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Tuesday, March 24, 2009



Monde - 24-03-2009

Crimes de guerre : « A présent, jugeons Tel Aviv »
Par Gilles Devers
Entretien de Michelangelo Cocco de il manifesto édition du mardi 10 mars 2009

Interview de Gilles Devers, représentant à La Haye de centaines d’ONG qui se sont constituées pour amener à la barre le gouvernement Olmert : processus nécessaire pour que les Etats comprennent que l’ordre mondial ne peut pas être fondé sur des crimes contre l’humanité. Pour le procureur de la Cour Pénale internationale Ocampo, l’enquête est possible, « il existe une possibilité que cela arrive ». C’est ce qu’a dit avant-hier (9 mars 2009, NdT) Luis Moreno-Ocampo sur la possibilité d’ouvrir auprès de la Cpi une enquête pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » à l’encontre d’Israël pour les massacres de Palestiniens perpétrés pendant l’opération « Plomb durci » à Gaza.


Il s’agirait d’une révolution car – selon Perfil, l’hebdomadaire de Buenos Aires qui a rapporté les déclarations de Ocampo- ce serait la première fois qu’un organisme international reconnaît l’Autorité palestinienne (Anp) comme « Etat indépendant ». « Nous sommes en train d’évaluer la question -a ajouté Ocampo- nous sommes dans une phase d’analyse ».

Nous avons parlé de la procédure avec Maître Devers qui était hier (10 mars 2009, NdT) à Rome pour l’initiative juridique de la société internationale soutenue en Italie par le Network degli Artisti italiani et lancée par la Rete dei Traduttori per la diversità linguistica Tlaxcala.


Maître Devers, pouvez-vous nous expliquer comment est née votre initiative ?

Il s’agit à l’origine d’une initiative militante, portée à ce jour par plus de 450 associations – européennes, africaines, moyen-orientales et sud-américaines- témoins de l’offensive « Plomb durci » contre la Bande de Gaza. Le 22 janvier nous avons déposé la plainte pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » auprès de la Cour Pénale Internationale (Cpi). Le même jour – élément très important de la procédure - l’Autorité palestinienne (Anp) a donné compétence à la Cpi. Si elle la lui avait refusée, seule une intervention du Conseil de Sécurité de l’Onu aurait pu obliger la Cpi à enquêter, comme cela a été le cas pour le Soudan. Une hypothèse non crédible dans notre cas, compte tenu des doubles standard qui ont cours devant le Conseil de Sécurité. C’est pour cette raison que les ONG ont décidé de se constituer témoin du crime. Puis l’Anp – avec un accord politique entre Hamas et Fatah- a reconnu l’autorité de la Cpi. Le procureur Ocampo a demandé des éclaircissements parmi lesquels celui de savoir « qui est l’Etat à Gaza ». A ce moment-là, il y a eu une seconde visite à La Haye, du ministre de la justice, et des affaires étrangères palestiniens, après une réunion de nombreux ambassadeurs de l’Anp pour réunir tous les éléments et montrer que l’Anp représente le peuple palestinien, et que si la Cpi envoie des enquêteurs à Gaza, ils seront bien accueillis.


Mais Israël n’est pas signataire du Traité de Rome qui a institué la Cpi en 1998 : ceci n’invalide-t-il pas la procédure ?

D’abord, la Cpi juge les hommes et non pas les Etats. Dans une démarche de droit pénal, elle recherche le criminel X, Y ou Z. Elle s’occupe avant tout des faits : il faut qualifier le fait, et ensuite aller le plus loin possible dans la recherche des auteurs. Commençons donc par le début : Où a été commis le crime ? A Gaza, et l’Autorité palestinienne a donné compétence à la CPI. Donc la Cour peut enquêter à Gaza. Il y a encore des points à examiner, pour assurer la démarche de la Cour, mais je crois que ce ne sont pas des problèmes insurmontables.


Pourquoi s’adresser à la Cpi et pas aux juridictions nationales, comme cela s’est produit dans le passé pour d’autres massacres à Gaza ?

Nous nous adresserons aussi aux juges des Etats nationaux. Au mois d’avril, nous allons déposer à Madrid un dossier pour un astrophysicien de la Nasa qui travaille aux Etats-Unis mais qui est originaire de Gaza, et y vit souvent avec sa famille. Tous les enfants de Gaza connaissaient sa maison, certains d’entre eux ont appris à observer les étoiles avec le télescope qu’il avait installé sur le toit. Or, sa maison a été bombardée par les F16. Elle a été entièrement détruite, et il a perdu un de ses enfants. Il y a beaucoup d’autres cas similaires. Nous formerons d’autres plaintes auprès d’autres cours, en fonction de la nationalité des victimes. Nous essaierons de présenter des plaintes dans les 47 pays du Conseil d’Europe qui dépendent de la Convention Ue sur les droits de l’homme.


L’ex-président de la Cpi Antonio Cassese a dit que la Cour « ne peut accomplir une action efficace qu’avec la collaboration des Etats » et que « la justice internationale doit être prudente et sage, sinon elle risque d’être considérée comme peu crédible ».

La coopération existe du moment que 110 états ont ratifié la Cpi. Susan Rice, la représentante de l’Administration étasunienne auprès de l’ONU, a déclaré dans son discours d’investiture, que la Cour est un outil digne d’estime. Nous utilisons la procédure prévue par le Traité de Rome et donc je ne vois pas de risques de miner la crédibilité de la Cour. Si la procédure devenait un obstacle à la paix – dans le cas où demain un accord politique et économique adviendrait- le Conseil de sécurité aurait le pouvoir de la suspendre pour une année (renouvelable). La justice doit suivre son cours afin qu’Israël et le monde entier comprennent que les crimes contre l’humanité doivent être exclus de l’ordre public international. C’est ne pas s’attaquer à cette réalité là qui minerait l’autorité de la Justice internationale.


Quels indices de « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » avez-vous recueillis ?

Avant tout faisons une distinction : les premiers sont des actes à but militaire, conduits dans précaution pour les populations civiles, les seconds sont des crimes de guerres systématisés où d’emblée des objectifs civils sont attaqués avec des moyens militaires. Par exemple, le premier jour de l’agression (le 27 décembre 2008, NDR) un ordre de bombardement, par 40 chasseurs bombardiers, a été donné à 11h30, l’heure à laquelle les enfants sortent de l’école. Celui qui a donné ces instructions savait qu’il allait tuer des enfants. De fait le premier jour il y a eu plus de 200 morts. De même, des dizaines d’habitants d’un quartier avaient été enfermés dans une école qui, le lendemain, a été bombardée : ceci est un crime contre l’humanité. Puis, l’emploi des munitions au phosphore blanc en plein jour et sur des zones densément peuplées, ce qui implique l’intention de brûler et mutiler le plus grand nombre possible de personnes. Et puis il y a aussi dans notre dossier une chose qui n’impressionne pas autant que le sang mais qui témoigne de l’intention criminelle : 30% des terres arables de Gaza ont été dévastés avec des bulldozers.


Pour éviter que l’armée ne soit salie par les procès le gouvernement Israélien a interdit aux militaires qui ont participé à « Plomb durci » de se faire interviewer et photographier. Comment alors les identifier ?

Il faut avant tout établir les faits, à travers les témoignages des victimes et les indices recueillis ; puis nous exercerons une forte pression sur Israël. Israël n’est pas un bloc monolithique, il y a des jeunes, des soldats, des journalistes qui pensent que ce qui a été fait à Gaza est abominable. Nous dirons à Israël : vous avez une conscience, aidez-nous à juger les criminels. En outre la Cour a des moyens de pression, des instruments pour enquêter et recueillir des témoignages. Et si l’enquête devait s’arrêter parce que les responsables matériels n’ont pas été trouvés, nous aurions déjà démontré qu’il y a eu des crimes. Après l’action pénale, viendra celle civile. Israël peut cacher ses officiers et ses ministres, mais pas lui-même.


Comment fait-on, dans le cas de votre procédure, pour éviter des accusations d’antisémitisme comme celles qui ont déjà été adressées à la Conférence de Durban II ?

L’action juridique doit être conduite avec des règles strictes. Pour ne pas tomber dans l’antisémitisme alors qu’on porte plainte contre Israël, il est nécessaire de mettre des preuves sur la table, de parler des faits. L’antisémitisme, c’est généraliser : Israël, les juifs. Cela n’a rien à voir avec notre démarche. Si on généralise, des malentendus peuvent émerger. Si on se réfère à la réalité judiciaire, le discours devient clair. Il faut en somme analyser les faits, ces faits d’une gravité exceptionnelle qui ont eu lieu à Gaza. Mais s’il n’accepte pas la confrontation, ce sera Israël qui prendrait le risque de lever le vent de l’antisémitisme, que de toute façon, nous combattons. Notre arme, c’est le droit humain.

Source : Il Manifesto
Traduction : Marie-Ange Patrizio

المؤسسة الحاكمة ثبتت الهولوكوست كحقيقة قابلة للتكرار..

