Le premier vendredi du mois d’avril de chaque année est considéré comme le jour de l’orphelin arabe. En ce jour, on pense surtout aux orphelins de la bande de Gaza. Non seulement, ils endurent des souffrances propres à leur état, mais ils souffrent en plus de ce dur blocus, de la faim, de la peur… Leur nombre et leurs souffrances ne cessent d’augmenter, surtout pendant et après la guerre agressive israélienne menée contre Gaza. Cette guerre a laissé derrière elle des centaines et des centaines d’orphelins et d’enfants sans abri.
La portée catastrophique de la dernière guerre est toujours là. La guerre a tout détruit, a laissé des milliers de morts et de blessés. Des familles toutes entières ont perdu leurs chefs, ceux qui les nourrissaient. Des enfants ont perdu leurs pères. La blessure de Gaza est toujours ouverte et ne cesse de s’élargir.
L’organisation du Secours Islamique a fait les comptes ; la guerre a laissé 1346 orphelins. Il y a ceux qui ont perdu un père et il y a ceux qui ont perdu les deux parents à la fois.
Pour l’organisation, l’orphelin est celui qui n’a pas encore dix-huit ans et qui a perdu celui qui amène le pain à la maison, souvent le père.
Mohammed Abou Draz, directeur du bureau de Gaza du programme de la protection de l’enfance, dit que Gaza a actuellement environ 5200 orphelins. Son bureau avait reçu 500 demandes de protection. Mais elle n’a pu répondre qu’à 200 d’entre elles seulement.
Le gouvernement de Haniyeh et les orphelins
Ahmed Al-Kord, ministre des affaires sociales, confirme qu’Ismaël Haniyeh, premier ministre palestinien, est très concerné par la question des orphelins. Aussi grands soient les efforts pour l’orphelin, il ne pourra remédier à leurs blessures, souligne-t-il.
Al-Kord affirme que la guerre a ajouté 1500 nouveaux orphelins à la liste des vingt mille orphelins de la bande de Gaza.
Le ministre a appelé les institutions et les pays donateurs à augmenter leur soutien à ces orphelins, surtout dans cet état catastrophique qui a suivi la guerre. Il a cependant salué la bravoure des enfants de Gaza lors de la guerre. L’ennemi israélien a voulu entamer leur moral, en vain.
Rien ne remplace nos pères
La fillette Taqi Akram Abpou Zariba, 12 ans, a perdu en plus de son père deux frères. Elle dit à l’envoyé de notre Centre Palestinien d’Information (CPI) : « Je suis consciente que papa est parti au paradis et qu’il ne reviendra jamais. Je sais que je resterai toute ma vie privée de sa tendresse ».
Elle ajoute, les larmes aux yeux : « Moi, je le sais et j’en suis bien triste. Mais que dois-je faire pour mes petits frères Rowa et Majd ? Ils n’en savent rien encore ».
« Qu’avons-nous fait pour que nous méritions tout cela, pour que nous soyons privés de papa qui nous fournissait tout ce dont nous avions besoin, qui ne nous privait de rien ? ». Elle n’arrive toujours pas à en concevoir la raison.
Mahmoud Abdou Al-Aal, 13 ans, a perdu son père. Avec un ton ironique, il dit à l’envoyé de notre Centre Palestinien d’Information (CPI) qu’on parle des orphelins un seul jour par an, pour les oublier tout le restant de l’année.
« Rien au monde ne pourra remplacer la tendresse de mon père », dit-il enfin.
Immense clinique psychiatrique
Des psychologues internationaux, arabes et palestiniens considèrent la bande de Gaza comme une immense clinique psychiatrique, avec tous ces interminables problèmes.
Dans une déclaration faite au Centre Palestinien d’Information (CPI), la psychiatre Raya Al-Bittar souligne qu’il ne faut pas ignorer les orphelins. Ils vivent de grandes pressions psychologiques, après la perte de leurs parents. Ils vivent de façon permanente le manque, la peur, l’inquiétude, l'angoisse…
Enfin, elle lance un appel à un grand soutien au programme psychologique consacré aux enfants. Laisser les enfants à leur sort a des portées dangereuses, dit la spécialiste.
Selon le journal américain Newsweek, un soldat américain s’est converti à l’islam au contact d’un prisonnier au camp de Guantanamo. Le soldat était en service depuis six mois, la nuit où il entama une conversation avec le prisonnier 590, un marocain surnommé « le général », qui changea entièrement sa vie. Cela s’était passé au début de l’année 2004, de service du soldat Hold Brooks dans la compagnie de police militaire 463 affectée au camp de Guantanamo.
