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Sunday, August 28, 2011

La prise de Tripoli!






Les mystères de la prise de Tripoli

Comment expliquer l'effondrement du régime de Kadhafi? L'entrée de la tribu des Zintane dans le conflit a affaibli le dirigeant libyen. Mais quel a été le rôle des troupes de l'Otan?

Par : Akram Belkaïd : 22/08/2011,

Mais que s’est-il vraiment passé en Libye au cours de ces derniers jours? Alors que le sort de Mouammar Kadhafi demeure incertain (arrestation, fuite ou exil négocié), il est impossible de ne pas s’interroger à propos de la séquence d’événements qui ont conduit à la prise de la presque totalité de la ville de Tripoli par les troupes du Conseil national de transition (CNT).

Petit retour en arrière. Fin juillet, le CNT lance une offensive en plusieurs points de l’Ouest du pays qui est violemment contrée par les troupes loyalistes. Au même moment, Abdel Fatah Younès, ancien ministre de l’Intérieur de Kadhafi, devenu chef des opérations militaires du camp rebelle après sa défection le 22 février, est tué à Benghazi dans des circonstances encore non élucidées.

Il n’en faut pas plus pour que les soutiens occidentaux du CNT s’inquiètent de l’évolution de la situation. Dans la presse occidentale, plusieurs éditoriaux avancent l’idée que seules des négociations entre les rebelles et le régime Kadhafi sont susceptibles de mettre fin au conflit. Le CNT lui-même reconnaît de manière implicite qu’il est engagé dans des discussions avec le régime de Tripoli. Bref, l’idée que les rebelles sont incapables de venir à bout de Kadhafi fait presque l’unanimité.

Un assaut fulgurant et la prise de Tripoli

Comment alors expliquer que, trois semaines plus tard, ces derniers aient pu aussi facilement investir la capitale libyenne au point que l’envoyé spécial du New York Times compare leur attaque à une ballade en voiture du dimanche? Bien entendu, il est encore trop tôt pour savoir ce qui s’est réellement passé et pour connaître les raisons réelles de ce qui apparaît comme étant l’effondrement brutal du régime de Kadhafi. Un effondrement symbolisé par la capture de son fils Saïf al-Islam (d’ores et déjà réclamé par la Cour pénale internationale -CPI) mais aussi par la reddition de son fils aîné Mohamed dont on a cru un instant qu’il avait été tué alors qu’il intervenait en direct sur Al-Jazeera.

Pour autant, on peut toutefois citer trois éléments qui ont certainement influé sur le cours des événements. En premier lieu, il y a, comme l’a rapporté la presse américaine, l’intensification au cours de ces derniers jours des bombardements de l’Otan. L’aviation étasunienne aurait ainsi apporté son soutien à l’offensive des rebelles dans l’Ouest et contribué à désorganiser encore plus les troupes loyalistes. Un scénario qui rappelle les derniers de l’intervention de l’alliance atlantique contre le régime serbe de Milosevic à la fin des années 1990.

L’autre élément est certainement la prise par les rebelles de Zaouïa (Zawya) le 14 août dernier. Pratiquement passée inaperçue, la chute de cette ville à cinquante kilomètres à l’ouest de Tripoli a peut-être été le catalyseur de l’effondrement du régime de Kadhafi. En l’investissant, les rebelles ont en effet coupé un axe stratégique entre Tripoli et la frontière tunisienne. De même, comme l’a expliqué l’ex-diplomate français en Libye Patrick Haimzadeh dans un entretien récemment accordé à SlateAfrique, la chute de Zaouïa illustre l’impact de l’entrée dans le conflit de la tribu des Zintane aux côtés des rebelles. Après avoir longtemps tergiversé et négocié avec le régime, cette tribu, qui a une longue histoire guerrière derrière elle –c’est notamment elle qui s’est opposée à l’envahisseur italien dans les années vingt et trente –a finalement pris les armes contre Kadhafi et ce sont ses hommes qui sont visiblement entrés dans Tripoli. Au passage, on relèvera que les Zintane, ancrés à l’ouest du pays, restent plus ou moins autonomes vis-à-vis du CNT en raison de la prégnance d’hommes originaires de l’est, et notamment de Benghazi, au sein de cette instance. Une réalité régionale qui risque de peser lourd dans l’après-Kadhafi…