استقبال الإسرائيليين فظائع جيشهم في غزة امتداد لتنشئة صنعت صورة «العربي الخطر»

أنطوان شلحت الحياة - 01/03/09//

من الصعب أن نحصي القصص الفلسطينية الإنسانية، التي تضمنتها الحرب الإسرائيلية الأخيرة على غزة (27/12/2008- 17/1/2009). غير أن قصة واحدة منها فقط احتلت صدارة المشهد الإعلامي الإسرائيلي في آخر أيام الحرب، وهي قصة الطبيب الفلسطيني عز الدين أبو العيش الذي سبق له أن عمل في المستشفيات الإسرائيلية، وكان في عداد المناهضين لسلطة «حماس»، وتعرّض منزله في غزة يوم 16 كانون الثاني (يناير) 2009 إلى القصف الإسرائيلي، ما أسفر عن مصرع ثلاث من بناته وابنة أخيه وإصابة ثلاث من بناته الأخريات بجراح بالغة. وفي واقع الأمر، احتلت هذه القصة صدارة المشهد الإعلامي في إسرائيل بسبب العلاقات الوثيقة التي كانت تربط هذا الطبيب بمجموعة من الصحافيين الإسرائيليين.
وفي سياق ذلك، اعتبر أحد هؤلاء الصحافيين، وهو بوعاز غاؤون، أن ما حلّ بعائلة أبو العيش يعتبر، من ناحيته، «صورة الخسارة»، التي منيت بها إسرائيل مع انتهاء «عملية الرصاص المسبوك» (صحيفة «معاريف»، 18/1/2009).
ورأى الكاتب الإسرائيلي إيال ميغد، الذي عادة ما كان يتبنى مواقف يمينية متطرفة في الآونة الأخيرة، أن محاولة امرأة إسرائيلية من مدينة هرتسيليا أن تتهم أبو العيش، في أثناء لقائها به في ردهة أحد المستشفيات الإسرائيلية حيث كانت بناته الثلاث يخضعن للمعالجة، بالمسؤولية عن المصيبة التي نزلت بعائلته «تثير الخزي والعار». وعلى رغم عقد إحدى قنوات التلفزة الإسرائيلية «لقاء مصالحة» بين الطرفين، فقد أصرّت تلك المرأة الإسرائيلية على أن تبرّر فعلة الجيش الإسرائيلي. وكتب ميغد في هذا الشأن يقول: «إن المأساة المروعة لهذا الطبيب الفلسطيني لا تهمها من قريب ولا من بعيد، فهي عملياً لا تراه بتاتاً... بكلمات أخرى في إمكاني القول إن هذه المرأة جسدت، في اللحظة الملائمة، ما لا نرغب في أن نقرّ به، وهو وجود جانب مخجل ومثير للقلق في سلوك المجتمع الإسرائيلي برمته، هو جانب الانغلاق الذي يفضي به إلى فقدان حسّه الإنساني الأساسي». (صحيفة «معاريف»، 19/1/2009).
إن هذا الجانب لم يكن وليد الحرب الأخيرة على غزة، وإن كانت قد ساهمت في تفاقمه، وإنما يشكل عنصراً رئيساً في الثقافة الإسرائيلية العامة. وسبق أن صادفنا، عقب انتهاء «حرب لبنان الثانية» في صيف 2006، رؤى سياسية تنم عن هذه الخلاصة. ومنها، مثلاً، دعوة المعلق السياسي دانيئيل بن سيمون، الذي أصبح عقب الانتخابات الإسرائيلية العامة عضواً في الكنيست عن لائحة حزب العمل، إلى أن تخرج إسرائيل من شرنقة الأحادية وأن تلتفت إلى محيطها الإقليمي. ومما كتبه في هذا الصدد:
«في السنوات الأخيرة، تعززت نزعتنا القسرية للتحادث مع أنفسنا حول التسوية مع العرب، كما لو أن النزاع الحقيقي في الشرق الأوسط هو بين اليمين واليسار (في إسرائيل).
ربما يكمن مصدر العدوانية تجاهنا في طبيعتنا الأنانية وفي عدم تعاملنا مع جيراننا، وفي عدم استعدادنا لرؤيتهم عن بعد متر واحد... كما لو أن العرب هوام لا يليق التحادث معهم».
وتابع: «بدلاً من الحديث مع أعدائنا، فإننا نتحدث فقط مع أصدقائنا، حتى لا نقول الأوصياء علينا، في الولايات المتحدة... تبنينا الإنكليزية لغة أم ونتعامل مع اللغة العربية كما لو أنها خطر وجودي. حتى الآن لم يثبت أن استعباد حياتنا وقيمنا ومستقبلنا لأميركا انطوى على أي فائدة. ولم نكن عديمي الأمان بتاتاً كما نحن عليه الآن. وكجزء من يأسنا، فإننا نحيط أنفسنا بسور ونحوّل شعار الانبعاث القومي إلى غيتو محض ومحكم الإغلاق من كل ناحية.
إذا تفشى اليأس من الجيران ومن السلام، فمن شأن الإسرائيليين تسليم مقود الدولة إلى أيدي مهووسين خطرين مثل أفيغدور ليبرمان. «من أجل أوضاع جنونية يتوجب أن يكون في الحكم أشخاص مجانين»، هذا ما قاله أحد سكان كريات شمونه، وعكس بذلك المزاج العام الجديد وذكر ليبرمان كوصفة سحرية.
إذا لم يُعد أولمرت الأمل عاجلاً وإذا لم يفاوض السوريين والفلسطينيين واللبنانيين، فمن شأن اليأس من الوضع أن يدفع الإسرائيليين نحو حلول متطرفة» (صحيفة «هآرتس»، 15/8/2006).

تحليل نفساني - اجتماعي

على صلة بما تقدّم، صدر عام 2007، عن «منشورات الكرمل» - القدس كتاب رائد في مجاله بعنوان «العيش مع النزاع، تحليل نفساني - اجتماعي للمجتمع اليهودي في إسرائيل»، من تأليف البروفسور دانيئيل بار - طال.
ويقدّم هذا الكتاب وصفاً علمياً منهجياً للأساس النفساني - الاجتماعي، الذي يقف النزاع الإسرائيلي - الفلسطيني، والإسرائيلي - العربي، عليه. ولا يدّعي المؤلف تحليل كل العوامل والمنظومات والسيرورات النفسانية الضالعة في النزاع، بل يركز على الأساسيّ منها، أي تلك التي تؤثر بصورة بالغة في إدراك الواقع، من جانب المجتمع اليهودي في إسرائيل، بقدر ما تؤثر في السلوك الجماعيّ لهذا المجتمع.
ولعل الإطار النفساني لهذا الكتاب هو إحدى نتائج كون مؤلفه باحثاً واختصاصياً نفسانياً - اجتماعياً - سياسياً، سبق له أن شغل منصب رئيس «الشركة العالمية لعلم النفس السياسي»، علاوة على أنه محاضر كبير في جامعة تل أبيب. وتنهل أبحاثه، بقدر لافت، من المقاربة العقلية - الشعورية التي تعتبر البشر أعضاء في أطر اجتماعية. ونتيجة لذلك، فإنهم يتأثرون بهذه الأطر على نطاق واسع.
يتمحور الكتاب، الموزع على عشرة فصول ومقدمة وخاتمة، حول «الريبرتوار» النفساني - الاجتماعي المرتبط بالنزاع لدى اليهود الإسرائيليين، والذي تكوّن وتطور على خلفية النزاع المرير والمتواصل، كما تغذّى أيضاً من الذاكرة الجماعية للشعوب ذات الصلة به. وبحسب ما يؤكد المؤلف، فإن الذاكرة الجماعية للحياة في الدياسبورا (الشتات) وذاكرة المحرقة النازية (الهولوكوست) شكلتا وتشكلان عاملاً شديد التأثير في فهم دلالات النزاع الإسرائيلي - الفلسطيني لدى الجانب اليهودي الإسرائيلي.
إن مفهوم بار - طال ينطلق أساساً، من اعتبار أن النزاع الإسرائيلي - الفلسطيني يندرج في نطاق النزاعات القاسية التي لا تمكن السيطرة عليها، أو الخارجة على إمكان التحكم بها أو ضبطها. ويرى أن هناك نموذجاً عاماً في وسعه تأطير السيرورات النفسانية - الاجتماعية التي تنميها مجتمعات خاضعة لنزاعات من هذا القبيل. وبالتزامن مع ذلك، هناك موضوعات عينية يتميز بها كل مجتمع من هذه المجتمعات على حدة. كما يرى أن كل المجتمعات الموجودة في غمرة نزاعات خارجة على نطاق التحكم بها تواجه تحديات مماثلة، ما يُلزمها بإيجاد بنية تحتية نفسانية - اجتماعية تخدم حاجات المجتمع في ظروف النزاع القاسية. وتشكل هذه البنية التحتية الأساس لتطور ثقافة النزاع ونموها، لا ريبرتوار ذلك المجتمع فقط، ولا المؤشر الذي ينظر من خلاله إلى واقع النزاع.
يشتمل هذا النموذج العام على ثمانية موضوعات تشكل فحوى ثقافة النزاع، وهي: تكريس عدالة أهداف النزاع، تحقيق الأمن، إلغاء شرعية الخصم، التعظيم الذاتي الجماعيّ، المفهوم الذاتي كضحية، تنمية المشاعر الوطنية، الوحدة، والتطلع إلى السلام. إن هذه الموضوعات حيوية وضرورية إبان النزاع الخارج على إمكان التحكم به، لكونها تبني الأساس المعرفي (الأشبه بالأيديولوجيا) للروايات التي ينميها المجتمع. غير أنه في مقابل هذه الموضوعات، التي تعد كونية في النموذج العام، ثمة مضامين عينية تختص بكل مجتمع، وتشمل الأحداث (الوقائع) والأساطير والأبطال والتصاوير والمصطلحات والاستعارات ذات الصلة.
ويركز الكتاب على المضامين الخاصة بالمجتمع اليهودي الإسرائيلي، والتي نمت وتطورت في سياق النزاع الإسرائيلي - العربي، وبالأخص في إطار النزاع الإسرائيلي - الفلسطيني، الذي يعتبر لُبّه. ومع أنه يؤكد أن هذه المضامين هيمنت على الخطاب العام وعلى نتاج الثقافة اليهودية الإسرائيلية في الفترة التي بلغ فيها النزاع ذروته، وهي الفترة التي استمرت في قراءة المؤلف الخاصة منذ أربعينات القرن العشرين الفائت حتى سبعيناته (تحديداً حتى زيارة الرئيس المصري الراحل أنور السادات لإسرائيل عام 1977)، فإنه يشير إلى أن البنية التحتية النفسانية - الاجتماعية، التي أُنشئت في المجتمع اليهودي الإسرائيلي، تطورت على خلفية تجارب معاشة أبعد، زماناً ومكاناً، لا على خلفية تجارب تلك الفترة فقط. كما أنها تطورت على خلفية العادات والثقافة اليهودية القديمة. وهو يعتبر الهولوكوست التجربة الأكثر رهبة وفظاعة، التي تركت بصمات لا تمحى على كينونة المجتمع اليهودي الإسرائيلي.
لا يجوز، في عرف بار - طال، إدراك كنه السلوك الجماعي اليهودي - الإسرائيلي في خضم النزاع الإسرائيلي - العربي والنزاع الإسرائيلي - الفلسطيني من دون أن نأخذ في الاعتبار «الصدمة التي مرّ بها هذا المجتمع نتيجة للهولوكوست، ومن دون إدراك الدلالة التي يعزوها لها». وهي تعتبر، في المجمل العام، نموذجاً رمزياً لمصير الشعب اليهودي على تعاقب أجياله. غير أنه في الوقت نفسه يبدي تحفظه من جعل الهولوكوست قوة عليا تغذي سيرورات سلبية، ويذكر منها: استمرار النزاع، عقلية الحصار التي تزعم أن العالم كله ضد اليهود وإسرائيل، كراهية الغرباء، الانغلاق الذاتي.
وجرى تضمين هذه التجارب، على مدار أعوام طويلة، في محتويات الثقافة ومضامينها، وانتقلت من جيل إلى آخر، وتعززت بواسطة تجارب اليهود في الزمن الراهن، بداية في فلسطين ومن ثم في دولة إسرائيل. ولذا كان من الحتمي، والحال هذه، أن يُنظر إلى الخصم العربي، في سياق النزاع معه، باعتباره استمراراً لعداء الشعوب الأخرى - الأغيار (الغوييم) - وحتى باعتباره استمراراً للوحش النازي. وقد نقلت هذه المحتويات، بصورة مركزة ومنهجية، من خلال كل مؤسسات المجتمع اليهودي الإسرائيلي وقنواته الإعلامية، إبان فترة النزاع الخارج على نطاق السيطرة.