Jusqu’à cette date, comme le raconte l’hebdomadaire Newsweek dans son édition datée du 30 mars, ce garçon timide venu de Phoenix (Arizona) vaquait normalement à ses occupations quotidiennes, faites essentiellement de tours de garde, d’accompagnement des prisonniers aux interrogatoires et de va et vient devant les cellules des prisonniers pour les surveiller et les empêcher de communiquer entre eux par des bouts de papier. Mais les tours de garde après minuit sont durs à supporter. « Il n’y a rien de mieux à faire en pareil cas pour passer le temps que d’essuyer le parterre, ou de s’asseoir pour observer et parler aux détenus à travers les portes grillagéesraconte-t-il au journal ».
A force de côtoyer les détenus, et de discuter notamment avec le « général » qui s’appelle en fait Ahmed Errachidi, il a fini par se poser plein de questions sur les raisons de leur présence ici, les méthodes d’interrogatoire utilisées pour les faire parler, leurs conditions de détention et aussi sur sa propre condition et sa propre vie. Il se mit alors à acheter des livres sur la langue arabe et l’islam, jusqu’à ce qu’au grand saut de cette nuit-là. Holdbrooks passa son crayon et un bout de papier à Errachidi à travers le grillage de la cellule et lui demanda de lui transcrire les paroles de la Chahada en Anglais qu’il prononçaà haute voix. Le jeune soldat de la 463e Compagnie de la police militaire américaine s’est converti à l’islam, sur le sol même de la base de Guantánamo, à Cuba, où l’administration Bush fait interner depuis 2002 les «ennemis combattants» de l’Amérique, soit les membres présumés ou non d’Al-Qaida et de ses affiliés qu’elle a réussi à capturer de par le monde.
Et le journal d’ajouter : « quand les historiens revisitent Guantanamo, ils se rendront compte que les prisonniers ont subi des traitements avilissants et que les règles de droit ont été ignorées. Holdbrooks qui a fini son service dans l’armée en 2005 en a gardé sûrement quelque chose. Il a déclaré à plusieurs reprises récemment, en même temps qu’un autre gardien, que des actes avilissants et même sadiques ont été commis sur les prisonniers par des soldats, de bons spécialistes et des instructeurs qui voulaient se venger de l’attaque du 11 septembre.
Le voile du secret qui commence à se dissiper lentement sur Guantanamo a révélé aussi que des contacts, des échanges se faisaient entre les prisonniers et leurs geôliers sur des problèmes politiques, de religion et même de musique. D’un côté comme de l’autre, il y avaitune certaine curiosité et même une certaine compassion réciproque. Dans une lettre électronique qu’il a fait parvenir du Maroc, Errachidi qui a passé cinq ans à Guantanamo et a été libéré en 2007, déclare « les prisonniers discutaient souvent avec ceux de leurs gardiens qui leur manifestaient un certain respect. Nous discutions de tout, des choses anodines et de ce qui nous était en commun ».
Mais le cas de Brooks et le niveau de compassion qu’il manifesta à l’autre était plutôt exceptionnel. Il était le seul gardien à avoir embrassé l’islam au camp de Guantanamo, quoique d’autres ont manifesté un certain intérêt. Mon expérience met à défaut certaines études académiques prouvant que gardiens et détenus dans les prisons normales échangent une certaine hostilité. Mais le jeune gardien américain a une nature qui cultive la différence et même un penchant vers la théorie du complot. Ainsi, quand sa compagnie a visité le site de l’attaque du 11 septembre, Brooks s’était dit qu’il y avait peut-être une autre explication à ce qui s’est passé et que « l’administration Bush avait sûrement participé d’une manière ou d’une autre à ce complot »..
Mais ses doutes sur le camp de Guantanamo et notamment que les prisonniers n’étaient pas comme on les présentait « les pires des pires » étaient très tôt partagés par nombre de ses collègues, 2002, au moins. Certains gardiens en parlaient ouvertement. Le soldat Brandon Nilly qui était à Guantanamo lors de l’arrivée des premiers prisonniers a déclaré à Newsweek « qu’il n’était plus très enthousiaste pour sa mission et que certains gardiens se demandaient pourquoi l’on traitait si mal ces prisonniers et même si ces derniers étaient effectivement des terroristes ».
Nilly se souvient avoir eu de longs entretiens avec le prisonnier Rouhal Ahmed qui avait une grande admiration pour le chanteur Eminime et la personnalité de James Bond et chantait souvent du Rapp ou d’autres chansons des prisonniers. Un autre ancien gardien, Christopher Arendt, a fait l’année dernière des tournées de conférences avec d’anciens prisonniers en Europe pour dénoncer le camp de Guantanamo.
