وثاوَرَهُ مُثاوَرَةً وثِواراً واثَبَه. وثَوَّرَ القرآنَ بَحَثَ عن عِلْمِهِ..." (القاموس المحيط للفيروزآبادي) ، لذلك لم يكن لهذه اللفظة معنى إيجابي، بل كانت العرب تقول "الخروج" للدلالة على معنى الثورة السياسية الذي نقصده اليوم فيسمون الثوّار الخوارج.
أما في اللغة الفرنسية واللغات الأوروبية عموما، فهي تعني تطورا متجددا révolution قد يعيد نفس المسار وقد يغيره، وهو ما يوافق مثلا الظواهر الفلكية والطبيعية، أي أنها لا تعني بالضرورة انقلابا أو تغييرا جذريا. إلا أنّ الاستعمال الحديث جعلها تعني القطيعة والقفزة النوعية. وهذا هو المعنى الذي التصق اليوم بلفظة الثورة في اللغة العربية.
قد تتداخل معاني الثورة مع الانتفاضة، والانتفاضة الفلسطينية تمثل بالتأكيد نوعا من الثورة التحريرية من ربقة الاستعمار المتجدد والمتلون كالحرباء، لكنها قد لا تعتبر ثورة إلا عندما تنتهي إلى تحرير الأرض وخاصة الإنسان الفلسطيني من ربقة الاستبداد الصهيوني وحتى الفلسطيني والعربي الذي يكبل طاقاته الإبداعية ويمنع تمكنه من ممارسة حقه في المواطنة. لذلك أيضا نقول إنّ الثورة في تونس ومصر لا بد لها أن تبلغ هذا الهدف السامي حتى تكتمل ثورة حقيقية وتتجاوز مستوى الانتفاضة.
والثورة كذلك ليست الإصلاح، لكنها قد تأتي إثر إخفاقه أو تعطله كي تسرّعه وتفرضه فرضا. إلا أنّ الثورة تبقى أقرب إلى هدف تحقيق التغيير الجذري الذي لا يجرؤ عليه الإصلاح.
الثورة التونسية نموذج جديد في العالم تأكدت نجاعته في مصر بعد أسبوعين فقط من نجاحه في تونس: تغيير عنيف بأدوات غير عنيفة أو قليلة العنف، بضربة قاضية في لحظة غفلة من الخصم، بأسلوب يشبه ما يحدث في رياضة "الجودو" من احتواء قوة الخصم الرهيبة دون استعمال أي سلاح غير اليد الجرداء.
صحيح أنّ كثيرا من المثقفين والإعلاميين العرب الذين كتبوا وتكلموا في الأيام الأخيرة تحدثوا عن ثورة مصر العظيمة بل الأعظم في التاريخ والأولى من نوعها في التاريخ الخ.. متناسين بصورة سخيفة وعن قصد ثورة تونس المبادرة، لكنهم أثبتوا لحسن الحظ أنّ العلاقة بين شعبي مصر وتونس هي من نوع خاص، فالشباب المصري على عكس عدد من مثقفي مصر للأسف كان أكثر صدقا وبراءة ويعرف معنى ما يجري من حوله في تونس وغيرها لذا تراه يقلد التونسيين بدون عقد ويعترف لهم بالفضل والسبق بدون أنفة ولا حرج، فالفضل متبادل في الماضي والحاضر بين جميع أبناء الوطن العربي دون تباه أو تكبر لهذا الطرف أو ذاك، وما ثورتا تونس ومصر في نهاية المطاف إلا ثورة العرب جميعا من المحيط إلى الخليج، فجميعهم شارك في إلهامها وإعطائها الشرعية والروح والفكرة والشعار ونذكر هنا خاصة المرجعية الأولى لكل العرب المتمثلة في الشعب الفلسطيني المجاهد. لذلك ليس هناك أدنى غرابة أن تلهم ثورة تونس-مصر العربية بقية الشعب العربي.
لكن الغريب فعلا أن بعض الإعلام التونسي والمثقفين التونسيين لا يزال فاقدا للبوصلة التاريخية ولم يدرك بعد أن هذه الثورة أعادت تونس إلى أصلها، إلى قلب وضمير الأمة العربية-الإسلامية، امتدادها الطبيعي وشرعيتها الوحيدة في التاريخ. فالثورة التونسية على أهميتها العالمية ليست سوى ثورة مجتمع عربي يبحث عن مساره التحديثي في السياق المميز والصعب للحضارة العربية-الإسلامية. نقول هذا رغم ملاحظتنا أن اهتمام الغرب بتونس أكبر من اهتمام العرب وأكثر موضوعية.