الكتب والإعلام

غير أن بار - طال يرى أن الوضع في الوقت الحالي يختلف اختلافاً جوهرياً عما كان عليه خلال الأعوام التي بلغ النزاع خلالها ذروته، لكن على رغم ذلك ما زال الكثير من الذي يجري إكسابه لأبناء المجتمع اليهودي ينهل من نبع المحتويات الخاصة لما يسميه «روح النزاع». إنّ أدوات ذلك هي كتب التدريس والأدب العبري والمسرحيات والأفلام الإسرائيلية ووسائل الإعلام الجماهيرية وخطابات الزعماء والطقوس الرسمية وما شابه.
وهو يؤكد، علاوة على هذا، أن إسقاط الشرعية هو أحد العوامل النفسانية الأكثر أهمية للمقاربات والممارسات التي تزيد من حدّة النزاع وتؤججه، كما أنها تؤدي قسطاً من استمراره وتدفع الى ارتكاب أعمال تشذ عن المعايير المألوفة حتى في خضم القتال، مثل المسّ بالمدنيين والعقوبات الجماعية... إلخ.
ويتمثل فحوى إسقاط الشرعية، في شكل عام، في خلع صور تنميطية ذات دلالة سلبية متطرفة على أبناء جماعة بشرية معينة بهدف نزع السمات الإنسانية عنها.
لقد انعكس إسقاط الشرعية عن العرب داخل المجتمع اليهودي الإسرائيلي في خطابات القادة، وفي التقارير الإخبارية والتحليلات التي قدمت وتقدم في وسائل الإعلام، وفي الأدب والمسرح والأفلام، وحتى في الكتب التدريسية. كما أن نزع الشرعية عن الفلسطينيين كان واسعاً ورائجاً لدى المؤسسة الإسرائيلية حتى عام 1993. وحتى عندما حاول قسم كبير من المجتمع الإسرائيلي أن يدفع قدماً عملية السلام مع الفلسطينيين، وحاول من ثمّ التخلص من نزع الشرعية الممأسسة لدى هذا القسم، فإنّ جماعات المعارضة القوية في المجتمع واصلت اتباع نهج رفض شرعية الفلسطينيين. وفي نهاية الأمر عندما انهارت عملية السلام واندلعت انتفاضة الأقصى (في أيلول/ سبتمبر 2000) ظهرت نزعة إلغاء الشرعية مرة أخرى وبقوة أكبر في الخطاب الإسرائيلي العام.
يعيد المؤلف إلى الأذهان أن اليهود الذين أتوا إلى فلسطين، بالأساس من أوروبا، خلال الهجرات الصهيونية التي بدأت في نهاية القرن التاسع عشر، تعاملوا مع العرب الذين قطنوا في المنطقة من وجهة نظر مركزية عرقية جلية، وقد نظروا إليهم بصفتهم متخلفين، قذرين، أميين، يُحرضون بسهولة وعدوانيين. وقد راجت هذه المفاهيم قبل تصعيد النزاع القومي، وشكلت الأساس لإلغاء الشرعية الذي ظهر بكل قوته مع تنامي النزاع الدامي. واستمرت الحال على هذا المنوال أيضاً بعد إقامة دولة إسرائيل. وعلى مدار عشرات الأعوام تركزت الجهود الخاصة في محاولات إلغاء شرعية منظمة التحرير الفلسطينية التي تأسست عام 1964 وأصبحت بمرور الوقت تمثل تطلعات الفلسطينيين في غالبيتهم.
وعلاوة على إلغاء شرعية منظمة التحرير الفلسطينية استمرت عملية إلغاء شرعية العرب عموماً والفلسطينيين خصوصاً. والتصاوير البارزة التي يتم إدراج العرب والفلسطينيين ضمنها، في نظر اليهود الإسرائيليين، هي أنهم أناس دونيون من ناحية ذهنية، أغبياء وبدائيون. ويُنظر إليهم حتى باعتبارهم كسالى فاقدي القدرة على القيام بمهماتهم على أتمّ وجه، إلى درجة تصنيف ما ينجزونه في إطار توصيف «العمل العربي»، وهو تصنيف يشير إلى ممارسة فاشلة مهملة وأصبح مصطلحاً شائعاً بين اليهود الإسرائيليين. ويعتبر العرب بعامة والفلسطينيون بخاصة غير أمينين، عنيفين، وقساة ومستخفين بحياة الإنسان. هذه المعتقدات رائجة تقريباً بين جميع فئات المجتمع اليهودي في إسرائيل، وتقف في مركز الأساس النفساني - الاجتماعي الذي يزيّن لهم طريق التكيّف للعيش مع النزاع العنيف.
وثمة شهادات مهمة على الريبرتوار النفساني - الاجتماعي للمجتمع اليهودي الإسرائيلي في مضامين الكتب التدريسية.
المدرسة هي مؤسسة يوجد إجماع راسخ وواسع على دورها كوكيل مركزي للتنشئة، إذ إن بواسطة الكتب التدريسية ومناهج التعليم وآراء المدرسين ينكشف الطلاب على قيم وأيديولوجيات وتقاليد رائجة في المجتمع. وتعكس الكتب التدريسية الإسرائيلية، عياناً بياناً، المعتقدات الاجتماعية المُمأسسة، والروح الاجتماعية والقيم والأساطير والأهداف المهمة للمجتمع، والذي يكون بدوره معنياً بتمريرها إلى الأجيال المقبلة. ومن هنا، فإن الكتب التدريسية لا تنقل المعارف الموضوعية والمحايدة فقط، وإنما تنقل أيضاً المعارف التي تخدم حاجات المجتمع، ويتم بواسطتها تكوين الواقع الاجتماعي للأجيال الجديدة. إن هذه الوظيفة تؤديها، في الأساس، كتب تدريس التاريخ، الجغرافيا، العلوم الاجتماعية، الموطن (المدنيات)، الأدب العبري والتوراة.
حتى التسعينات من القرن الماضي، على الأقل، كانت في إسرائيل، على غرار دول أخرى، رقابة صارمة على مضامين الكتب التدريسية. وقد خضعت أجيال كثيرة من طلبة المدارس لعملية تنشئة سارت في وجهة تعميق ضلوعهم في النزاع. وكانت الكتب التدريسية حافلة بالمضامين التي تلائم البنية التحتية النفسانية - الاجتماعية، التي تدعم استمرار النزاع. وحتى السبعينات كانت هذه العملية تحتل الحيز المركزي في جهاز التربية والتعليم الإسرائيلي، الذي رأى الواقفون على رأسه أن المدرسة هي مؤسسة تتحدّد وظيفتها الرئيسة في أن تلقن الجيل الشاب الرواية الوطنية الإسرائيلية وقيمها. إن هذه العملية متواصلة إلى الآن، لكن من دون المباشرة، ومن دون غسل الدماغ اللذين ميزا العقدين الأول والثاني من قيام إسرائيل.

* باحث في المركز الفلسطيني للدراسات الإسرائيلية - مدار

http://www.alhayat.com/special/features/02-2009/Article-20090228-bd4b48d9-c0a8-10ed-012b-29edb738bfdf/story.html/