Holdbrooks raconte qu’il a eu une jeunesse difficile à Phénix, ses parents étaient alcooliques et drogués et lui-même était très porté sur l’alccol avant de rejoindre l’armée. C’est ce qui explique peut-être qu’il était un peu contre tout. ..
Holdbrooks raconte qu’il s’est engagé dans l’armée pour éviter de devenir comme ses parents et pour vivre une vie normale. A son retour du service militaire, il se fiança avec une jeune fille qu’il connut une semaine auparavant et il l’épousa au bout de trois mois, tant il était obnubilé par la stabilité. N’ayant pas eu une formation religieuse auparavant, il fut subjugué par l’attachement des prisonniers de Guantanamo à leur religion. Il raconte que de nombreux américains se sont détachés de Dieu, alors que les prisonniers s’entêtaient à faire leurs prières jusques dans ce camp.
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Le jeune gardien était aussi admiratif de la grande débrouillardise des prisonniers. Il remarqua que certains d’entre eux effilochaient leurs tenues ou leurs tapis de prière pour en détacher les fils qu’ils disposent entre les cellules pour leur servir de conducteur à leurs lettres écrites sur des bouts de papier. Une autre fois son attention a été attirée par le cas d’un prisonnier atteint de gale. Pour se soigner, ce dernier étalait le beurre de cacao sur le bord de la fenêtre pour le chauffer au soleil. C’est ainsi qu’il arrive à obtenir l’huile dont il s’induit le corps.
La détention de Errachidi a paru très vitre suspecte à Brooks. Le marocain était cuisinier en Grande Bretagne durant dix huit ans. Il parlait un Anglais châtié et racontait à son gardien qu’il était en voyage d’affaires au Pakistan vers la fin de 2001 pour pouvoir payer les frais d’une opération chirurgicale de son fils. Quand il traversa la frontière Afghane il fut fait prisonnier par la coalition du nord et vendu aux américains pour 5 000 $. A Guantanamo, Errachidi a été accusé d’avoir rejoint un camp d’entraînement d’Al Quaida. Heureusement que le journal London Times a fait une enquête en 2007 qui avait conduit à corroborer la thèsed’Errachidi ce qui a conduit à sa libération.
Errachidi n’était pas un prisonnier docile. Dans un message électronique au journal News Week, il écrit : « j’étais toujours confronté aux gardiens parce que je parlais l’Anglais ». Et d’ajouter « un colonel américain le surnomma le Général et l’a prévenu que les généraux subissent les conséquences de leur peu de coopération ». Sa résistance lui avait valu 23 jours de mauvais traitements : il était privé de sommeil, exposé à des températures très basses et attaché dans des positions douloureuses ».Errachidi d’ajouter : « je savais pertinemment que les gardiens commettaient des actes illégaux et c’est pour cela que je n’étais pas prêt à me taire ». Note : le porte parole du Pentagone, le commandant de marine Jeffrey Gordon a déclaré en réponse à ces accusations : que les prisonniers ont prétendu avoir subi des mauvais traitements, ce sont des allégations démenties par la réalité.
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Sur les cinq années de prison auxquelles il a été condamné, le marocain a passé quatre années en silo où les détenus sont privés des moyens de confort, tels que « le papier, les chapelets, de la bibliothèque et de la promenade. Errachidi dit ne pas se souvenir exactement de la nuit où Brooks s’est converti à l’Islam, mais qu’au cours des années de détention, il avait discuté avec les gardiens de problèmes religieux. Je leur parlais de Aissa, Jésus, Isaac, Abraham, des sacrifices. Il dit avoir prévenu Brooks que sa conversion à l’Islam constituerait une grande affaire à Guantanamo. Obrooks avait parlé de sa conversion à deux de ses amis de chambre et à personne d’autre.
D’autres ont en entendu parlé et remarqué des changements dans son comportement, notamment le fait qu’il s’est mis à étudier l’arabe Ils ont fini par lui donner le nom de Mustafa. Brooks, alias Mustafa, a enrichi sa bibliothèque arabe, acquis une encyclopédie de l’Islam et même un guide de l’Islam pour les nuls (The Complete Idiot''s Guide to Understanding Islam).
Un soir, raconte Holdbrooks à Newsweek, son chef de section le «coince» avec cinq autres gardes derrière le cantonnement et lui demande de quel côté il se situe, «s’il est un traître» et s’il n’avait pas changé de camp et rejoint les terroristes. A un certain moment le cheffaillit même lui lancer un coup de poing à la figure.