L'aide de l'Otan

Un troisième élément concernant la chute de Tripoli doit être considéré avec prudence mais ne pas être négligé. Sur la blogosphère maghrébine, des témoignages, souvent anonymes et, surtout, non confirmés, affirment que des troupes spéciales de l'Otan (françaises, britanniques et américaines) auraient ouvert la voie aux rebelles, un peu à l’image de ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire en février dernier. Cela expliquerait la fulgurance de l’assaut contre Tripoli mais, là encore, il faut se méfier de la bataille de communication qui fait rage entre pro et anti-Kadhafi. Témoin la manière dont Al-Jazeera et d’autres chaines d’information hostiles à Kadhafi ont couvert la prise de Tripoli. Ainsi, a-t-on pu voir une foule en liesse à Benghazi –où étaient brandis des drapeaux français et des portraits de Nicolas Sarkozy (!)– alors que les images en provenance de Tripoli étaient rares, tournaient en boucle et consistaient en des plans serrés sur des hommes en armes. Ainsi, la joie dans la rue de Benghazi a-t-elle été mise en exergue pour masquer le fait que la population de Tripoli est restée chez elle et qu’elle n’a pas accueilli les rebelles avec des fleurs. Dans une situation où le CNT est censé avoir remporté seul la victoire, des informations concernant la participation de troupes spéciales occidentales auront du mal à franchir l’obstacle de la communication contrôlée…

Akram Belkaïd

http://www.slateafrique.com/30025/mysteres-prise-tripoli-rebellion-cnt-/



Saturday, August 27, 2011

Libye: Qui est le diable?


Diable !

Par Meriem Benamara


Samedi 27 août 2011, 17h42

Bennabi nous a appris comment duper ces bons musulmans à qui on susurre que si le Diable nous disait que deux et deux font quatre alors que c'est sûrement faux.

Dans la guerre civile libyenne, c'est Khadafi qui joue ce rôle. C'est un être fantasque qui gouvernait son pays comme une affaire privée donc il ne peut qu'avoir tort.

Or quelle est l'équation du problème? Un pays a sombré dans la guerre civile et quelle est la solution? Tout le monde se gargarise de démocratie et d’élections et il est pour le moins étonnant que les rebelles libyens sous l'injonction des Occidentaux aient refusé d'accepter la moindre solution pacifique qui ne pouvait que passer par les urnes. Mais dans ce cas-là comment éviter que le guide libyen ne la transforme en mascarade? C'est là que l'ONU, évitant d'être la Machin qu'elle est actuellement, aurait dû jouer son rôle qui est inscrit dans le marbre c'est à dire proscrire la guerre et toute violence et assurer des compromis qui ne lèsent pas l'essentiel.

Ce n'est que si le régime de Khadafi aurait refusé de souscrire à ces élections qu'une violence légitime pouvait lui être appliquée comme ce fut le cas en Côte d'Ivoire.

La véritable question est quel est l'intérêt des Occidentaux dans cette affaire?

Au fond c'est leur réponse aux révoltes arabes en signifiant aux futurs dirigeants quels qu'ils soient même légitimes qu'ils seront toujours sous leurs menaces et qu'ils pourront aider la moindre rébellion voire la susciter pour détruire n'importe quel pays arabe récalcitrant. Sauf à posséder un budget militaire si important mais aussi si lourd à assumer et encore faudrait-il qu'il soit justifié comme c'est le cas pour la Syrie.

Et ce n'est pas les sujets de division qui manquent dans nos pays comme dans la plupart des pays du monde mais qui, chez ces derniers, peuvent être gérés grâce à l'absence d'ingérence des puissants comme en Irlande et en Espagne par exemple.

Les Occidentaux peuvent compter sur l'ONU et le Tribunal Pénal International devenus de simples outils entre leurs mains grâce à l'hypocrisie de la Russie et de la Chine qui monnayent leur abstention.