Sunday, March 22, 2009

Deuxième Conférence internationale sur le Droit au Retour


UAM-93

Invitation :
Il y a 60 ans, l’ONU votait la résolution 194 sur le droit au retour des réfugiés palestiniens :
L’AJPF en coordination avec les associations de jumelage et les villes françaises jumelées avec les camps de réfugiés palestiniens, organisent la :
2ième Conférence internationale sur le Droit au Retour
Les 28 et 29 mars 2009
A la Bourse du Travail de la ville de Saint-Denis
(Porte de Paris) 9-11, rue Génin
60 réfugiés palestiniens de Cisjordanie, de Gaza, du Liban, de Syrie, de Jordanie et des camps non déclarés par l’UNRWA, isolés les uns des autres dans leurs camps, seront réunit pour célébrer la mémoire palestinienne.
C’est une occasion unique de refuser qu’ils soient une nouvelle fois les grands oubliés des négociations, de débattre avec eux sur la question du droit au retour et de leur donner le droit à la parole
Le peuple palestinien ne fait qu’un et le sort des millions de réfugiés palestiniens et de leur droit au retour, toujours éludé dans les négociations, doit être au cœur de celles-ci pour espérer une paix digne, juste et durable dans la région.
Israël doit son existence à la résolution 181 de l’Organisation des Nations Unies votée en 1947 définissant le partage de la Palestine et intègre l’ONU à deux conditions : l’application de la résolution 181 avec l’établissement de l’Etat Hébreu sur les frontières de 1947 et l’application de la résolution 194 sur le droit au retour des réfugiés palestiniens forcés à l’exil suite à la création de l’Etat d’Israël.
Né d’une résolution de l’ONU, l’Etat d’Israël refuse depuis plus de 60 ans de les appliquer pour ce qui le concerne !
L’impunité dont il jouit depuis le début de sa création, le silence, la lâcheté voire la complicité des grandes puissances internationales de ce monde face au drame palestinien encourage l’Etat d’Israël dans sa politique de colonisation du peuple palestinien afin qu’il abandonne sa résistance et sa terre.
Les nouveaux massacres de Gaza du début 2009 sont la continuation d’une politique visant à nier de le peuple palestinien, son histoire, ses droits, ses espoirs, sa liberté et la création d’un Etat viable et indépendant.
La question des réfugiés palestiniens qui représentent 70% du peuple palestinien et de leur droit au retour reste donc plus que jamais centrale dans la résolution du conflit. Elle pose la problématique de la reconnaissance de l’injustice historique faite aux palestiniens sans laquelle aucun avenir ne sera possible dans la région.
Programme
Samedi 28 mars 2009
9h30 – 10h : Ouverture de la conférence par Patrick Braouezec, député de Seine-Saint-Denis, président de la communauté d'agglomération Plaine Commune en présence de Madame Hind Khoury, Déléguée Générale de la Palestine en France.
Le mot de bienvenue de Fernand Tuil et Ahmed Muhaisen co-présidents de l’AJPF / Pourquoi une conférence aujourd’hui ?
10h00 – 10h30 : Safwat Ibraghith, Docteur en Droit Public, spécialiste de la question des réfugiés palestiniens, conseiller auprès de la Délégation de Palestine en France : l’histoire de l’expulsion des réfugiés palestiniens.
10h30 – 11h : Maurice Buttin, Avocat Honoraire à la Cour de Paris, Président du comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient : la question du droit des réfugiés palestiniens
11h-11h30 : Hind Khoury, Déléguée Générale de Palestine en France : Quels sont les points importants de négociations depuis Oslo ? Où en est-on de la question du Droit au retour ?
11h30-12h00 : Ahmed Muhaisen, co-président de l’AJPF
Le travail d’ONG BADIL (Resource Center for Palestinian Residency & Refugee Rights) sur la question du droit au retour des réfugiés palestiniens.
12h00 – 14h00 : pause déjeuner sous forme de buffet sur place.
14h-14h30 : ouverture de la séance par Pascal Boniface, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, docteur d'État en droit international public.
La responsabilité de l’Occident sur l’histoire de la Palestine et les conséquences des injustices commises au nom de l’Etat de Droit.
14h30 : Introduction de la GUPS (Général Union of Palestine Students)
14h45-17h30 : des représentants des camps de Cisjordanie, de Gaza, de Syrie, de Jordanie, du Liban et des camps non déclarés, présenteront leur conception du Droit au retour.
Débat avec la salle.

17h30-18h30 : les élus nationaux et européens et la question des réfugiés palestiniens avec :
Francis Wurtz, député européen et président de la GUE-NGL (groupe confédéral de la gauche unitaire européenne/gauche verte nordique)
-Luisa Morgantini, députée européenne membre du GUE-NGL
-Halima Boumediene sénatrice d'Ile de France
-Philippe Massein, vice-président du Conseil Général de Picardie
Projection de courts métrages et films inédits tout au long de la journée
20h : participation de la délégation palestinienne au concert exceptionnel organisé par la Délégation Générale de la Palestine en France au Palais des Congrès.
Dimanche 1er mars 2009
9h30 – accueil des participants et ouverture de Fernand Tuil, co-président de l’AJPF
La question du jumelage, les pistes de travail et actions en commun
10h-12h30 : les projets, les expériences concrètes, ici et ailleurs avec les interventions de :
-Jean-Pierre Bosino, maire de Montataire (Oise) première ville jumelée avec un camp de réfugiés et Abu Khalil, député palestinien, comité du camp de réfugiés de Dheisheh – Cisjordanie
-Didier Paillard, maire de Saint Denis et Zyad Al Faranji, président du comité populaire du camp de Rafah – Bande de Gaza
Marc Everbecq, maire de Bagnolet, première ville jumelée avec un camp du Liban et un représentant du camp de Chatila - Liban
Michel Fourcade, maire de Pierrefitte et Jamal Abu Lil, comité populaire du camp de Kalendia – Cisjordanie
Jacques Saint-Amaux, maire de Limay (Yvelines) avec un représentant du camp de Shufat – Cisjordanie
Les expériences ici et ailleurs…
Patrick Le Hyaric, Directeur de l’Humanité, la campagne du Droit à l’éducation, la délégation à Gaza 2009
Ronald Cameron, CSN (Confédération des Syndicats Nationaux) du Québec
Massimo Rossi, association Vento di Terra d’Italie
An Muylaert, association Free Palestine, de Belgique
Un représentant d’une association de Norvège
12h30 : conclusion de Hind Khoury, Déléguée Générale de la Palestine en France
Cocktail de remerciement
Bar, stand éditeurs, bombe de Sons (graffeurs de Mitry-Mory), danses de dabké.
Inscription obligatoire :
15 € : participation aux frais (venue de la délégation palestinienne) pour l’inscription à la conférence avec le déjeuner du samedi midi (tarif plein)
10€ : tarif réduit (chômeurs, étudiants…)
Stand restauration rapide, sur place le samedi soir.
En raison du nombre de places limitées, nous vous demandons de bien vouloir nous confirmer votre participation et nous renvoyer le coupon d’inscription avec votre règlement au plus tard le 15 mars 2009.
Coupon d’inscription
A renvoyer à : AJPF – Mairie de Montataire – Service Communication – 60160 MONTATAIRE
Tel : 03 44 64 44 04 – ajpf.palestine@wanadoo.fr
(Aucune inscription ne sera prise en compte sans le règlement, à l’ordre de l’AJPF. Merci de votre compréhension)
Nom / prénom :
Organisme :
Adresse :
Code postal :
Ville :
Adresse email :
Participe aux frais pour l’inscription à la conférence en tarif plein (déjeuner du samedi midi compris) : 15 €
Participe aux frais pour l’inscription à la conférence en tarif réduit : 10€ (un justificatif vous sera demandé à l’entrée).
Métro : Ligne 13, Station "St-Denis - Porte de Paris" (à 2 minutes à pied du métro)
Bus : station St-Denis Porte de Paris : 170, 177, 255, 256, 168, 268.

RER : Ligne D. Station St-Denis (Sortir côté St-Denis Centre et traverser le canal).
Voiture :
Par la A1 : sortie 3, Saint-Denis centre/Porte de Pari, Direction A86.
Par le Boulevard Périphérique : Porte de la Chapelle, direction Lille par l’A1. Première sortie, Stade de France. Suivre les flèches Saint-Denis Centre et traverser le canal.
Pour se garer : La Bourse du Travail dispose d'un parking extérieur côté rue Génin

Saturday, March 21, 2009

A Jérusalem-Est, le quartier Al-Boustan s'organise contre sa destruction annoncée




La résistance s'est organisée. Une grande tente a été dressée et un comité de défense a été désigné. Le quartier Al-Boustan ("le jardin") à Jérusalem-Est est sur le pied de guerre. Les autorités israéliennes ont projeté de démolir 88 maisons pour y créer un parc. Le projet date de quatre ans, mais il vient d'être remis sur la table, et des ordres de démolition ont été notifiés aux 1 500 habitants de ces maisons qui, dit la mairie, ont été construites sans permis de construire.

"Certaines de ces maisons datent d'avant l'occupation de 1967, et les demandes de permis ne sont jamais accordées", proteste Abed Shalode, du comité de défense. Des cartes ont été déployées sur le mur pour expliquer comment la colonisation est en marche à Jérusalem-Est.
Des zones plus claires cernées de rouge indiquent les emplacements des implantations juives et leur progression dans le faubourg de Silwan, dans lequel figure le quartier Al-Boustan. Située au pied de l'esplanade des Mosquées, le Mont du Temple pour les juifs, près de la face sud de la vieille ville, cette zone est âprement convoitée par les colons pour en faire un prolongement du quartier juif.
C'est à cet endroit qu'est située la cité de David. D'intenses fouilles archéologiques y sont menées pour retrouver les traces de l'ancien royaume et démontrer que cette terre est bien juive. D'autant que la municipalité de Jérusalem projette d'en faire un lieu touristique.

"Pas de site touristique sur les ruines des maisons de 1 500 habitants", proclame un écriteau placé sous la tente. Deux maisons ont déjà été détruites, et la population craint l'arrivée soudaine des bulldozers. "La réaction sera violente", prévient Daoud Siam, né à Al-Boustan il y a soixante-dix ans. "Ils veulent nous humilier, nous provoquer, voler notre terre, mais nous ne nous laisserons pas faire", ajoute-t-il en mettant directement en cause le nouveau maire de Jérusalem, Nir Barkat, qualifié de "boutefeu de la ville sainte".
Elu il y a quatre mois, ce dernier a fait savoir que "la loi devait être respectée quelles que soient l'identité, la race, la résidence et la religion". Al-Boustan est devenu un abcès de fixation des tensions israélo-palestinienn es. Vingt et un lauréats du prix Israël, parmi lesquels des écrivains célèbres, ont lancé un appel pour que cessent les démolitions à Jérusalem-Est. Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, s'est émue de la situation, lors de sa visite début mars, en déclarant que les démolitions "ne facilitent pas le processus de paix" et "violent la feuille de route" du plan de paix international, qui prescrit un gel de la colonisation. Ce commentaire n'a pas été du goût de Nir Barkat qui l'a qualifié de "mauvais signal" envoyé à "ceux qui ne respectent pas la loi".

Al-Boustan est devenu le test de la volonté de Washington de prendre une position claire contre la poursuite de la colonisation qui ruine la possibilité de créer un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale comme le souhaitent les Palestiniens. Cinquante-cinq autres maisons sont également dans le collimateur à Choufat, au nord de Jérusalem. Craignant un raidissement du prochain gouvernement israélien, qui pourrait être très à droite, l'Autorité palestinienne est sur le qui-vive. Soixante-dix familles juives vivent déjà à Silwan.

La fondation Elad, une organisation nationaliste religieuse, tente par tous les moyens de conquérir de nouveaux espaces, maison après maison. A chaque succès, les colons font immédiatement flotter le drapeau israélien pour marquer le territoire. La municipalité a précisé que seules les maisons construites après 1992 étaient concernées par les démolitions. Les résidents ont demandé en vain que cette zone soit classée résidentielle. Le rejet a été finalement notifié le 17 février. Depuis, c'est l'inquiétude.

Très impliqué à Jérusalem, le cheikh Raed Salah, dirigeant arabe israélien (il dirige la branche nord du Mouvement islamique), est venu dire sur place : "Notre position est claire : soit nous vivons sur notre terre, soit nous y serons enterrés."


Michel Bôle-Richard - Le Monde du 19 mars 2009

Friday, March 20, 2009

Ce texte de l'historien tunisien Mohamed Talbi,

à la veille de l'invasion de l'Irak en mars 2003


« Delenda est Bagdado ! »


Bagdad, que Washington se prépare à détruire, n’est plus, pour nous, qu’une ville-symbole qui ne constitue plus une menace pour personne. C’était aussi le cas de Carthage lorsqu’elle fut rasée par Rome. En 146 av. J.-C., l’opération fut confiée par le Sénat romain à deux Scipion : le second, fils adoptif du premier, acheva l’entreprise commencée par son père.

De même, la destruction de Bagdad a été, en un premier temps, confiée par le Sénat américain à Bush père. Le (vrai) fils de celui-ci se prépare à « finir le boulot ».

En 202 av. J.-C., par sa victoire à Zama, Scipion le Père, dit l'Africain, qui s'était assuré le concours des princes numides - psalmodions ici la Prière de l'Absent pour nos princes arabes d'aujourd'hui -, mit fin à la puissance militaire de Carthage, qui fut désarmée : elle livra tous ses éléphants, les blindés de l'époque. De sa puissante flotte, elle ne conserva qu'une dizaine de navires et dut s'engager à payer un vertigineux tribut de 10 000 talents (il n'y avait pas encore de pétrole à partager).

En 153 av. J.-C., Rome dépêcha à Carthage une commission d'enquête dont la présidence fut confiée à Caton, sorte d'Hans Blix antique. Le Conseil de sécurité n'existait pas encore, bien sûr, mais, comme Washington, Rome tenait à la légalité. L'Occident, nous dit-on, a des valeurs à défendre, au besoin par la force. Caton constata donc que Carthage n'avait pas respecté les obligations qui lui étaient imposées et était redevenue une menace pour la paix. Il en apporta la preuve, devant le Sénat ahuri, sous la forme d'une figue fraîche et termina la lecture de son rapport par le fameux « Delenda est Carthago » (« Carthage doit être détruite»).

Ce jour-là, un dogme est né, que toutes les grandes puissances de l'avenir reprendront, sans le dire, à leur compte : le redressement des autres constitue toujours une menace potentielle qui justifie une guerre préventive. Washington en est convaincu. De là découle sa logique de super et unique puissance, dont Rome avait donné un si probant exemple qui permit à la Pax romana de régner durant des siècles. À coup sûr, la Pax americana y trouve inspiration et justification.

Carthage se raccrocha à la paix avec l'illusion du désespoir. Elle dépêcha à Rome un émissaire du nom de Banno. Polybe, l'historien grec (v. 200 av. J.C.-v. 120. av. J.C.), lui prête ce discours : « Il n'est plus temps d'évoquer la question de droit. À cette heure, les Carthaginois ne s'adressent plus qu'à la pitié des Romains. Ils n'en sont pas indignes. Pendant de longues années, ils ont observé le traité de Scipion et viennent de se soumettre à tout ce qu'on avait exigé d'eux. »

Devant ce discours pathétique, le Sénat resta de marbre. La figue fraîche était une preuve si flagrante de la mauvaise volonté carthaginoise qu'il ne restait plus d'autre choix que la guerre. C'est aussi ce qu'espérait Colin Powell en présentant, le 5 février, au Conseil de sécurité, des preuves non moins accablantes de la duplicité de Bagdad. Il n'eut pas le même succès, mais faisons-lui confiance : la guerre, il la fera.

Charles-André Julien écrit : « Trois ans durant [149-146 av. J.C.], comme une bête forcée, Carthage tint tête aux chasseurs, avec une vigueur que le Sénat n'avait pas prévue. » Les femmes elles-mêmes sacrifièrent leurs cheveux pour en tresser des cordes pour les catapultes. Alors Rome trouva son second Bush. Ce fut Scipion Emilien, fils adoptif de Scipion l'Africain. L'Histoire présente parfois de troublantes similitudes !

Les Carthaginois furent exterminés jusqu'au dernier, et la ville livrée aux flammes, dix jours durant. Sophonisbe, femme du chef carthaginois Hasdrubal, qui s'était rendu pour échapper à l'humiliation, se jeta dans les flammes, parée de tous ses bijoux. Labouré et semé de sel, le sol de la ville fut déclaré maudit. Les princes numides disparurent, et les dieux de Rome remplacèrent ceux de Carthage. Un très beau Djihad, vraiment, mais aujourd'hui aussi, pour que triomphent les valeurs occidentales, Delenda est Bagdado !

Or Bagdad, la ville des Mille et Une Nuits, nourrit notre imaginaire et alimente notre fierté. C'est à cela que Bush en veut. Car la menace qu'elle représente est encore moins effrayante que la figue de Caton. Elle est le symbole de notre apport à la culture et à la civilisation universelles. Même si elle est loin de sa splendeur passée, elle reste un symbole. Son souverain le plus prestigieux, Haroun el-Rachid (786-809), fut un peu notre Charlemagne, avec lequel il était d'ailleurs en contact. La détruire, c'est s'en prendre sciemment à un symbole, c'est vouloir nous avilir. Cela dénote la volonté préméditée et consciente de briser le ressort de notre relèvement et de notre dignité.

Le site de la ville est connu depuis la plus haute Antiquité : le nom de Bagdadu figure dans un document datant de l'an 1800 av. J.-C., à l'époque d'Hammourabi. Mais la capitale des Abbassides fut fondée par el-Mansour. « Les architectes dressèrent les plans de la nouvelle capitale dès 758, mais la construction ne commença qu'en 762. El-Mansour donna à Bagdad le nom de Ville de la Paix (Madînat el-Salam). Tel fut son nom officiel, que l'on retrouve sur des monnaies et dans des documents administratifs. »(1)

Au coeur de la nouvelle capitale se trouvait la cité impériale, la « Ville ronde », d'un diamètre de 2,3 km, traversée par deux axes perpendiculaires, avec une porte monumentale de marbre et de dorures : Bâb el-Dhahab. Mais « la gloire de la Ville ronde était le dôme vert, de 48,36 m de haut, qui dominait le palais avec un cavalier au sommet. Il s'écroula en 941 par une nuit de tempête. »(2) Tous nos poètes, dont les vers sont gravés dans nos mémoires, ont exalté sa beauté, avec ses palais ornés de somptueuses décorations, ses maisons bourgeoises d'un luxe inouï, ses milliers de mosquées et de bains publics (mille cinq cents recensés en 993), ses merveilleux jardins qui les faisaient rêver et sa verte campagne : ils la qualifiaient de « paradis terrestre ».

À son apogée, sa population comptait 1,5 million d'âmes. On y parlait toutes les langues, on y coudoyait toutes les ethnies, toutes les confessions. Benjamin de Tudèle, qui visita la ville en 1171, y trouva quarante mille juifs qui possédaient dix écoles. Mais Bagdad, ce bel exemple de ce que peuvent produire liberté intellectuelle et métissage culturel, fut surtout un prodigieux creuset de civilisation. Lucien Leclerc écrit : « Le IXe siècle ne s'écoulera pas que les Arabes n'aient en leur possession toute la science de la Grèce, ne comptent parmi eux des savants de premier ordre [...] et ne montrent dès lors, pour la culture des sciences exactes, une aptitude que n'eurent pas leurs initiateurs, désormais dépassés. »(3) Et Marc Bergé, de son côté, note : « Les Arabes, par un travail de recherche persévérant et critique, allaient faire gagner quelques siècles au renouveau futur de l'Occident chrétien, et c'est à la splendide ville de Bagdad qu'échut l'honneur d'être le premier creuset d'une science renouvelée. »(4)

Frapper Bagdad, c'est frapper notre honneur et notre culture. C'est aussi poursuivre la politique du cynisme, de l'arrogance et de l'hégémonie. Bush père, c'est Scipion l'Africain ; Bush fils, c'est Scipion Emilien. Delenda est Carthago ou Delenda est Bagdado, même combat. Même visée aussi, à plus de deux millénaires de distance : instaurer la Pax romana ou la Pax americana. Comment ne pas saisir la continuité dans le projet et la similitude dans les procédés ?

1. Les Arabes, Marc Bergé, éd. Lidis, Paris, 1978, p. 98.

2. Encyclopédie de l’islam, I, 922.

3. Histoire de la médecine arabe, Paris, 1876, I, 92.

4. Op. cit., pp. 323-324.

(Source : L’intelligent N°2200 du 9 au 15 mars 2003)



Thursday, March 19, 2009

A l'impossible, chacun est tenu

A l'impossible, chacun est tenu

Par Badia Benjelloun
Je suis sûre de revenir à Gaza en passant par Rafah, qui est devenu le cœur vivant et palpitant de notre monde en proie à l’agonie de son système monétaire et financier et de ses modèles faussement démocratiques.C’est pourquoi je voudrais faire savoir que l’inattendu et l’impossible est toujours à portée de mains, voire de voix. Défier ce machin grotesque, hideux qu’est le pouvoir de Moubarak, générique des gouvernements néo-féodaux et sionistes de la région est un jeu non pas d’enfants mais d’une simple femme blessée de tant de souffrances et d’injustices.
Le soleil déjà vif et la chaleur pas encore acide me font regagner le trottoir ombragé de l’avenue Talaat El Harb et d’un pas qui se veut rapide je me dirige vers la place Al Tahrir où je dois changer ma date de retour à Paris pour la deuxième fois depuis mon arrivée au Caire si toutefois l’agence d’Egyptair est bien ouverte ce vendredi matin, jour férié en pays musulman.Je dois signifier sans cesse aux taxis en maraude que j’ai l’intention de faire mon trajet à pied.Je tenterai le passage à Rafah dès demain pour Gaza, même en l’absence du laissez-passer qu’aurait dû me délivrer la représentation diplomatique française comme promis par la cellule de crise du Quai d’Orsay avant mon départ. J’avais pourtant l’assurance, j’ai gardé précieusement par devers moi les courriels qui l’affirmaient, que tout serait fait pour faciliter mon projet d’aide à la mise en place d’une unité pour les nombreux Palestiniens amputés de la dernière agression israélienne sur Gaza. Combien sont-ils ? Deux cents, huit cents, mille ? Les nouvelles armes de l’armée US expérimentées en décembre 2008 et janvier 2009, les fameuses DIME ( Dense Inert Metal Explosive) ont montré leur capacité à sectionner presque chirurgicalement de segments de corps humains.Si l’on ne croit plus à l’impossible, pourquoi bouger le petit doigt, et puisque le convoi parti du Royaume Uni pour Gaza arrive en principe cette fin de semaine, je verrai au moins la fin de son périple devant la frontière réputée close. Le soir au terme d’un voyage de plus de 5 heures dans un bus qui transportait plus de voyageurs que de places assises ce qui a donné lieu à un ballet gracieux de jeunes gens qui cédaient leurs sièges à tour de rôle à des personnes âgées, j’arrive à Al Arish petite station balnéaire au bord de la Méditerranée, parcourue de vents chargés de sable. Quelques banderoles sont tendues dans les axes principaux de la ville distante de 40 km de Rafah, elles portent des inscriptions de message de solidarité avec Gaza témoignant du futur lieu de passage de la caravane de Galloway. Leur insincérité se mesure par le nombre camions de vivres et de matériels collectés par la société civile égyptienne parmi une population elle-même démunie qui se comptent par plusieurs dizaines et sont retenus depuis des semaines par le gouvernement égyptien dans des stades en vertu du blocus décidé par Israël et respecté conjointement par le ‘monde occidental’ et le premier représentant sioniste de la région, le gouvernement de Moubarak.Lorsque je rejoins le poste frontière de Rafah après les traditionnels arrêts au check points, pas moins de cinq, avec présentation de mon passeport français et de mon nom arabe, le groupe des Américains de Code Pink rencontrés l’avant-veille au Caire venait juste de le franchir. Ils avaient avec eux la mère de Rachel Corrie assassinée il y a juste 6 ans par un bulldozer conduit par un soldat israélien et le plus grand écrivain étasunien actuel, l’auteur afro-américaine Alice Walker. Ils étaient plus de 60 et se promettaient d’offrir aux Palestiniennes à l’occasion de la fête des mères des produits d’hygiène féminins et des colifichets qu’ils avaient enveloppés de papier crépon rose. Il est certain que mon intervention lors de leur conférence de presse donnée dans le salon de leur hôtel Arabesque a dû détonner dans cette humeur de charité et de bonnes intentions humanitaires. J’y avais rappelé que le Hamas catalogué de terroriste par le premier État terroriste de la planète l’était suffisamment peu pour qu’il soit négocié avec lui une trêve de 6 mois, laquelle trêve il a loyalement respecté jusqu’à un certain 4 novembre 2008. À cette date, le monde entier avait les yeux tournés vers les résultats des élections aux USA et l’armée israélienne à assassiné 6 Palestiniens à Gaza au cours d’un raid dont les Mass Media ne sont pas fait l’écho.Pour moi ce jour-là, pas de passage possible d’après les garde-frontières. Ils ne sont certainement pas de simples douaniers, si nombreux et obéissant à des supérieurs différents, appartenant vraisemblablement à des corps d’agences de renseignements différents.J’attends de nombreuses heures dans une atmosphère de Bagdad Café, ma valise à côté de moi, assise sur une chaise en plastique en plein milieu d’une chaussée interrompue par de très hautes grilles, avec de part et d’autre des véhicules de l’armée, une cafeteria signalée par une énorme enseigne Coca Cola posée sur la droite. J’essaie d’obtenir le responsable des relations internationales de l’ambassade, absent pour le week-end, car l’argument de la frontière fermée tombe en raison du nombre de personnes l’ayant franchie ce jour.Je ne savais pas encore que le gros des candidats au passage ne venait qu’après le déjeuner de midi.Le soir arrivent les camions de la caravane de Galloway à Al Arish, au compte-goutte tard vers 22 heures au moment où aucun rassemblement populaire ne peut plus les accueillir de plus il est samedi et c’est la fin du week-end, ils sont canalisés par des escortes de la gendarmerie et de l’armée vers un espace dédié au cirque ambulant. Je filme avec fébrilité et joie cet exploit réalisé par une centaine de volontaires britanniques au visage fatigué, hirsute mais heureux qui ont parcouru deux continents pour venir forcer le blocus colonialiste de Gaza.La tentative de médecins militants égyptiens d’insérer parmi les camions de la caravane quatre camions bloqués depuis des semaines qu’ils ont réussi à grimer en leur flanquant sur leurs côtés l’affiche Viva Palestina. À peine parcourus 200 mètres, la voiture de tête se fait arrêter par trois véhicules de la police sortis on ne sait d’où sirène hurlante et gyrophare en alerte. Après maints palabres, les camions rebroussent chemin et les camarades sont invités à se rendre au poste du commissariat central d’où ils ressortent plusieurs heures plus tard.La prétention affichée du gouvernement Moubarak de saluer la volonté de reconstruire Gaza se trouve encore une fois infirmée par ce barrage et cette interdiction d’acheminer des denrées et des médicaments de première nécessité.Soit, demain sera peut-être le grand jour à Rafah.Nous partons dans un taxi collectif avec des Britanniques venus de Manchester rejoindre la caravane en fin de parcours. Ils ont regagné Le Caire le 3 mars par avion et ont convergé à Al Arish au signal des logisticiens du convoi. Toute la journée et une partie de la nuit, nous assistons à l’entrée des camions envoyés libyens et seulement eux. Nous apprendrons par la suite qu’ils sont déchargés aussitôt le premier contrôle passé et qu’ils ne pénétreront pas le territoire palestinien.Comment dépeindre cette attente forcée de centaines de personnes à ce poste frontière où palpite le cœur du monde ?Ces va et vient vers la cafétéria point de convergence obligatoire qui meuble de thés, cafés notre patience armée de discussions passionnées avec des personnages passionnants venus de tous horizons. Une Norvégienne en quête de spiritualité, un Japonais internationaliste, des Pakistanais britannisés, des Italiens, une Allemande palestinienne aux yeux bleu pervenche au passeport estampillé par l’Autorité Palestinienne et des Palestiniens de Gaza en nombre inquiets et interdits pour l’instant de retour chez eux angoissés et impuissants à exprimer leur révolte de voir des étrangers passer, ceux de la charité inutile par exemple. Et plus que tout le cadeau qui me fut fait de rencontrer un Égyptien venu proposer des plans de reconstruction des écoles et des universités détruites, un mélange heureux de la courtoisie exquise moyen-orientale, d’une imprégnation islamique profondément rassérénant et d’un flegme tout britannique. Les plans s’organisent autour de deux soucoupes volantes qui ont l’allure de tentes caïdales reliées par des rayonnements de lignes habilement réparties entre elles et en périphérie, des petites unités en forme de huttes ou d’igloos figurent les bâtiments de cités universitaires.Je bois nationaliste et boycott, invitant les autres à le faire thé arabe et café arabe évitant les compris les eaux minérales et autres sodas portant le logo Pepsi, Coca ou Nestlé, ces grandes frmes sionistes ayant mis la main depuis longtemps sur les ressources en eau de source de tous les pays de ce côté de la Méditerranée. La patente pour cet établissement de vente au détail de produits sionistes est accordée moyennant le droit d’être racketté tous les soirs par membres des corps de police qui jouent aux potentats locaux, c’est odieux et affreusement petit et miséreux. Chris me donne les contacts de jeunes Français venus porter leur collecte de médicaments, des dizaines de mètres-cube patiemment collectés sur toute la France et triés minutieusement, bloqués comme par un hasard extrême au port d’Alexandrie depuis trois semaines.Excédé de l’inertie de l’ambassade de France qui ne délivre aucune note verbale en faveur des ressortissants français depuis début février, il a décidé de repartir en France le soir même. Nous nous promettons d’engager une procédure, laquelle ?, contre la diplomatie française qui fait tout pour nous empêcher d’effectuer nos missions en devançant le refus de l’appendice sioniste égyptien.Le soir nous reconduit tardivement de nouveau Al Arish.Nous reviendrons pour le lendemain car Galloway n’est resté qu’un bref moment à Gaza. Il en est ressorti très en colère du passage ce qui augure de difficiles négociations avec les autorités responsables du blocus, il va escorter le restant de la caravane c’est-à-dire l’essentiel venu du Royaume Uni.Depuis mon arrivée sur le sol égyptien, je ne dors pas dans la même chambre d’hôtel puisque chaque jour, j’espère regagner Gaza avec mon balluchon, au bout de presque deux semaines l’épreuve ne me fatigue pas puisque demain, je vais vaincre toutes les résistances et les passivités complices pour me rendre compte d’un besoin urgent à pourvoir pour les Palestiniens, chaises roulantes et prothèses pour les mutilés. Le taxi collectif n’est presque pas interrompu ce jour aux postes de contrôle traditionnels vers Rafah mais des brigades mobiles, moustaches et Rayban de rigueur, nous demandent nos passeports. Il est obligé d’aller loin devant le convoi Galloway, la police ne nous ayant pas permis de nous immiscer parmi les camions qui commencent à quitter à doses perlées le terre-plein du cirque. Les stations d’essence le long du trajet elles-mêmes sont fermées pour des raisons de sécurité, nous dit-on. Toute cette mise en scène est faite pour dramatiser la tentative de passage de cent camionnettes qui a tout du symbolique car il en faudrait 10 de plus chaque jour pour ravitailler Gaza l’exsangue.Au menu du soir, repas chaleureux et discussions animées dans le plus grand restaurant de la ville réquisitionné pour servir houmous, grillades et quelques falafels incongrus à ma demande exprès à l’équipée devenue très fournie depuis le matin venue de Manchester, Respect. En réalité, toute la journée du lendemain va être réservée au passage des véhicules et personnes qui ont apposés sur leurs documents de voyage les tampons qui attestent de leur passage au Maroc, en Algérie en Tunisie et en Libye. Vers 22 heures, les Cerbères préposés aux portes métalliques annoncent que les candidats piétons peuvent soumettre leurs passeports à leur examen.La sélection se fera sur la nationalité, seuls les Britanniques seront retenus et la date d’arrivée en Égypte, après le 3 mars, de façon pas si arbitraire que cela car cela correspond aux dates d’entrée des militants de Respect venus rejoindre Galloway. Je suis exclue.Et pas moi seulement.Vers 23 heures quand nous sont remis les passeports des laissés hors Gaza, un hurlement à peine humain déchire l’air rafraîchi de cette nuit déjà avancée et poisseuse de nos larmes que nul ne songe à dissimuler.C’est l’une des trois malades palestiniennes, celle âgée de 35 ans environ qui revient d’une cure de chimiothérapie pour son cancer et s’efforce de retourner chez elle depuis plusieurs jours qui n’a plus les moyens de se payer l’hôtel à Al Arish et le luxe de piétiner, fatiguée, devant les portes de sa maison.Cette douleur, ce cri d’une bête blessée qui appelle les vivants et les morts, nous émeut et nous oppresse, nous les résiduels, plusieurs dizaines de personnes.Je la rejoins, la prend dans mes bras et interpelle à la cantonade dans le seul arabe que je pratique, l’arabe classique avec une force que je ne me soupçonnais pas :Y a-t-il un homme ici ?Où est-il seulement l’homme, où sont les hommes ?Y a-t-il un Arabe ici ?Ici, y a-t-il un Musulman ici ?À mon questionnement répété que d’aucuns eussent pu entendre depuis Al Arish surgi d’une colère accusatrice et d’un gosier serré de pleurs ne répondirent que les échos des sanglots en cascade d’Imane.Des caméras filment le moment. Et j’explique le cas de S., 18 ans avec une néphropathie cortico-dépendante qui venait de refaire un bilan à l’hôpital Nasr au Caire, celui de M. au neuvième mois de sa grossesse proche de son terme, avec une pathologie au genou qui lui interdit la position debout accompagnée de ses deux enfants qui souhaite accoucher parmi les siens et chez elle.Nous rentrons de nouveau à Al Arish et je change de nouveau de gîte, je m’éloigne du rivage pour un hôtel plus central que tous les internationaux fréquentent, le plus densément peuplé en agents de renseignements de tout bord, affichés ou non au point que cela en devient comique. J’explique à l’un de mes convives au cours d’un souper servi après la fermeture des cuisines la loi des rendements décroissants appliquée à la démographie excessive en forces de police dans un État. Après une certaine proportion d’indicateurs au sein d’une population, il faut les organiser en bandes rivales qui s’essoufflent à se battre entre elles. Nous rions de choses et d’autres, de la capacité des monarchies arabes à compter jusqu’à vingt pour désigner les numéros d’ordres des différents rois, ma rappelant que j’avais vu un exemplaire de Paroles de Prévert traduit en arabe dans la bibliothèque du centre culturel français du Caire que j’ai beaucoup fréquentée en attendant mon sésame qui ne vint jamais.Le lendemain, la veille de mon jour du retour à Paris, à une heure plutôt matinale, je reçois enfin l’appel du diplomate du Caire que j’ai tenu informé du grand degré d’ouverture de la frontière avec la Palestine tout au long du processus Galloway. Il me demande les références de mon passeport et m’assure qu’il défendra ma ‘cause’ devant ses supérieurs à Paris pour m’octroyer la note verbale censée amadouer les cerbères.Je tente de réveiller mes compagnons, Y. venu en Égypte sans passeport avec une simple carte d’identité et le Dr F. au passeport saoudien. Nous repartons chacun avec ses impedimenta dans un taxi, toujours presque le même, bringue ballant, bruyant et d’une vétusté peu rassurante pour le poste frontière.Les candidats sont plutôt clairsemés, mais on croit comprendre que ce jour sera celui des Palestiniens, mais pas ceux ayant gagné l’Égypte les 27, 28 et 29 février. Pour ceux-là l’arbitraire a décrété un Non si arbitraire qu’il en est indiscutable, or la frêle S. avec son visage empourpré par l’imprégnation cortisonnée est concernée par cette date.Puis on nous fait savoir que les malades doivent en priorité présenter leurs documents. Évidemment, un peu de bonheur nous gagne.Les lourdes portes s’entrouvrent, S. fait partie de ceux qui la franchissent.Nous sommes maintenant quatre français à téléphoner au Caire, mon correspondant du matin est injoignable.Il me demande vers 7 heures le numéro d’un fax où je pourrais recevoir l’aval de la représentation qui indique qu’en cas de problème survenant pendant mon séjour à Gaza, elle se dégage de toute responsabilité. À ce propos je me suis demandé avec quel type de documents des autorités françaises le soldat franco-israélien maintenant prisonnier de guerre est allé tuer du Palestinien à Gaza.Ce que je redoutais le plus ces derniers jours est arrivé. Même en retournant à Al Arish, récupérer la télécopie à l’hôtel, je ne dispose pas de temps suffisant pour revenir à Rafah, rendre visite aux quelques personnes que je devais voir et ressortir à temps pour rejoindre Le Caire et prendre mon avion le lendemain matin.Je n’ai plus les moyens de reculer mon départ.Pendant les quatre heures à bord (mot norrois) de l’Airbus vers Roissy, j’ai eu le temps de méditer sur la puissance de l’empire fatimide du XIème siècle. Ce sont des shiites émigrés en Afrique du Nord qui ont fondé la ville du Caire avec l’aide de tribus kabyles. La magnificence et le prestige des savants du califat contraste avec une France fractionnée, soumise aux attaques des vikings jusqu’à l’émergence d’une entité normande et d’où l’écrit avait disparu.Je suis sûre de revenir à Gaza en passant par Rafah, qui est devenu le cœur vivant et palpitant de notre monde en proie à l’agonie de son système monétaire et financier et de ses modèles faussement démocratiques.Ce qui ne se voit point, c’est comme s’il n’était point*C’est pourquoi je voudrais faire savoir que l’inattendu et l’impossible est toujours à portée de mains, voire de voix. Défier ce machin grotesque, hideux qu’est le pouvoir de Moubarak, générique des gouvernements néo-féodaux et sionistes de la région est un jeu non pas d’enfants mais d’une simple femme blessée de tant de souffrances et d’injustices.Allez-y, vous y gagnerez en humanité, c’est tout ce que je vous souhaite.* Baltazar Gracian

http://www.ism-france.org/news/article.php?id=11477&type=temoignage&lesujet=Blocus/

Wednesday, March 18, 2009

Sabra et Chatila (Mahmoud Darwich)



Sabra
Une fillette dormant
Et les hommes partis
Aux lointains
….....
Et Beyrouth proposa
Son obéissance
Elle est devenue
Capitale
Une longue nuit
Guette les rêves
Dans Sabra
Et Sabra dort
Sabra
Les restes d’une main
Sur un corps d’une victime
Avait fait ses adieux
A ses braves combattants
Et à son temps
Sabra
De par ce sommeil de souffrances
De par les arabes
Qui lui ont tourné le dos
S’était rendue........
Sabra chante
Sa moitié perdue
Entre la mer
Et la dernière bataille
Pourquoi avez-vous abandonné
Vos femmes dans les entrailles
D’une nuit d’acier ?
……
Sabra couvre sa poitrine toute nue
D’une chanson d’adieu
Puis compte ses deux mains
Et se trompe :
Elle ne trouve plus les bras
Pour combien de fois
Vous partirez ?
Et jusqu’à quand ?
Et en quête de quel rêve ?
Et si vous reviendrez un jour
Pour quel asile vous reviendrez ?
Sabra
Déchire sa poitrine nue
Combien de fois s'épanouira la fleur ?
Combien de fois
Partira la révolution ?
Sabra a peur
Elle a peur de cette nuit
Elle prend dans ses bras
Le sien
Elle le caresse de ses yeux
Et le soulage par ses larmes
Ils sont partis
Et n’ont rien dit
Au sujet du retour
……
Et l’âge fut des enfants
Fuyant un tendre baiser
Non je n’ai pas d’asile
Je revendique ma Patrie
Sabra dort
Et le poignard
Du fascisme se réveille
Sabra interpelle
Interpeller Qui
Toute cette nuit est à moi
Et cette nuit est de sel
Le fasciste écorche les corps
Alourdit sa nuit
Danse autour de son poignard
……
Et chante la victoire du Cèdre
Puis d’un calme parfait
Efface la chair sur l’os
Et étale les restes
Il poursuit sa danse
Et s’affole de joie
Sabra n’était plus un corps
Il la recompose
Selon ses désirs
Puis s’empare d’une bague
Encore accrochée à un doigt
……
Ainsi furent une mer
Une terre et un nuage
Un sang et une nuit
Un massacre
Ainsi fut Sabra
Sabra
La convergence de deux rues
Sur un corps
Sabra
La descente de l’âme
Dans une pierre
Sabra n’est personne
Elle est pour l’éternité
Notre identité


Mahmoud Darwich

Tuesday, March 17, 2009

Hommage à El-Tayeb Muhammad SALIH

Par Amadou Mahtar M’BOW

Avec la mort de El-Tayeb Muhammad SALIH, dans la nuit du 17 au 18 février 2009, le monde arabe et l’Afrique perdent un de leurs plus brillants intellectuels de la génération des indépendances, et la coopération intellectuelle et culturelle internationale un des ses fidèles serviteurs. La vie, l’œuvre et l’action de Tayeb SALIH se situent en effet en une époque cruciale de l’évolution du monde et de celle des pays africains et arabes auxquels il appartient.

De cette évolution témoignent son œuvre littéraire et son action professionnelle. A sa naissance son pays est dépendant, et lorsqu’il entame des études universitaires hors de celui-ci, ce pays est libre de toute domination extérieure comme suite logique des évènements qui ont marqué l’après deuxième guerre mondiale..

Quand celle-ci s’achève en 1945, Tayeb SAlIH a dix sept ans. Né dans la Nubie soudanaise, le 12 juillet 1928, dans des sociétés où on devient vite adulte, il doit choisir de retourner à la terre, étant issu du milieu rural ou décider de se forger un nouveau destin conforme à ses aspirations et à l’ambition qu’il nourrit pour son peuple. Il apparaît, en effet, pour beaucoup de jeunes de cette époque que l’accès à une culture moderne, tout en leur ouvrant des horizons nouveaux sur le plan personnel, leur permettrait d’assumer vis-à-vis de leurs peuples des responsabilités particulières sans qu’ils puissent en mesurer, bien souvent, la nature et la portée. Car tout était à faire.