Le jeune soldat passa les derniers mois de son service coupé de ses camarades. Il sera rapatrié à Fort Leonard Wood quelques mois plus tard et quittera l’armée en 2005, deux ans avant le terme prévu. Sans commentaire de l’état-major. Quant à Errachidi, il sera innocenté et relâché en 2007.
Il y a eu à Guantanamo un autre soldat qui a eu une expérience différente. Il s’agit du capitaine James J. Yee, également connu sous le nom de Youssef Yee depuis sa conversion en 1991 à l'islam. Il était aumônier musulman de l'armée américaine avec pour mission de confesser les prisonniers talibans et les membres d'Al-Qaida et de mener la prière du vendredi sur la base de Guantanamo à Cuba. Il a été soupçonné d'espionnage, arrêté le 10 septembre sur la base aérienne de Jacksonville (Floride) en possession de documents secrets. Il a été plus tard innocenté.
Holdbrooks a repris contact avec Errachidi qui lui a confié avoir des difficultés à s’habituer à sa liberté reconquise et qu’il essaie de réapprendre à marcher normalement, les pieds libres de toute attache et de dormir dans le noir après avoir passé des années à dormir sous un faisceau de lumière. Il signe ses lettres à Newsweek de son matricule à Guantanamo, Ahmed 590. ".
Le président soudanais Omar al Bachir a ravi la vedette à ses pairs arabes, en participant au sommet arabe de Doha, fin mars, infligeant du même coup un camouflet aux occidentaux, bravant ainsi tant Israël, qui a lancé en janvier un raid d’intimidation meurtrier contre le Soudan, que la justice internationale dont la sélectivité dans le choix de ses justiciables fait craindre une instrumentalisation de cette juridiction à des fins politiques au service des desseins du camp occidental.
Sauf infléchissement ultérieur, un tel tri sélectif opéré en Mars 2009 - Rafic Hariri/Liban (1er mars) et Omar al-Bachir /Soudan (4 mars) - à l’exclusion de tout autre cas similaire, pourrait dénaturer la posture morale dont elle ambitionnait de se draper en une imposture, la négation même de la notion de justice.
Le ciblage du monde arabo africain, à l’exclusion de toute autre sphère géopolitique, à la notable exception de l’ex Yougoslavie et du Cambodge, séquelles du bloc communiste (1), paraît ressortir d’un projet visant à maintenir sous pression la zone privilégiée d’expansion de la Chine et de la Russie, sur la flanc méridional du camp occidental, en désignant à la vindicte publique leurs traditionnels alliés régionaux, la Syrie, l’Iran et le Soudan.
Plaide en faveur de cette thèse, le choix discriminatoire de traduire devant la justice internationale les assassins de Rafic Hariri et pas ceux de Benazir Bhutto, l’un et l’autre, pourtant, deux anciens premiers ministres musulmans pro-occidentaux, éliminés à deux ans d’intervalles, le libanais en 2005, la pakistanaise, en 2007….. de poursuivre le soudanais Omar El Bachir et non le tchadien Idris Deby au bilan sanguinairement comparable, voire même le libyen Mouammar Kadhafi, suspecté de l’élimination du chef spirituel de la communauté chiite libanaise l’Imam Moussa Sadr.
1- Le Darfour, un contre feu médiatique à Gaza-Palestine
Plaide également en faveur de cet argument le fait de privilégier le Darfour et non l’enclave palestinienne de Gaza, un cas de figure en tout point transposable à la province sécessionniste du sud Soudan. Le Darfour, il est vrai, fait office de contre feu médiatique au prurit belligène d’Israël contre le Liban et la Palestine. Une conférence sur le Darfour avait d’ailleurs été convoquée, en hâte, en juillet 20O6, à Paris, par l’écrivain Bernard Henry Lévy et Jacky Mamou, ancien dirigeant de « Médecins sans frontières », trois jours après le déclenchement de la guerre de destruction israélienne contre le Liban dans une tentative de détournement de l’opinion publique européenne sur les agissements israéliens à Beyrouth.
Contrairement à Gaza, sous blocus israélien depuis quatre ans, le Darfour bénéficie de ce fait d’une sur médiatisation sans rapport avec la réalité du drame humain qui s’y joue en raison vraisemblablement de sa conformité avec la stratégie de balkanisation de l’Afrique et du Moyen Orient et des liens de proximité entre Israël et M. Abdel Wahed Nur, chef de la Sudan Liberation Army (SLA), un proche de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères (2).
Parangon du droit d’ingérence humanitaire, le tandem Kouchner Lévy a toujours prôné les interventions au Kurdistan, en Tchétchénie au Darfour, mais jamais en Palestine, particulièrement à Gaza où aucune aide gouvernementale française, humanitaire, médicale voire même alimentaire, n’y a été dépêchée après sa destruction par Israël, en janvier 2009, illustration caricaturale de l’instrumentalisation du Droit et de la Justice au service des visées hégémoniques du camp occidental.
Les chefs d’accusations retenus contre Omar Al Bachir, premier président en exercice à être poursuivi par la justice pénale internationale, sont d’ailleurs applicables point par point aux dirigeants israéliens particulièrement les crimes de guerre, le déplacement des populations, les assassinats extrajudiciaires, ainsi que l’usage prohibé de mines anti-personnels et d’armes chimiques, des bombes au phosphore blanc, aux projectiles DIME (dense inert metal explosive). Les témoignages des militaires israéliens de l’académie Itzhak Rabin viennent en confirmation des accusations lancées sur ce sujet par les organisations non gouvernementales et des observateurs occidentaux sur place à Gaza (3).
La « lutte contre le terrorisme » n’autorise pas tous les abus. Elle n’autorise pas non plus l’usage de procédés terroristes à l’égard de la population civile, ni l’élimination des témoins gênants des propres turpitudes de leurs auteurs, notamment les installations de l’ONU, comme ce fut répétitivement le cas à Cana, au sud Liban, en 2004, et à Gaza, en 2009.
2- La France, une suspicion légitime
La justice pénale internationale, dont l’avènement avait été salué comme annonciateur d’une ère nouvelle est ainsi, d’emblée, obérée par sa sélectivité et ses immunités, en un mot par sa partialité. Les Etats-Unis, un des tortionnaires majeurs de l’époque contemporaine, le maître d’œuvre des tortures de la base américaine de Guantanamo (Cuba), de Bagram (Afghanistan) et d’Abou Ghraib (Irak), de même qu’Israël, considéré par une fraction importante de l’opinion publique mondiale comme « l’Etat voyou N°1 » de la scène internationale, n’ont pas souscrit au traité fondateur de la Cour pénale internationale.
Ils disposent de ce fait d’un privilège de juridiction qui leur confère une sorte d’immunité impériale les plaçant à l’abri des poursuites, héritage de l’ancien « régime des capitulations » de l’empire ottoman.
Il en est de même des autres pays du champ occidental, notamment la France, qui compte à son actif l’élimination des principaux opposants du tiers monde hostiles à son hégémonie, Félix Mounier (Cameroun-1958), Mehdi Ben Barka (Maroc 1965), de même que les chefs de file du mouvement indépendantiste Kanak Jean Marie Tjibaou et Yéwéné Yéwéné, tous deux assassinés en 1989 en Nouvelle Calédonie sur un territoire dont la France a la charge de sa sécurité, ou enfin le chef de l’opposition tchadienne Ibn Omar Mahmat Saleh (2008), le « tchadien disparu qui embarrasse la France », arrêté à la suite d’informations émanant des services d’écoute de l’armée française (4).
Une « suspicion légitime » frappe d’ailleurs la France tant en ce qui concerne le Darfour que le Liban, en raison de son rôle présumé dans l’élimination de l’opposant tchadien et de son activisme à « internationaliser » l’assassinat de Rafic Hariri, un crime relevant en principe du droit pénal libanais, que le président français de l’époque, Jacques Chirac, un obligé notoire de l’ancien premier ministre libanais dont il est le pensionnaire posthume, s’est appliqué à porter devant la justice pénale internationale. La reconnaissance du ventre ne saurait donner lieu à des excès, ni manipuler de faux témoins, tel Zouheir Siddiq, pour accuser à tort de présumés coupables pour les besoins de sa propre cause.
Rafic Hariri n’est pas l’unique « martyr » du Liban, qui compte une quarantaine de personnalités de premier plan assassinée, dont deux présidents de la République assassinés (Bachir Gemayel et René Mouawad), trois anciens premiers ministres (Riad el-Solh, Rachid Karamé et Hariri), un chef d’état major (le Général François el-Hajj), le chef spirituel de la communauté chiite l’Imam Moussa Sadr et le Mufti sunnite de la république Cheikh Hassan Khaled, deux dirigeants du parti communiste libanais Rizckallah Hélou et Georges Hawi, le chef du Parti socialiste progressiste, le druze Kamal Joumblatt, les députés Maarouf Saad, Tony Frangieh et Pierre Gemayel, l’ancien chef milicien chrétien Elie Hobeika, ainsi que des journalistes Toufic Metni, Kamel Mroueh, Riad Taha, Salim Laouzi, Samir Kassir et Gibrane Tuéni.
Le tribunal spécial sur le Liban, institué par un accord conclu entre le Liban et les Nations Unies, le 5 juin 2005, confère des privilèges exorbitants à la commission d’enquête de l’ONU en ce qu’elle permet à cette instance d’exercer une tutelle de fait sur les autorités locales libanaises, en l’habilitant à enquêter sur un fait qui ne constitue pas un « crime international » juridiquement parlant (5).
Mais le fait de privilégier le cas du chef du clan saoudo américain au Moyen orient, au détriment d’autres personnalités éminentes de la scène internationale (Benazir Bhutto Pakistan 2007, Salvador Allende Chili 1973, Patrice Lumumba Congo Kinshasa 1961), au détriment des dizaines de personnalités libanaises , au détriment des milliers des victimes civiles de la guerre libanaise, au détriment des dizaines de dirigeants palestiniens et des milliers de civils palestiniens tués par les Israéliens, donne à penser que les ides de Mars ont voulu sonner le branle bas des grandes manoeuvres diplomatiques américaines régionales en vue d’insuffler une bouffée d’oxygène à la coalition occidentale libanaise en mauvaise posture dans la compétition électorale, à trois mois des élections législatives libanaises prévues en juin 2009, en plaçant sur la défensive les principaux contestataires de l’ordre hégémonique américain dans la zone, la Syrie, via le procès Hariri, et l’Iran, via le dossier nucléaire, de même que le Soudan au prétexte du Darfour.
Via l’Iran, le Soudan et l’Arabie saoudite, la Chine vise à sécuriser son ravitaillement énergétique de l’ordre de dix millions de barils/jour en 2010, en vue de soutenir sa croissance et de réussir l’enjeu majeur de sa diplomatie attractive, le développement sud sud. Mais la croissance exponentielle de ses besoins pourrait exacerber la tension sur les cours du brut et les marchés pétroliers fragilisant davantage les économies occidentales déjà déstabilisées par l’effondrement du système bancaire. Le commerce bilatéral Chine Afrique a été multiplié par 50 entre 1980 et 2005, quintuplant entre 2000 et 2006 (6).
Avec 1.995 milliards de dollars de réserve de change, une main d’œuvre bon marché exportable, une absence de passif colonial, la Chine, qui a déjà supplanté la France en Afrique, se pose en puissance mondiale. Premier détenteur de bons de trésor américain, de l’ordre de 727 milliards de dollars, devant le Japon (626 milliards de dollars), la Chine y a déjà adopté le ton, invitant, le 13 mars, les Etats-Unis à « honorer ses engagements, à se comporter en une nation en qui on peut avoir confiance et à garantir la sécurité des liquidités chinoises », dans une admonestation jamais subie par la puissance américaine (7).
Dans cette perspective, des stratèges occidentaux n’hésitent pas à prédire un affrontement majeur entre la Chine et les Etats-Unis pour le leadership mondial, à l’horizon de l’an 2030.
La saisine de la justice internationale, en mars 2009, simultanément à propos du Liban et du Soudan, a coïncidé avec le ralliement de la France à l’Otan, après un demi siècle de bouderie, en vue de créer une structure de substitution au Conseil de sécurité de l’Onu et de contourner les veto tant de la Chine que de la Russie dans la gestion hégémonique des affaires du monde, hors de tout multilatéralisme.
Face à une telle distorsion de comportement, la justice pénale internationale est attendue au tournant. Le véritable test de sa crédibilité résidera dans son traitement du dossier israélien. Faute de s’autosaisir, en cas de classement sans suite, elle apparaîtra alors comme une justice politique « aux ordres », un outil de répression des récalcitrants à l’ordre occidental, un habillage juridique de l’appareil répressif du militarisme atlantiste.
Références :
1- Depuis la fin de la guerre froide soviéto-américaine, en 1989, l’ONU a crée plusieurs tribunaux ad hoc pour juger des crimes de guerre notamment dans l’ex Yougoslavie (1993) au Rwanda (1994) et en Sierra Leone (2009), ainsi que pour juger les Khmers Rouges du Cambodge, soit deux tribunaux concernant l’Afrique, sans compter le Soudan, un tribunal pour l’Asie et un tribunal pour l’Europe. La justice internationale ne s’est saisie d’aucune plainte concernant les pays de la sphère occidentale. Pour aller plus loin, Cf. « L’essentiel de la justice pénale internationale » par Stéphanie Maupas, Gualino Editeur (groupe Lextenso).