C'est ce que les néoconservateurs et évangélistes étatsuniens appellent le "chaos fécond" comme ce fut le cas pour l'Irak voire l'Afghanistan. Cet oxymore entre chaos et fécond n'est destiné qu'à masquer la haine destructrice.

la Libye est un pays de facture récente. Tripoli et Benghazi se sont toujours tournés le dos, la première liant son destin avec l'Ifriquia et le Maghreb et la seconde avec celui de l'Egypte. Les habitants du Djebel Nefoussa ont toujours estimé avoir été ignorés dans la Tripolitaine. La sagesse eut commandé de n'accepter la violence que comme ultima ratio et non comme le premier réflexe pour régler les différents. Cela n'augure rien de bon pour une Libye dirigée par une coalition hétéroclite uni uniquement dans la haine de Kadhafi.

En sus la note sera présentée par les Occidentaux qui sont chez nous les commis d'Israël.

L'erreur de l'Algérie n'est pas d'avoir refusé de crier haro sur le baudet comme tous les traîtres et autres inconscients dans nos pays arabes mais de n'avoir pas su suffisamment aidé le régime de Kadhafi pour montrer aux Occidentaux que le prix à payer serait tellement lourd qu'ils y réfléchiront à deux fois avant de pousser à la guerre à outrance.

Bennabi disait que l'homme post-almohadien, cet être hors de l'histoire qui ne sait ce que les intérêts supérieurs veulent dire, avait encore de beaux jours devant lui.

Et l'affaire libyenne le prouve encore!

Meriem Benamara


Libyens démocratisés par l'OTAN...à la caisse!

Juppé: l’intervention française en Libye, un

"investissement sur l’avenir"

27/08/2011

L'intervention de la France en Libye est un "investissement sur l'avenir", a estimé vendredi le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, dans un entretien au quotidien Aujourd'hui en France/Le Parisien.

"Quand on m'interroge sur le coût de l'opération - le ministère de la Défense parle de 1 million d'euros par jour - je fais remarquer que c'est aussi un investissement sur l'avenir", a-t-il déclaré.

Selon lui, "les ressources du pays ont été confisquées par Kadhafi qui a accumulé les stocks d'or". "Cet argent doit servir au développement de la Libye. Une Libye prospère sera un facteur d'équilibre pour la région", a-t-il ajouté.

Interrogé sur les origines de l'intervention de la France dans le conflit, le ministre des Affaires étrangères a reconnu qu'"on nous a reproché du retard à l'allumage lorsque que se sont déclarées les manifestations du Printemps arabe".
Il est à noter que les régimes de Ben Ali et Moubarak étaient des alliés à la France.

A la question "pourquoi cette nouvelle doctrine ne s'applique-elle pas à la Syrie", le ministre a répondu : "Mais elle s'applique intégralement à la Syrie !"

"La France a dit la première que Bachar al-Assad devait quitter le pouvoir", a-t-il dit. Pour lui, "elle est à la pointe de la mobilisation internationale pour faire pression sur le régime par des sanctions politiques et financières".

Alain Juppé a cependant concédé que "l'intervention militaire n'est évidemment pas envisageable aujourd'hui, car il faut tenir compte de la situation régionale et internationale du dossier syrien".

"La première différence, c'est qu'il n'y a pas de mandat international", selon lui. "Nous n'allons pas, sous notre propre responsabilité, nous lancer dans une opération militaire !" s'est-il exclamé.

"La Russie, mais aussi la Chine, le Brésil ou l'Inde s'y opposent", a également confirmé le ministre français des Affaires étrangères.

Al Manar



Friday, August 26, 2011

Témoignage de Alain Soral à Damas

Infosyrie & Alain Soral :

ce que nous avons vu à Damas et Hama




Comme promis, voici le récit, sous forme d’entretien, du séjour que notre collaborateur Guy Delorme et Alain Soral, contempteur bien connu du Nouvel ordre mondial et auteur du best-seller géopolitique »Comprendre l’Empire », ont effectué, dimanche 21 août et lundi 22, avec quelque 200 journalistes et personnalités de 18 nations en Syrie, à Damas d’abord puis à Hama, naguère point très chaud de l’agitation. Pas de langue de bois pro-Bachar, comme on le verra en lisant ce récit, dans la bouche de ces deux Français, mais pas non plus, évidemment, de ces lieux-communs et mensongers diffusés depuis plus de 5 mois, à présent, par les médias sous influence – de leurs préjugés comme de leurs gouvernements.