Après ses études primaires et secondaires préliminaires, Tayeb SALIH, décide donc à dix sept ans d’etntrer à la WAdi Seidna Secondary Shool Sudan où il obtient en 1948 le « Cambridge School Certficate Grade I with London matriculation ». Il fait ensuite, de 1949 à 1951, des études de sciences à l’Université de Khartoum, puis une formation à l’Institut d’éducation de Bakht el-Ruda (1951-1952) où son admission laisse présager de son choix pour le métier d’enseignant. Il n’exercera ce métier que pendant peu de temps avant de poursuivre de nouvelles études en Angleterre de 1956 à 1959.

Un tel changement s’explique sans doute par le contexte politique nouveau. Cette phase essentielle de la vie de Taheb SALIH se déroule, en effet, en un moment où des sociétés comme la sienne, longtemps figées dans un certain immobilisme dû en particulier à la dépendance extérieure, s éveillent à une nouvelle conscience politique et cherchent à sortir du dénuement qui caractérise la vie de beaucoup de leurs membres.

Quant aux jeunes, beaucoup d’entre eux veulent sortir des impasses dans lesquelles les met des systèmes éducatifs jusque là orientés vers des formations de niveau peu élevé. C’est en Occident qu’ils tournent leurs regards afin de chercher à y acquérir des compétences qui les valorisent sur le plan social et leur donnent les moyens de mieux contribuer au progrès de leurs sociétés. L’Occident qui a longtemps exercé sa domination sur leurs pays et qui concentre le savoir moderne et la richesse, fascine plus d’un par ses progrès, sa puissance et le niveau de vie élevé de ses populations.

La guerre avait, en effet, changé les mentalités ; elle a ouvert des horizons nouveaux au rapprochement entre les différents peuples et fait naître en eux des aspirations nouvelles. La création du système des Nations unies dont la Charte proclame la libre détermination des peuples et qui se fixe comme un des ses objectifs le bien être commun de l’humanité soulève beaucoup d’espoir. Désormais les peuples, et en leur sein les plus jeunes, veulent s’affranchir de tout joug colonial, de toute dépendance. L’Egypte qui est alors intimement lié au Soudan, secoue la tutelle extérieure, fait sa révolution en 1952 et devient, en 1954, République sous Nasser dont les discours enflamment le monde arabe.

L’année, 1956, où le Soudan prend elle-même son indépendance, Taheb SALIH s’inscrit à l’Université de Londres où il est Diplômé en sciences politiques. On aurait pu penser qu’il s’orienterait vers la carrière diplomatique, mais ce sont la culture, l’écriture et la communication et l’information qui l’attirent comme si son sens inné de la liberté de dire et d’écrire ce qu’il pense l’emportait sur toute autre considération. Il a déjà publié en 1957 sa première nouvelle.

En 1960, il entame une carrière dans l’information et la communication en couvrant la session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York pour la BBC. Ce premier contact avec les délégations appartenant aux cultures les diverses, s’exprimant en toute liberté sur les sujets les plus controversés a dû sans doute enrichir son expérience de la diversité et aiguiser son penchant pour la communication, celle qui relie l’écrivain au lecteur et l’informateur au public par l’imprimé, la parole et l’image. Dès lors sa vocation pour ce domaine ne cessera de s’affirmer. Son ouverture d’esprit et ses dons de narrateur l’y préparent particulièrement.

C’est en 1966, l’année, où il publie l’œuvre qui fera sa renommée « Saison de la migration vers le Nord. » qu’il retourne au Soudan pour y occuper les fonctions de Conseiller en information et en radiodiffusion auprès du Ministère de l’Information. Il quitte ce poste deux ans plus tard pour vivre désormais hors de son pays sans cesser d’être habité par cette culture première, issue de vieilles traditions, qui enracine l’individu à jamais dans sa société d’origine même s’il est immergé dans une autre culture comme c’est le cas de nombreux intellectuels formés en Occident.

Cette dualité de cultures devient une source féconde d’enrichissement intellectuel pour ceux qui, comme Tayeb SALIH, ont su s’adapter à des styles de vie, des formes de pensée, des systèmes de valeurs parfois différents de ceux de leur milieu d’origine sans cesser d’être fidèles à eux-mêmes.

De 1968 à 1974, il revient à Londres où il est « Senior programme Assistant » au Service Arabe de la BBC où chargé de la planification et de la programmation des émissions culturelles, il dirige une importante équipe. Sa vie sera désormais consacrée entièrement à la communication, en Angleterre puis au Qatar, à Paris et encore à Qatar.

Car s’il écrit, c’est pour communiquer avec le monde, mais aussi pour communiquer avec les siens, pour rompre la solitude qui naît du vivre loin de chez soi. La nostalgie de la terre première, celle où on s’est éveillé à la conscience des êtres et des choses ne quitte jamais l’exilé à ses heures de solitude. Toute l’œuvre littéraire de Tayeb SALIH est ainsi imprégnée de sa double culture et des interrogations qui portent les rapports entre les deux mondes qui ont marqué sa sensibilité et façonné son esprit : le monde arabo-musulman africain et l’Occident.

Quand il quitte la BBC en 1974, c’est pour le Qatar où il assume jusqu’en 1981 les fonctions de Directeur général du Ministère de l’Information, qui avait également la charge de la Culture, du Tourisme et des Antiquités. Ayant la pleine responsabilité sur l’ensemble des services du département, il assure, sous l’autorité du Ministre, la planification et la définition des stratégies de l’information, et supervise et coordonne les Directions de la télévision, de la radio, de la presse, de la Culture, du Tourisme et des Antiquités du Ministère.

Pendant cette période, il enrichit encore son expérience internationale en participant à différentes conférences intergouvernementales soit aux côtés de son Ministre soit seul représentant du Qatar. C’est dans ces conditions que me fut donnée de rencontrer Tayeb Salih qui entra au service de l’Unesco le 10 octobre 1981 en qualité de Conseiller régional pour la communication sans les Etats arabes avec siège à Paris.

Ce choix s’explique par plusieurs raisons : sa formation et son expérience, ses liens intimes avec le monde arabe et sa culture, sa connaissance des problèmes de l’information et de la communication et enfin ses qualités humaines. Son parcours universitaire et ses différentes activités professionnelles témoignaient de son sens des responsabilités et de son aptitude à exercer des fonctions complexes qui requièrent une aptitude à travailler dans une organisation où il est appelé à collaborer avec des hommes et des femmes appartenant à les toutes les cultures du monde.

Et le monde de l’information et de la communication est en effet un monde complexe par la nature des domaines où elles s’exercent, des sensibilités qu’elles touchent, des intérêts qui y sont liés. Et cette complexité était plus grande encore au moment où Taheb SALIH entrait à l’Unesco. Les pays arabes comme ceux d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine prenaient de plus en plus conscience des enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels que représentaient l’information et la communication, largement dominées dans le monde par les pays industriels.

Le débat sur le nouvel ordre mondial de l’information et de la communication initié au sein de l’Unesco, montrait d’une part l’importance croissante de ce secteur dans la formation de la richesse des pays industriels, d’autre part des inégalités en matière de circulation des informations dans le monde. En effet, la plus grande partie des informations politiques économiques et sociales qui alimentaient les médias de la plupart des pays du monde provenaient essentiellement de grandes agences situées toutes dans le Nord.

Au déséquilibre quantitatif qui en résultait s’ajoutait un déséquilibre qualitatif non moins grave. En effet, les informations diffusées par les différents types des médias reflétaient généralement les problèmes, la vision, les intérêts et les préoccupations des pays du Nord où sont situées les grandes Agences de presse qui avaient pratiquement le monopole de leur collecte et de leur diffusion. Les signes de manipulation de l’information à des fins diverses étaient déjà manifestes. On constatait également que les industries culturelles du Nord déversaient leurs produits sur toute la planète provoquant un risque sérieux pour les cultures des autres pays du monde.

C’est pour contribuer à coopérer avec ses Etats membres en vue de redresser cette situation que Tayb SALIH fut nommé Conseiller régional pour la communication dans les Etats arabes. Il s’acquitta de cette tâche, dans la discrétion et avec tout le talent et l’efficacité qu’on lui connaît. En particulier, il participa activement à tout le travail préparatoire, ensuite au déroulement de la Première Conférence intergouvernementale sur les politiques de la communication dans les Etats arabes (ARABCOM), organisée par l’Unesco à Khartoum, au Soudan, en juillet 1987.

Les documents de travail à l’élaboration duquel il a activement pris part et le rapport issu de cette conférence témoignent de l’importance du travail accompli. Les conclusions et les recommandations de cette conférence après avoir procédé à un diagnostic précis de la situation dans l’ensemble du monde arabe, devaient influencer l’orientation des politiques et l’action dans ce domaine dans les dix huit Etats arabes qui avaient participé à la Conférence. .

Tayeb SALIH n’est pas étranger non plus à la mise en œuvre de ces politiques comme de toutes les activités relatives à la coopération dans les domaines de d’éducation, de la culture de la science et de la communication, puisque dès le 1er juillet 1987 je l’avais nommé au poste de Représentant de l’Unesco dans les pays du Golfe avec résidence à Qatar, poste où il donnait entièrement satisfaction. Auparavant le pèlerinage que nous avions fait ensemble à la Mecque en 1986, m’avait convaincu de sa sagesse et de son attachement aux valeurs spirituelles si prégnantes dans les pays où s’exerçaient ses responsabilités.

Si l’œuvre de Tayeb SALIH écrivain est relativement connue dans le monde arabe, son action au sein de l’Unesco et les services qu’il a rendus aux pays arabes et à la coopération culturelle et intellectuelle au sein de l’Unesco le sont moins. En rendant hommage à sa mémoire, je tiens à souligner aussi ses hautes qualités morales, son dévouement aux causes les plus justes, son sens de la fraternité, son respect pour autrui et son amour de la paix et de la justice.

DAKAR, le 10 mars 2009

Amadou Mahtar M’BOW , Directeur général de l’Unesco ( Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture) de 1974 à 1987.

http://www.aljazeera.net/NR/exeres/F90BB666-758A-49B1-B47E-16CBBF1F8975.htm/