2- L’armée de libération du Soudan (SLA) de M. Abdel Wahed Nur a installé un bureau de représentation à Tel Aviv, le 25 février 2007. Cf. à ce propos « Le Monde selon K. » de Pierre Péan Editions Fayard février 2009, particulièrement le chapitre 8 « Urgence Darfour » dans lequel journaliste français fait le récit de la connivence de Bernard Kouchner avec l‘écrivain Bernard Henry et les manipulations de l’opinion publique internationale sur cette affaire, de même que les opérations de déstabilisation menées par les services américains afin de provoquer une balkanisation du Soudan en vue de pérenniser l’emprise occidentale sur les réserves énergétiques du continent africain.
3- De soldats israéliens accusent Tsahal de crimes de guerre le Monde.fr AFP/ 19.03.09
4-Le Tchadien disparu qui embarrasse la France », Jean François Julliard, Cf. Le Canard Enchaîné », mercredi 4 mars 2009-
5-« Douteuse instrumentalisation de la justice internationale au Liban » par Geouffre de la Pradelle, Antoine Korkmaz et Raphaëlle Maison, Cf. Le Monde diplomatique Août 2007
6-« La Chine Afrique, Pékin à la conquête du continent noir ». Michel Beuret, Serge Michel et Paolo Wood- Grasset 2008
7- « Pékin s’inquiète pour ses placements aux Etats-Unis » par Bruno Philip, Cf. Le Monde 14 mars 2009
Mots clés
René Naba
Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information.
Rene Naba est l’auteur des ouvrages suivants :
"La Libye, la révolution comme alibi" Editions du Cygne septembre 2008
« Liban : chroniques d’un pays en sursis » Editions du Cygne janvier 2008, « Aux origines de la tragédie arabe » - Editions Bachari 2006. "Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français"- Harmattan 2002.
« Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000). « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998).
Du même auteur, à lire sur oumma.com :
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* La référence à Guy Môquet, un détournement de mémoire, une captation d’héritage
lundi 22 octobre 2007
* De l’instrumentalisation de l’Islam comme arme de combat politique
mardi 16 octobre 2007
* La plus importante concentration navale de l’histoire contemporaine au large du Golfe arabo-persique
lundi 24 septembre 2007
* Les Médias comme véhicule d’une idéologie dominante
mardi 18 septembre 2007
* De l’endogamie entre Média et Politique en France
jeudi 13 septembre 2007
* La criminalité transnationale, face hideuse de la mondialisation
mercredi 25 juillet 2007
* Liban : Lettre ouverte aux dirigeants libanais de La Celle Saint Cloud
lundi 9 juillet 2007
* Irak : l’hécatombe des « faiseurs de guerre »
mardi 3 juillet 2007
* Irak, le plus important champ de mercenariat du monde
lundi 28 mai 2007
* En réponse à la tribune de Jean-Yves Camus, « La vraie histoire du site Tout sauf Sarkozy ».
lundi 28 mai 2007
* L’Occident et sa tête de turc : la Turquie au banc de l’Europe ou au ban de l’Europe ?
mardi 15 mai 2007
* L’étrange Monsieur Sarkozy
vendredi 4 mai 2007
* Déconstruction des mythes fondateurs de la grandeur française/Une lecture fractale de l’Histoire de France (seconde partie)
mercredi 28 février 2007
* Déconstruction des mythes fondateurs de la grandeur française/Une lecture fractale de l’Histoire de France
vendredi 23 février 2007
* Jacques Chirac/Rafic Hariri, la France et le Liban : le récit d’une Bérézina diplomatique
mercredi 14 février 2007
* Les dirigeants des grands pays occidentaux en phase terminale de leur mandat,en quête désespérée d’une sortie honorable.