Certains nous objecteront que deux journées et demie, c’est court pour prendre la vraie mesure d’une situation complexe. Nous répondons que c’est assez pour que des esprits aiguisés, dotés malgré leurs sympathies politiques d’esprit critique et connaissant leur « dossier » syrien, se fassent une idée assez exacte de l’atmosphère prévalant en Syrie, au moins en ce qui concerne ces deux cités essentielles que sont Damas et Hama. Et l’on verra que l’atmosphère en question est assez détendue, même à Hama, et donc à mille lieues du tableau mélodramatique et manichéen que dressent invariablement les commentateurs d’Occident.
Bon voyage « alter-journalistique » en Syrie « opprimée » !

Première partie

Dimanche 21 août : Damas, à des années-lumière de toute révolution

-Infosyrie : Pour commencer, avez-vous eu des problèmes pour vous rendre en Syrie, qu’il s’agisse de visas ou d’éventuelles « pressions » policières ?

-Alain Soral : Non, aucun problème ! Moi même je n’avais pas de visa au moment de partir, il m’attendait sur place, et ça n’a causé aucun problème.

-IS : Et dans l’avion, que trouvait-on ? des Syriens de France revenant au pays ? Des hommes d’affaires ? Des participants au voyage de presse ?

-AS : Là, il m’est difficile de répondre avec précision, puisqu’on a transité par Istanbul où descendent pas mal de touristes français. Et dans l’avion qui nous menait à Damas, on comptait beaucoup de Turcs, apparemment pas gênés par les tensions diplomatiques entre les deux pays. Bref, les deux avions étaient pleins, et notamment de journalistes invités par les autorités syriennes. Parmi lesquels, côté français, une journaliste de FR3 et son équipe et le reporter du Figaro Georges Malbrunot dont vous avez déjà parlé sur votre site, et dont on va d’ailleurs reparler dans le cours de cet entretien. Sinon, d’assez gros contingents de journalistes russes, indiens, plus quelques personnalités pro-syriennes venue de différents pays.

-IS : Et lorsque vous arrivez à Damas, vendredi soir, que se passe-t-il ? Vous êtes pris en charge par une sorte de « comité des fêtes », des représentants du gouvernement ?

-AS : Je dirai que l’arrivée à l’aéroport de Damas est un peu décevante pour notre ego, car il n’y a personne pour nous accueillir ! On nous demande notre passeport et on veut même nous faire payer notre visa… Finalement, après discussion, c’est gratuit, mais tout montre que les responsables de l’aéroport ne sont pas trop au courant du caractère particulier de notre visite. C’est à l’extérieur des bâtiments que nous sommes enfin réceptionnés par de jeunes garçons, dans les 18 ans, semble-t-il membres d’un mouvement de jeunesse, entre scoutisme et politique. Et d’ailleurs assez peu politisés et peu au fait des exigences, même minimum, de la communication politique. Tout ça témoignait d’un aspect un peu « amateur » de cette opération, qui, j’aurai l’occasion de le repréciser, n’était d’ailleurs pas de la responsabilité directe du gouvernement.

-IS : Etape suivante ?

-AS : On nous fait monter dans un minibus qui nous conduit à l’hôtel Cham, un palace d’Etat où nous sommes très bien logés. C’est là qu’on nous remet notre « emploi du temps » pour les journées de dimanche et lundi. Je précise que nous sommes arrivés dans la nuit de samedi à dimanche, vers 3 heures du matin, à l’hôtel : nous n’avons donc pas pu prendre le pouls du « saturday night » damascène… »

-IS : Et donc dimanche…
Alain Soral à la Grande Mosquée des Omeyyades

Alain Soral à la Grande Mosquée des Omeyyades

-AS : Après le (gros) petit-déjeuner, on nous emmène visiter la plus grande église – grecque orthodoxe – du monde arabe, baptisée « Marie-Mariam » : c’est justement celle dont l’évêque, Mgr Louqa al-Khoury, a expulsé sans ménagement l’ambassadeur américain Robert Ford, venu faire son agit-prop’ (voir notre article « Le Figaro : la révolte introuvable à Damas ! « , mis en ligne le 22 août). C’est dans doute lui qui nous adresse une allocution dont nous ne comprendrons hélas que des bribes. Mais le sens de la démonstration est claire : la Syrie est une mosaïque, jusqu’à présent harmonieuse, de communautés religieuses dont l’Etat laïc et baasiste assure la coexistence harmonieuse. C’est du reste, au-delà des figures de rhétorique et de propagande, la rigoureuse vérité. Alors que les ennemis extérieurs du régime – ce que j’appelle moi l’ »Empire » mondialiste – aimeraient utiliser les rivalités religieuses pour créer en Syrie une situation à la libanaise ou à l’irakienne.

Pour compléter la démonstration, on est ensuite allé visiter la grande mosquée des Omeyyades, un bel et impressionnant ensemble qui abrite – étonnant raccourci symbolique et religieux – le tombeau de saint Jean-Baptiste. Et on a jeté un coup d’oeil au quartier juif qui vit sa vie sans aucun problème. C’est du reste là qu’on comprend vraiment la nuance qui doit exister – et qu’on voudrait nous dénier en France – entre les termes « juif » et « sioniste ». Car juifs, musulmans et chrétiens, de l’empire ottoman à la Syrie sous mandat français et même dans les premiers temps de l’indépendance, ont cohabité sans heurts majeurs, coopérant principalement dans la sphère du commerce. La création d’Israël a évidemment bouleversé cette donne, et du reste provoqué un exode de la communauté juive syrienne.

-IS : C’était donc l’occasion, cette fois, de prendre la température de Damas. Alors, voit-on beaucoup de policiers, a-t-on le sentiment d’un « état de siège » ?

-AS : Réponse : aucune différence avec ma première visite, voici cinq ans, quand tout était calme
; il n’y a aucune présence militaire ou même policière visible à Damas et dans ses environs.

-Guy Delorme : A ce propos, je voudrais dire que j’étais quant à moi entré en Syrie en juin dernier, par le Liban. Je m’étais dit que, compte tenu des événements en cours, et aussi de ma nationalité française, le franchissement de la frontière allait être un véritable cauchemar d’attente et de formalités. Eh bien ça ne m’a pris que dix minutes, et sur la route de Damas, je n’ai pas vu un seul militaire, alors qu’on était en plein mouvement de contestation et que nos médias nous décrivaient la Syrie comme un Etat policier tirant à vue sur tout ce qui bouge ! J’avais beau être conscient de l’ampleur de la désinformation, j’étais quand même surpris.
-AS : Et pour en revenir à Damas et à notre week-end prolongé, on ne voit dans la capitale syrienne aucun bombage politique, de tags sur les murs. Tout ça donne une impression de calme civil général, une atmosphère urbaine au moins aussi respirable que celle de Paris.

-IS : Et pendant ces déplacements, et ces déjeuners copieux et orientaux dont on vous régalait, avez-vous des contacts avec les quelques journalistes français ayant fait le déplacement ?

-AS : En fait, et dût ma modestie en souffrir, c’est eux qui ont cherché le contact avec moi, m’ayant reconnu tout de suite ; la fille de FR3 était très sympathique et sans idées préconçues sur la Syrie, et sensible à nos arguments ; en revanche l’homme du Figaro, Georges Malbrunot, faisait autant qu’il le pouvait du mauvais esprit, affichant en permanence le sourire supérieur de celui-à-qui-on-ne-la-fait-pas, et assiégeait en quelque sorte sa collègue pour lui « vendre » sa version, très dévorable à Bachar al-Assad comme on s’en doute.

-IS : Moyennant quoi, le reportage qu’elle a réalisé pour FR3 était assez fielleux, même s’il montrait – enfin – les vidéos des hommes armés et des cadavres jetés dans l’Oronte à Hama, quitte à recourir à un conditionnel décrédibilisant…

-AS : Je voudrais dire aussi que les élites bourgeoises, et la classe moyenne du pays, ainsi que la part adulte des milieux modestes sont très conscientes du danger qu’il y aurait à chasser Bachar du pouvoir, car ce serait ouvrir – inévitablement – la porte à l’extrémisme religieux, et donc mette fin à ce qu’il faut bien appeler, dans cette région travaillées par les tensions religieuses, le « miracle syrien ».

