Search This Blog

Wednesday, July 15, 2009

Comment vaincre la faim?

Tirer les conséquences du Rapport mondial sur l’agriculture

AUTEUR: Zeit-Fragen

Traduit par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice

Jamais nous n’avons été aussi proches d’une victoire sur la faim dans le monde. Les avancées de la science et du progrès technique pourraient permettre d’ici à quelques années à tous les habitants de la terre de pouvoir manger à leur faim. Notre planète nous offre suffisamment de ressources pour que tous disposent de nourriture en quantité suffisante. Il y a assez de place pour tout le monde.
Voilà qui peut sembler bien optimiste à beaucoup, la FAO ayant récemment déclaré qu’un sixième de la population mondiale souffre de la faim. C’est à dire un milliard d’êtres humains : 1 000 000 000 ; un être humain sur six. Les résultats d’une enquête approfondie (engl. 2008) du Conseil de l’agriculture mondiale, l’IAASTD, une instance onusienne, permettent d’envisager de nourrir de façon « durable » la totalité de la population mondiale (cf. encadré). 400 scientifiques ont étudié les méthodes et techniques culturales dans le monde entier et sont parvenus à la conclusion que de petites exploitations agricoles à fort ancrage régional sont à même de garantir une nourriture suffisante pour tous (cf. aussi Zeit -Fragen N°44/ de l’année 2008). L’IAASTD ( International Agricultural Assessment for Science and Technology for Development/ Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement) apporte ainsi une importante contribution à la réalisation de l’un des objectifs du Millénaire : diviser par 2 d’ici à 2015 le nombre des gens souffrant de famine. C’est un devoir politique que de tirer les conséquences du rapport de l’IAASTD.
Quelle place devons-nous accorder au problème de la faim dans le monde ? Faut-il laisser ce rapport au fond d’un tiroir, ou bien les conclusions de l’IAASTD doivent-elles être, au prix d’un travail de fourmi acharné, mises en œuvre au niveau régional, cantonal, national et international ?
Des contraintes politiques sont indispensables lorsqu’il s’agit d’adapter les réglementations actuelles aux nouveaux objectifs. Il sera important de donner aux géants semenciers internationaux et aux firmes agro-alimentaires des garde-fous pour les guider. Il faut fixer - par le biais d’organisations déjà existantes ou à créer - des conditions cadres internationales en matière de concurrence, de commerce et de brevets. Il est inadmissible que des firmes ou des fondations privées reposant sur l’actionnariat, qui déposent d’énormes ressources en capital et en réseaux d’influence, décident en fonction de stratégies de maximisation des profits du sort des générations entières. Et que des instances de décision internationales comme l’OMC, soient très largement dirigées par des lobbys (sous l’influence du « lobbying » pour faire un néologisme). Il faut rétablir le primat de la politique.
Les instances supérieures doivent être plus solidement reliées aux instances régionales et nationales dépositaires d’une légitimité démocratique - au sens d’un contrôle démocratique plus direct, sans tutelle d’organes bureaucratiques.Chacun est appelé, indépendamment de ses attaches sociales ou professionnelles, à mettre ses capacités au service du bien de tous. La lutte contre la faim est une lutte pour les droits de tous, une lutte en faveur s’un de nos frères humains qui souffre de la faim sans y être pour rien.
Dans cette lutte TOUS peuvent jouer un rôle positif.

Rapport mondial sur l’agriculture
Le 15 avril 2008, à Paris, le Conseil mondial de l’agriculture (IAASTD, International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology : Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement) a rendu public le Rapport mondial sur l’agriculture, qu’il avait élaboré entre 2003 et 2008 à la demande de l’Unesco et de la Banque mondiale. Ce travail, réalisé par 400 scientifiques venus de plusieurs pays et signé par 60 États exige un changement de paradigme dans l’agriculture mondiale.
Ce rapport pointe les inégalités de développement, l’usage non-durable des ressources naturelles, les conséquences négatives du changement climatique, ainsi que la malnutrition et la faim qui caractérisent le monde actuel. Pour affronter ces problèmes de manière efficace, les auteurs du rapport proposent d’épauler les petits producteurs locaux. D’après le Conseil mondial de l’agriculture, les conclusions de ce rapport indiquent un chemin abordable pour vaincre la faim dans le monde :
- Les défis à venir exigent un changement radical et systématique dans la recherche, le développement et les pratiques agronomiques.
- La transformation de surfaces agricoles consacrées aux cultures vivrières en surfaces consacrées aux agrocarburants n’est pas soutenable. Il faut encourager les sources de bioénergies plus efficaces, intégrées et décentralisées.
- Les manipulations génétiques posent à ce jour plus de problèmes qu’elles n’en résolvent et orientent la recherche vers les produits brevetables.
- Les droits de propriété intellectuelle (par exemple sur les semences) exercent sur la liberté de la recherche et la diffusion de savoirs une influence largement négative.
- La recherche et le développement sous contrôle public doivent être plus orientés vers la pratique, répondre aux questions des paysans et les faire participer aux évolutions en cours.
- Pour réduire les émissions par calorie de gaz influençant le climat il faut des révolutions technologiques et de réels bouleversements.
- Dans la lutte contre la faim il sera décisif, non d’accroître à tout prix la productivité, mais de produire et de consommer sur place.
- Les meilleurs garants de la sécurité alimentaire au plan local et de la souveraineté alimentaire au niveau régional et national sont les petites structures paysannes. Il faut reconnaître leur multifonctionnalité ainsi que leur efficacité écologique et sociale et les promouvoir de manière ciblée.
Champs à explorer pour la recherche et les techniques de développement durable :
- Comment améliorer les techniques culturales biologique et à faible impact externe ?
- Travailler à l’obtention de variétés mieux adaptées à la température et aux nuisibles.
- Comment récompenser, financièrement ou non, les actions en faveur de l’environnement ?
- Remplacer les intrants chimiques par des produits biologiques
- Réduire la dépendance de l’agriculture à l’égard des combustibles fossiles
Le Conseil mondial de l’agriculture (IAASTD: International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development, Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement)Le Conseil mondial de l’agriculture a été créé en 2002. Il a reçu le soutien de la Banque mondiale, de l’ONU, de représentants de la société civile, de l’économie privée, d’instituts de recherche du monde entier et du Secrétaire général de l’ONU alors en fonction, Koffi Annan. En outre, il bénéficie du soutien de l’Australie, du Canada, de la Grande-Bretagne, des USA, de l’UE, de la France, de l’Irlande, de la Suède et de la Suisse.

Résumé du rapport en français
Source : Zeit-Fragen Nr.27- Wie der Hunger besiegt werden kannCette traduction est publiée sur Horizons et débats N° 27 du 13/7/2009
Article original publié le 6.7.2009
Sur l’auteurMichèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, dont les hebdomadaires Zeit-Fragen et Horizons et débats sont des partenaires.
Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8125&lg=fr

No comments: