Eloge de l’innovation et du partage
Walid HASNI: Economiste
L’innovation
Détruire l’existant pour le remplacer
par du neuf. La notion de croissance est centrale dans le capitalisme, elle est
indissociable de l’innovation. L’innovation est un
bouleversement qui a une incidence directe sur la croissance économique. Les «
innovations majeures » sont génératrices de Révolutions Industrielles, et
au-delà, de transformations sociales profondes.
Cependant, une
innovation peut générer aussi un chômage. Ce chômage s’appelle « le chômage
technologique »; ce sont les emplois perdus à cause de la révolution
industrielle induite par l’innovation (les emplois détruits chez Nokia suite au
lancement de l’IPhone). Créer tout en détruisant. Telle est la « logique » même
de l’innovation.
Refuser
l’innovation et le progrès technique c’est refuser la croissance et la richesse
puisque sans innovation, pas de croissance. Et pour ainsi dire
pas de croissance sans chômage !!!!! Oui absolument …. Dans un monde
capitaliste il n’y a pas de croissance sans chômage !
Les chômeurs dont
les emplois ont été détruits par l’innovation ne sont absolument pas
responsables de ce qui leur arrive: « Mais c’est la faute à qui, ce chômage-là
? », la réponse est d’une simplicité biblique : le capitalisme et donc tout le monde est responsable. La croissance
capitaliste est pour le moins génératrice de chômage technologique..
On est ici face à la froide « logique »
économique (pas de morale en économie) qui nous impose cette conclusion
effarante …. La société fait de son mieux et c’est bien dommage que le résultat
soit très déplaisant pour certains ! Faut-il accepter cette logique !!!!! Bien
sûr que non.
Il est dans la nature profonde des
choses, que les gagnants viennent en aide aux « perdants », et Ce n’est
pas une question de morale ou de bon sentiment, c’est une question de logique
économique ….
Le chômage, c’est avant tout un drame pour des millions de personnes : prétendre l’éradiquer dans un monde capitaliste c’est un non-sens…. Mais accompagner les chômeurs, les former, leur verser un revenue digne, leurs permettre l’accès aux soins … est dans les cordes du capitalisme …. Un capitalisme à visage humain….. Un capitalisme régulé par l’Etat… un capitalisme où les gagnants assistent les perdants …..
Le chômage, c’est avant tout un drame pour des millions de personnes : prétendre l’éradiquer dans un monde capitaliste c’est un non-sens…. Mais accompagner les chômeurs, les former, leur verser un revenue digne, leurs permettre l’accès aux soins … est dans les cordes du capitalisme …. Un capitalisme à visage humain….. Un capitalisme régulé par l’Etat… un capitalisme où les gagnants assistent les perdants …..
Le partage
Sous l’ancien régime, la croissance
moyenne était de 5%. Ce taux de croissance n’a pas permis d’absorber le flux de
nouveaux diplômés qui arrivent chaque année sur le marché de travail. En
d’autres termes, le nombre d’emplois créés par une croissance de 5% n’a pas
permis d’absorber les nouveaux arrivants sur le
marché de travail, d’où l’aggravation continue du taux de chômage, la décadence
sociale qui ont fait vaciller l’ancien système et causer sa perte.
La question qu’on pourrait se poser
légitimement est la suivante : pourquoi avec un taux de croissance de 5%, le
taux de chômage n’a pas reculé (dans les pays développés, à partir de 1,5% de
croissance, on commence à créer des emplois).
La réponse est
évidente : cette croissance est accaparée par 5% de la population ; la
population la plus aisée, la bourgeoisie tunisienne. Le fruit de la croissance
n’est pas équitablement réparti. Cette déformation du partage des richesses
créées par la sueur des travailleurs a (i) enfoncé dans la misère la classe
moyenne tunisienne, détruisant de fait le pilier de la consommation. (ii) Elle
a aussi alimenté une bulle immobilière, dont l’explosion sonnera le glas de
l’économie nationale.
La deuxième question légitime est la suivante :
est-ce que le gouvernement actuel a changé de politiques économiques ?
La réponse est
évidente : NON. Pire encore, nous avons les mêmes politiques économiques avec
un taux de croissance beaucoup plus bas (3,3% pour cette année, à en croire les
institutions). Aucune taxe sur le patrimoine accumulé, aucune réforme fiscale
qui instaurerait une imposition progressive sur le revenu. Aucune taxation
supplémentaire du capital. Bref, aucune réforme de fonds. Il y a quand même une
différence notable qu’il convient de noter. Sous l'ancien régime -que nous
vomissons, ce rappel est utile- aucun ministre n’a osé proposer la cueillette
des olives ou l’immigration vers la Libye comme panacée pour le chômage. Là, ça
devient de la physiatrie lourde!
Le monde passe par
une crise économique profonde, la Tunisie n’y échappera pas. Nous aurons du mal
à retrouver un taux de croissance de 5%. Nous devrions instaurer une
répartition des richesses plus équitables en instaurant des taxes sur les
grandes fortunes, des taxes sur le patrimoine, et un impôt plus progressif. Par
ailleurs, dans l’état actuel d’instabilité financière, le gouvernement doit
consolider ses ressources et limiter son endettement.
Le plein emploi
n’est pas pour demain. À ce propos les hommes politiques qui prétendront
pouvoir éradiquer le chômage sont de deux choses l'une, soit des menteurs
assoiffés de pouvoir soit, ils sont assis sur une ignorance crasse de la
réalité économique de leur pays. Le taux de chômage cible de la Tunisie à moyen
terme serait dans les hypothèses les plus optimistes –quasi-chimériques- serait
de 10%.
En guise de
conclusion
La complexité de la politique, de
l’économique est telle qu’il faudrait être totalement illuminé pour prétendre
être capable de cerner tout ce qui se passe et qu’il faudrait avoir l’âme d’un pour imaginer être capable de tout contrôler. Nous
sommes dans l’obligation de raisonner par abstraction ne serait-ce que pour
comprendre les causes des problèmes et, éventuellement, proposer des solutions.
Nous avons une
réalité statistique qui montre une déformation du partage des richesses au
profit des plus riches. Nous avons une réalité sociale qui montre une érosion
abyssale du pouvoir d’achat de la classe moyenne. Nous avons une autre réalité
plus choquante, qui montre que la majorité de la classe bourgeoise échappe à
l’effort de solidarité nationale, et ne paye pas ses impôts. Je m’interroge à
partir de ces observations sur la pertinence de notre modèle développement qui
a montré ses limites. Je propose un rééquilibrage des partages des richesses
afin d’agir sur le levier de consommation et des mesures coercitives pour
lutter contre la fraude fiscale.
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