من ناحية أخرى، علينا الإقرار أنّ الثورة لها لغتها الخاصة وخطابها المميز الذي قد يبدو متهورا خارجا عن المألوف وهو غالبا ما يقصد ذلك ويبتغي الاستفزاز والتمرد والتعنيف. كما أنّ رجال الثورة ونسائها ليسوا مطالبين بالاعتدال والتعقل إلا بعد أن تهدأ ثورتهم-فورتهم النفسية والعصبية التي يجب تفهمها واحترامها، فتلك هي الثورة الحقيقية. لا معنى للمطالبة بالصمت والهدوء والتأدّب واحترام المقامات والإتيكات.. التمرد الثوري له منطقه الخاص ومفرداته الراديكالية، تنتفي معه التراتبيات والمقامات حتى المقدسة أو خاصة تلك المقدسة وتعوضها العبارات المنافية لها أو المخفضة من ناموسها، المساواة قد تصبح فجأة عجرفة مقصودة ووقاحة وتعديا صارخا..لا بد من تفهم هذا واعتباره أمرا عاديا في كل ثورة وهو لا يدوم طويلا لكنه قد يغير موازين القوى في المجتمع وهو ما يهدف إليه أولا. وقد يكون ذلك أمرا جيدا وتصحيحا لمسار التاريخ الأعوج.. ولكنه يمثل بالخصوص درسا أخلاقيا ضروريا للضمير الفردي وحتى الجمعي في مجتمع فقد مرجعيته الأخلاقية ولم يعد يقبل حتى الحديث في الأخلاق والتربية. ولعل مفهوم المواطنة المحوري في بنية الديمقراطية المرجوة يتأسس على الركيزة الأخلاقية في التعامل بين البشر عموما وبين أبناء الوطن الواحد خصوصا، على قبول الاختلاف العرقي والديني والمذهبي أو الطائفي الخ.. وعلى قبول التنازل للآخر حتى يجد مكانه ويتقاسم الجميع الحقوق والواجبات بالعدل. وذلك هو أيضا مبدأ الكرامة.
في حالة ثورة الكرامة التونسية، تعني الكرامة المقصودة هنا في المقام الأول أولئك الذين قاموا بالثورة من أبناء المناطق الداخلية الذين ضاقوا ذرعا من ذلك التمييز والاحتقار والاستخفاف واللامبالاة، وليس فقط لأنهم عانوا البطالة والخصاصة.. معاملة أبناء المدن الساحلية في معظمها من بنزرت إلى قابس مرورا بالعاصمة ومدن السياحة الشاطئية حيث الوزن الاقتصادي والديمغرافي الموروث تاريخيا والمتدعم من عشرية إلى أخرى بفعل سياسات عمياء، معاملة مشطة متعالية متناسية جذورها التاريخية المشتركة مع سكان المدن والأرياف والبوادي الداخلية. ليس ذلك خصوصية تونسية لكنه أمر مخجل بكل المقاييس الأخلاقية والتاريخية والسياسية (المواطنة).
تحدثت نخب البلاد خاصة من أبناء العواصم الساحلية منذ قيام دولة الاستقلال بلغة شبيهة بلغة المستعمر تدعو إلى القضاء على القبليّة (العروشية) وحياة البادية وتعويضها قسرا بحياة التمدن حتى في شكليته الظاهرة، وتحدثت عن ضرورة استغلال الموارد الطبيعية المتوفرة في معظمها في المناطق الداخلية لتأسيس اقتصاد "وطني" منفتح سرعان ما تكشف أنه مجرد استنساخ لبنية اقتصاد المستعمر الموجه استنزافا وتصديرا نحو الأسواق الخارجية وأنه كان يمنع بأنماطه "التنموية" المستوردة أي فرصة لإعادة توزيع عائداته بصورة عادلة تشمل أولا المناطق التي يستخرج منها.