-IS : Alors d’où viennent les « gros bataillons » de l’opposition, des banlieues défavorisées, comme en France ?
Alain Soral dans l'église Marie-Mariam

Alain Soral dans l'église Marie-Mariam

-AS : Pas uniquement : il y a la jeunesse plus ou moins dorée et occidentalisée, les bobos locaux qui, comme d’ailleurs à Téhéran naguère, rêvent d’une société plus « ouverte » ou « cool ». Du coup ils développent une action de contestation qui fait pas mal penser à nos étudiants soixanthuitards, eux aussi issus de milieux privilégiés, qui jugeaient la société du général De Gaulle démodée et étouffante, et ont fini par mettre au pouvoir des élites complètement américanisées. Et, parallèlement, je serais très tenté de trouver une correspondance historique entre la France de De Gaulle, provinciale mais indépendante et fière, et la Syrie de Bachar, elle aussi nationaliste et modernisatrice, mais marquée par une certaine rigidité sociale et culturelle héritée du modèle soviétique, certainement un rien étouffante pour une jeunesse branchée addict de Facebook. Mais comme on le voit en France avec le recul de quarante ans, cette société « gaulliste » était encore un moindre mal par rapport à tout ce qui a suivi. Et je pense que la même chose arriverait aux Syriens, si on leur imposait un régime aligné sur l’Occident. Beaucoup des contestataires d’aujourd’hui regretteraient, j’en suis sûr, Bachar, comme un certain nombre d’intellos français ex-gauchistes clament à présent leur nostalgie de la grandeur et de l’intégrité gaulliennes.

-IS : Sans doute, mais il doit y avoir aussi dans la rue des jeunes chômeurs, ou des « sauvageons » locaux, sans grandes perspectives immédiates, prêts à l’émeute par ennui ou désespoir ?

-AS : Certainement, et ils constituent un « lumpen-prolétariat » exploitable par tous les experts en manipulations et provocations. Mais la grande différence avec ce qui a pu exister en France, c’est qu’il y a vraiment à l’oeuvre en Syrie des groupes actifs de « snipers », d’assassins, à l’évidence financés et armés de l’extérieur, disposant par exemple de téléphones satellitaires de haut niveau et d’armes de guerre modernes, s’appuyant sur une base sociale islamiste radicale indéniable, et donc capable de commettre des provocations très graves, causant la mort de nombreux policiers comme à Jisr al-Choughour et, plus récemment, à Hama, on y viendra bientôt.

-IS : Le dimanche soir à Damas, on imagine que vous avez « quartier libre ». Qu’en faites-vous ?

-AS : Eh bien, contrairement à nos collègues de la grande presse, on a fait un vrai travail de journalistes, c’est-à-dire qu’on a quitté le groupe et la visite organisée. On s’est promené, pour voir par nous-même, on a discuté, autant qu’il était possible et en anglais, avec le plus de gens possible…
-IS : On parle encore français, en Syrie ?

-GD : Malheureusement, de moins en moins, surtout les personnes âgées. On a notamment échangé des impressions avec un chauffeur de taxi qui nous disait qu’il n’avait pas vu de touristes occidentaux à Damas depuis plus de trois mois. Et c’est un grand problème pour un pays qui tirait 14% de son P.I.B. de l’activité de ce secteur. Les Américains et leurs seconds européens ont au moins réussi ça !

Dames Damascènes dans le quartier Chaalane

Dames Damascènes dans le quartier Chaalane

-IS : Est-il indiscret de vous demander des détails sur votre dimanche soir ?

-GD : Non, bien sûr. On est allé prendre un verre dans une sorte de bar branché. Car il y a une vie nocturne « à l’occidentale » à Damas, la société est laïque et assez moderne, et même en période de ramadan, on peut s’amuser et boire de l’alcool. Et puis, c’est une constante surprenante compte tenu de tout ce qu’on nous raconte, aucune présence policière : le Paris de Sarkozy est à l’évidence plus « fliqué » que le Damas de Bachar al-Assad.

-AS : Et puis, il a bien fallu rentrer nous coucher dans notre palace. Dans la perspective de notre « sortie éducative » à Hama le lendemain…

Propos recueillis par Louis Denghien.

Prochain épisode :
Lundi 22 août : dans Hama après l’orage