vendredi 26 janvier 2007
* De l’accusation d’antisémitisme comme arme de dissuasion
Nous sommes venus pour vous exterminer. Mort aux Arabes. Kahana avait raison. Tolérance zéro. On veut liquider. Un Arabe mâle est un Arabe dans la tombe. Voilà une sélection représentative de toutes les inscriptions laissées par des soldats israéliens sur les murs des maisons palestiniennes de Gaza dont ils avaient fait leurs bases et leurs positions de tir durant l’opération « Plomb durci ». Ici et là, un soldat a écrit une ligne à la tournure poétique ou une citation biblique dans l’esprit de ces inscriptions-là. Ont aussi été écrites des injures au Prophète Mohamed et à Ismaïl Haniyeh, à côté du tour des gardes pour les soldats et du score de l’équipe de football favorite. Lorsque les propriétaires des maisons sont rentrés chez eux, ils ont généralement découvert d’importantes destructions – dues soit aux premiers bombardements de l’armée israélienne sur les maisons des quartiers extérieurs, opérés dans le but de chasser les habitants du secteur, soit aux incursions dans les maisons, accompagnées de dégradations du mobilier, des vêtements, des murs, des ordinateurs et autres appareils électriques. Souvent, ces maisons où les soldats avaient pénétré se retrouvaient seules debout dans un quartier aux maisons rasées au bulldozer, réduites à l’état de ruines. Les habitants ont aussi trouvé beaucoup de saletés laissées derrière eux par les soldats. En Israël, des instituts de recherche comptabilisent chaque inscription insultante tracée dans un cimetière juif à l’étranger et archivent tout écrit jugé problématique, afin d’évaluer la situation de l’antisémitisme là-bas. Les médias accordent beaucoup d’importance à toute inscription visant le Premier ministre assassiné, Yitzhak Rabin. Mais le racisme quotidien, dans ses formes institutionnelles et populaires, en paroles et en actes, contre les Arabes d’Israël et contre les Palestiniens de Cisjordanie est en général couvert sobrement et avec beaucoup de précautions. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les inscriptions en hébreu laissées sur les murs au cœur de quartiers palestiniens que les auteurs ont aussi pris la peine de démolir, n’aient pas été enregistrées par les capteurs israéliens, toujours si sensibles au racisme visant les Juifs. Les rapports et témoignages sur les nombreux civils tués à distance ou de près, les porte-parole militaires ont pu les écarter au prétexte de fabrication et de manipulation, ou bien répondre d’une manière générale en disant que les terroristes en étaient responsables parce qu’ils se cachaient à proximité. La société israélienne, pour laquelle l’opération « Plomb durci » est déjà enterrée dans des archives fermées, est toujours prête à tous les subterfuges qui lui expliqueront à quel point son armée est juste et dotée d’une suprématie morale. Mais il est difficile de contester les inscriptions en hébreu qui ont été filmées ou de dire qu’elles ont été fabriquées. D’autant qu’elles s’accompagnent de noms d’unités de l’armée israélienne et de noms de soldats. Et en effet, le porte-parole de l’armée israélienne a réagi en disant que ces inscriptions étaient contraires aux valeurs de l’armée israélienne et que celle-ci les considérait avec gravité. Tous les soldats n’ont pas tracé des inscriptions, mais ceux qui l’ont fait n’en ont pas été empêchés par leurs commandants ni par leurs camarades qui n’ont pas non plus effacé ce qu’ils avaient écrit. C’est donc le lieu de louer l’honnêteté des soldats et leur franchise. Les soldats se sont sentis libres d’écrire ce qu’ils ont écrit parce que – tout comme les pilotes et les opérateurs de drones porteurs de missiles – ils savaient qu’ils avaient reçu de leur gouvernement et de leurs commandants carte blanche pour attaquer une population civile. Pourquoi y aurait-il dès lors un problème avec ces mots écrits ? Ce qu’ils ont écrit sur les murs reflète ce qu’ils ont compris comme étant l’esprit de la mission pour laquelle ils avaient été envoyés. Contrairement aux commandants plus mûrs, qui sont autorisés à parler aux quelques journalistes choisis, jugés acceptables par l’armée et qui récitent parfaitement et soigneusement les briefings des juristes de l’armée et du cabinet du Procureur de l’Etat, les auteurs des graffitis – soldats de l’armée régulière qui ont grandi avec l’occupation et la supériorité militaire israélienne – n’ont pas encore inscrit dans leur conscience que le monde ne produisait pas que des armes mais aussi des lois, des règles et des normes humaines. Leurs officiers les ont autorisés à violer des normes dont ils n’ont apparemment pas conscience de l’existence. Contrairement à ceux qui rédigent les réponses du porte-parole de l’armée israélienne, les jeunes soldats, manquant de sophistication, n’ont pas l’expérience nécessaire pour couvrir les opérations de l’armée et sa mission, leur mission, avec des mots qui brouillent la vérité. (Traduction de l’hébreu : Michel Ghys) Amira Hass (Haaretz)
17 mars 2009 www.haaretz.co.il/hasite/spages/1071589.html/
Version anglaise : The writing on the wall www.haaretz.com/hasen/spages/1071651.html/