اليوم وقد استحوذ الجميع على الثورة خطابا واستثمارا، عاد أبناء العواصم يتحدثون عن استثمار اقتصادي في المناطق الداخلية لتشغيل العاطلين بها وتنادى عدد كبير منهم بزيارة هذه المناطق للشكر والمساندة في حركة نبيلة النوايا لكنها سمجة الإخراج تذكرنا بقوافل التضامن النفاقية التي عشنا على وقعها طيلة عقدين من الزمن البالي. وها أنهم يخشون على مصالحهم المكتسبة ويرفضون الحديث في جوهر المشكل الاقتصادي والاجتماعي على أنه يعني في زعمهم جذبا إلى الوراء، ويفضلون الحديث السطحي وبالإيماء فقط إلى المسألة السياسية المتعلقة بالنظام السياسي والانتخابي الخ.. كل ذلك يدعو إلى السخرية ولا يفهم أن عهد الاستبلاه قد ولى وأن الشعب بجميع فئاته وأجياله ليس ساذجا.
كفانا سطحية في التعامل مع أم القضايا الوطنية، ليس المطلوب الترقيع والإصلاح الفوقي (حتى وإن تعلق بالدستور والقوانين)، كفانا صمتا وتكتّما عما نفعل أو ما يجب أن نفعل حتى تتلبّس بنا الظنون ونصاب بهوس الاشتباه بالمؤامرات والاستسلام للشائعات، بل علينا المسارعة إلى المصارحة التامة والشفافية الصادقة والخطاب العقلاني من خلال فتح (لعلّي أقول: تثوير) وسائل الإعلام جميعا على مدار الساعة وبأسلوب البث المباشر والتفاعلي على ندوات حوار وطني كبير وجرئ تتم فعالياتها في فضاءات متعددة بمختلف المناطق التونسية ويشارك فيها أعضاء الحكومة واللجان العاملة معها وكل من له كفاءة في التحليل والتقييم واقتراح الحلول العميقة لمشكلة النمط السياسي والاجتماعي والاقتصادي الذي نريده لبلادنا ولكيفية حل معضلة التشغيل حلا جذريا وعاجلا. فليس هناك أعجب من دعوة البعض إلى تأجيل مناقشة هذه المسائل المصيرية والتركيز على التنظيم السياسي وحده داخل الحكومة المؤقتة وخارجها وكأنه أصبح الهدف الأسمى من الثورة. فالديمقراطية ممارسة لحق الاختلاف ومشاركة في الشأن العام وليست شكلا تنظيميا معينا نتنافس على تركيبته وحتى حول شرعيته، في حين أنّ الممارسة الحرة لحق الاختلاف والاختيار لها الأولوية المطلقة في سلم الاهتمامات النابعة من أي ثورة وهي تبدأ للتوّ ولا تنتظر إعادة كتابة الدستور أو قوانين الانتخاب والتنظيم السياسي وغيرها، فالقانون مجرد إطار يحمي المواطنة وليس هو جوهرها ولا حتى ضامنا لها، بل جوهرها ممارسة الحرية وضامنها الضمير الحي في داخل كل مواطن ومواطنة.
قد يكون مقبولا في هذه الفترة الانتقالية قيام هيئات ومجالس ظرفية تدافع عن خط سير معين أو توافق بين بعض الآراء مثل المجلس الوطني لحماية الثورة حتى وإن لم تكن لها صلاحية دستورية أو قانونية، فالثورة بطبيعتها تتحدى القوانين والدساتير والنواميس القائمة ولا فائدة في الاستغراب مما يحصل في طول البلاد وعرضها من تجاوزات للقانون واعتداء على النواميس والضوابط فهي أمر محتمل الوقوع وإن يجب أن ينتهي بعد هدوء النفوس وعودة العقل، لكن علينا أن ندعو إلى إعطاء أبناء المناطق الداخلية الأولوية في الانضمام إلى هذه المجالس بكثافة بدل تهافت الأحزاب والنقابات والمنظمات عليها بصورة تثير الشفقة. كما ندعو شباب المناطق الداخلية بالخصوص وهم الذين قادوا الثورة في مراحلها الأولى إلى تحمّل مسؤوليتهم التاريخية تجاه الوطن بتصحيح مسار التاريخ الذي انحرف نحو التشخيص والاستبداد والتمييز الجهوي والفئوي والاعتداء على الحقوق فيسهموا بقوة وفاعلية في هذا التصحيح عبر المنابر الحوارية المفتوحة وأنشطة الأحزاب السياسية والجمعيات المدنية وعدم البقاء في حالة انتظار ما قد يجنونه من أرباح عاجلة وآجلة وكأن ثورتهم التي لحق بها الشعب بأكمله لنصرتها وحسم موقعتها الأخيرة ليست في النهاية إلا تمرد جماعات هامشية. عليهم أن يكونوا في مستوى ما أنجزوه لأنفسهم ولوطنهم وأن يكونوا قبل غيرهم ضامنين بالقول والفعل لقيام أسس مواطنة حقيقية عادلة كريمة ومسؤولة تترفع عن المطلبيات الآنية وتمتنع عن الانتقام العشوائي من المظالم التي لحقتهم عبر اختراق القانون والثأر الشخصي والاعتداء على رمزية الدولة. هذا هو المعنى الوحيد في نظري لقيام مثل تلك المجالس والهيئات المدافعة عن الثورة والحامية لشعلتها الوطنية.
لقد فتحت الثورة التونسية عهدا جديدا في تاريخ العرب والمسلمين كافة إذ ضرب زلزالها أسس المنظومات السياسية والاجتماعية والثقافية القائمة وأرست دعائم التحديث الجذري، لذلك اعتبرتها في مقالة سابقة تمثل زلزال الحداثة العربية-الإسلامية الذي سيشمل كامل العالم العربي-الإسلامي بل والعالم بأكمله نظرا إلى محورية بلاد العرب والمسلمين تاريخيا وجغرافيا بما في ذلك بلاد الغرب وحتى إسرائيل، فالجميع سيكتوي بنار الضمير الإنساني الحارقة التي انطلقت شرارتها من تونس، ولعل تونس نفسها ستكون المخبر الأهم وفي نفس الوقت الأكثر عرضة للعداء والتآمر والتخريب بما يمثل تحديا كبيرا أمام أبنائها لتثبيت مكاسب ثورتهم وحمايتها.
ولئن تحدث البعض عن مؤثر "الدومينو" الذي يطيح بالمنظومات الاستبدادية المتجاورة الواحدة تلو الأخرى، إلا أنه في نظرنا يجدر الحديث عن مؤثر "البليردو" الذي يسلسل طَرق الكرات لبعضها البعض بضربة واحدة (أو ضربات قليلة العدد) وليس مهمّا إن كانت هذه الكرات الاستبدادية متجاورة أو متفاوتة الحجم والدور أو إن كان عددها كبيرا أو قليلا بقدر ما تهمّ قيمتها الرمزية لحسم اللعبة. واللعبة هنا متقاسمة كما يعرف الباحثون الاستراتيجيون بين قوى مختلفة داخلية وخارجية قد تلتقي في مساراتها على نفس الأرضية لكن لا يعرف أي طرف منها ما ستفضي إليه اللعبة من نتائج نهائية ولصالح أي واحد منها. كل ما تعرفه هذه الأطرف أنّ اللعبة تستحق التضحية والمغامرة-المقامرة وأنّ القوة قد لا تكون وحدها العامل الحاسم. هذا هو حال العرب والمسلمين منذ قرون وخاصة منذ بداية القرن الحالي وهذا هو قدرهم في خدمة قضايا الكرامة والتحرر الإنسانيين.
الجديد هو أنهم سيلاحظون أنّ الاستبداد يراكم بعضه عموديّا بينما الديمقراطية تجمّع بعضها أفقيا، لذا من المنطقي أن تتغير مواقع دول في الشبكة التراتبية للأدوار الإقليمية والعالمية وفق معايير الديمقراطية فتصبح متساوية مع دول أصغر منها أو أكبر حجما جغرافيا و/أو ديمغرافيا. بذلك يصبح مبدأ التضامن بين الشعوب أهم من مظاهر القيادات الزائفة والإملاءات المتعالية. ويصبح حجم المجتمعات يقاس بإبداعات أبنائها لا بعدد جنودها وترسانتها العسكرية.
في أوروبا لا يتحدث أحد عن حجم أنقلترا مثلا الصغير مقابلة مع حجم فرنسا أو ألمانيا أو روسيا بل يتحدثون عن ديمقراطيتها العريقة بقطع النظر عن تاريخها الامبراطوري الاستعماري على مستوى العالم (التي لم تكن تغرب عنها الشمس). لذلك استغربت كيف أنّ محمد حسنين هيكل -وهو من كبار المفكرين الاستراتيجيين في عالمنا العربي- لم يقدر على استيعاب اللحظة التاريخية التي تعيشها مصر واعتبر أنّ ثورة تونس تمثل مجرد قادح لا نموذجا في الوقت الذي يتحدث شباب مصر عن كونهم يغبطون الشباب التونسي على نجاحه في إزالة رأس الاستبداد وأنهم تعلموا منه منهج الثورة بتفاصيله الصغيرة من الشعارات إلى الأدوات والمراحل، إذ كان ما حصل في تونس خريطة طريق واضحة ليس عليهم إلا تتبعها للوصول إلى نفس النتائج، فقط فاجأهم إصرار الرئيس المصري وطول مدة الصبر عليه حتى يغادر الساحة. وقد لاحظ بعض المحللين العرب باستغراب تماثل المراحل والمشاهد والتفاصيل بين ثورتي البلدين، وما الاستغراب إلا نتيجة جهل موقع تونس التاريخي الذي يجهله كثير من التونسيين أنفسهم أو حتى يستخفون به خدمة لانتماءات إيديولوجية ضبابية.
قبل ذلك بأسبوعين، وعلى نفس قناة الجزيرة - التي نراها تدعم الانقسام الشوفيني مشرق/مغرب (الحصاد المغاربي المعزول في توقيته والمحتشم في عناوينه في مقابل المساحات والعناوين الإيجابية المفتوحة بدون حدود على المشهد المصري) - بيّن هيكل عدم قدرته على استيعاب نفس اللحظة التاريخية عندما تصور أنّ ما حصل في تونس سيجد ردّه الغربي والإسرائيلي في لبنان ولم يخطر بباله أنّ مصر أقرب إلى تونس ليس في مستوى اهتمام الغرب أو مصالحه الاستراتيجية بل في مستوى بنية المجتمع والدولة. فتونس ومصر بلدان يتقاسمان موقعا استثنائيا بالنسبة إلى كامل العالم العربي-الإسلامي ويشتركان في تاريخ حضاري متشابه في أهميته وفي كثير من مراحله من الرومانية إلى البيزنطية وبعدها الإسلامية: ألم يأت الفاتحون من مصر إلى القيروان؟ ألم يقدم الفاطميون من المهدية لتأسيس القاهرة والأزهر؟ ألم يجتح الأعراب الهلاليون تونس انطلاقا من بوادي مصر؟ ألم يتم على أرضيهما القضاء على الحملات الصليبية؟ أليستا الدولتين المبادرتين بالإصلاحات في الفترة العثمانية والمتقدمتين في عملية التحديث؟ ليس من باب الصدفة أنّ النصوص والأفكار التنويرية الأولى حول كيفية تحديث المؤسسات السياسية والاجتماعية والتعليمية في العالم العربي مصرية-تونسية. لكنّ ذلك ليس بمعنى أنهما استثناء في كل شيء ولا أنهما بمعزل عن بقية العالم العربي، فالشام مركز أساسي للتحديث الفكري وكذلك العراق، كما أنّ المغرب الأقصى ساهم باقتدار في بلورة الفكر السياسي العربي الحديث وأعطت الجزائر نموذجا ثوريا عالميا لتحرير الشعوب من الاستعمار، إلا أنّ الريادة المصرية وخاصة التونسية تبقي نوعية على المستوى الإقليمي بل نموذجية.
وعلى كل، فإنّ القادم سيكون أصعب لكون الثورة في تونس ومصر لا تزال مجرد أفق للفعل ولا تزال قضايا التنمية تحتاج إلى تحديث عقلي عميق لم تستغل النخب الفكرية والسياسية القرن الماضي للتقدم على دربه ولم تمكّن الطبقة السياسية الأنانية والإدارة الفاسدة الجامعات من أداء دورها في خدمة المجتمع من خلال البحث العلمي خاصة في العلوم الإنسانية، العلوم الاستراتيجية الحقيقية لهندسة المجتمعات المتحضرة، فضاع الوقت وتلاشت المجهودات المتقطعة وبقيت ثقافتنا وفي بعض المستويات بنيتنا الاجتماعية نفسها تراوح مكانها منذ قرن من الزمان تقريبا ولم تستفد كما استفاد شبابنا اليوم من التطور الهائل في بنية الاتصال العالمية.
لذلك نحذّر أخيرا من أنّ الصراع سيكون مريرا بين أطياف التفكير الإيديولوجي المتطرف من أقصى اليمين إلى أقصى اليسار، وليكن صراعا فكريا صريحا ومفتوحا على قنوات الحوار الإعلامي الوطني حتى يكتشف التونسيون أخيرا حقيقة العقم الإيديولوجي الغوغائي فلا يبقى صوته المتعالي مرتفعا على حساب إرادة الإنسان التونسي في التحرّر من الاستبداد والتطرف ورغبته المشروعة في التمتع أخيرا بالعيش
الكريم.